La menace du stéréotype

Mise en évidence et définition

La menace du stéréotype

La menace du stéréotype a été mise en évidence sur les Afro-américains

La menace du stéréotype a été mise en évidence en 1995 par deux chercheurs de l’université de Stanford, Claude Steele et Joshua Aronson (1). Pour cela, ils ont constitués deux groupes d’étudiants, chacun comprenant 50% de noirs et 50% de blancs.  A ces deux groupes, ils ont fait passer un test sur les compétences verbales, exactement identique mais présenté de façon différente. Au premier groupe, ils ont dit qu’il s’agissait d’un test mesurant l’intelligence ; au second groupe, ils ont affirmé que c’était un test pour comprendre le fonctionnement du cerveau, qui ne mesurait absolument pas l’intelligence. Dans le premier groupe, les blancs ont obtenu de meilleurs résultats, mais il n’y avait pas de différences entre blancs et noirs dans le second groupe. Or, selon le stéréotype, les noirs sont moins intelligents que les blancs. Ce stéréotype a été « activé » par le fait d’évoquer une mesure d’intelligence.

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Qu’est ce qu’un stéréotype ?

Les humains ont tendances à catégoriser ce qui les entoure, afin de rendre le monde plus intelligible. Cependant, cela peut être dangereux socialement. En effet, le processus de catégorisation ne consiste pas seulement en la mise en place de catégories neutres : les humains attribuent certaines caractéristiques à ces catégories. Ce phénomène de catégorisation a été mis en évidence par Tajfel et Wilkes en 1963 sur des objets (des barres de longueur différentes) (1). Dans leurs études, ils ont montré que les sujets, en catégorisant ces objets (catégories des « barres courtes » et des « barres longues »), voyaient les barres d’une même catégorie comme très ressemblantes, plus qu’elles ne l’étaient réellement (biais d’assimilation). Au contraire, les différences entre barres de catégories différentes étaient perçues comme plus importantes qu’en réalité (biais de contraste).

blondes idiotes

Un stéréotype répandu : les blondes seraient stupides et superficielles

Il en va de même pour les personnes : les humains créent également des catégories : femmes, hommes, blancs, noirs, musulmans, ouvriers, cadres… C’est la catégorisation sociale (Tajfel 1972 cité par Moliner & Vidal 2003 (2)). Comme pour les objets, les catégories de personnes sont aussi touchées par le biais d’assimilation et le biais de contraste (3; 4) : les différences entre les personnes appartenant à des catégories distinctes sont accentuées (biais de contraste) tandis que les différences entre les membres d’une même catégorie sont minimisées (« ah ! Ce sont bien tous les mêmes ceux-là » : biais d’assimilation). Au final, ce biais d’assimilation fait que les personnes d’une même catégorie vont être perçues comment possédant les mêmes caractéristiques. C’est ainsi que les catégories de personnes se voient conférer une nature et des comportements bien particuliers. Ce sont les stéréotypes, un «  ensemble de croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles, des traits de personnalité, mais souvent aussi des comportements, d’un groupe de personnes » d’après Leyens (4).

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Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques : partie 2, l’Effet Pygmalion

Partie 1 : les mécanismes invisibles
Partie 2 : l’effet  Pygmalion et les dangers des stéréotypes et des préconçus

pygmalion

La statue de Pygmalion devint vivante. Les croyances deviennent-elles réalités ?

Pour clore ma petite série d’articles sur le sexisme à l’école, je vais parler de l’Effet Pygmalion (ou effet Rosenthal).  Cet effet, qui se rapproche de l’effet placebo par certains aspects, pointe le danger des stéréotypes.

L’effet Pygmalion est une prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire. Ainsi, si un professeur a des attentes fortes sur un élève, celui-ci fera effectivement de plus grands progrès. C’est ce phénomène qui peut expliquer pourquoi les filles, alors qu’elles réussissent aussi bien que les garçons en mathématiques, s’estiment moins bonnes dans cette matière et l’apprécient moins.

Première expérience sur des rats (1)

Ce phénomène a été mis en évidence par Rosenthal, d’abord sur des rats. Deux groupes de rats, constitués complètement au hasard, ont été présentés à  des étudiants, qui devaient juger de leur capacité à sortir d’un labyrinthe. On a dit aux étudiants que les rats du premier groupe étaient de bons rats, intelligents. Du second groupe, on leur a dit que c’était des rats de mauvaises lignées, qui n’apprenaient pas très vite. Au final, les résultats ont amplement confirmé les prédictions fantaisistes du départ : il y a même quelques rats du second groupe qui ne quittent pas la ligne de départ !

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