Les cultures enclines au viol et les cultures sans viol. Le cas de certains lieux hautement propices au viol : les fraternités

Partie 1 : les études interculturelles
Partie 2 : le cas de la culture occidentale
Partie 3 : Alcool, fêtes & viol – les fraternités étudiantes aux États-Unis

Delta Tau Delta Fraternity House at the University of Maine Orono

Dans les articles précédents, nous nous sommes intéressées aux cultures sans viol et aux cultures enclines au viol, comme la culture occidentale. Dans cette partie, nous nous intéresserons à des micro-cultures, et en particulier à celles des fraternités étudiantes des Etats-Unis, que plusieurs universitaires, dont Peggy Reeves Sanday, ont étudiées, et qui se sont révélées être parfois très enclines au viol.

Les fraternités et les sororités sont des organisations sociales pour les étudiants, essentiellement de premier cycle, et qu’on retrouve principalement en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis.  Elles portent très généralement comme nom un ensemble de lettres grecques (par exemple : Alpha Delta Phi). Ce sont des organisations non-mixtes. Les membres des fraternités et sororités vivent généralement ensemble dans une maison, où sont organisées les activités sociales et notamment les fêtes.

En France, ce système particulier de fraternités et de sororité n’existe pas. On notera cependant l’existence d’autres types d’organisations sociales étudiantes : les divers BDE (bureau des étudiants), les cercles d’étudiants, les associations de faluchards, etc. La Khômiss à Polytechnique est un exemple connu d’organisation étudiante. Par ailleurs, en Belgique, un bizutage – parfois très violent – appelé « Baptême » permet aux étudiants d’entrer dans un cercle d’étudiants.

Ainsi, même si cet article traite d’un cas particulier d’organisation aux États-Unis, il est sans doute possible de transposer en France un certain nombre des comportements étudiés ci-dessous. Notons aussi que sur les campus américains, ce type de comportement ne se retrouve pas uniquement au sein des fraternités, mais également dans d’autres groupes d’hommes, notamment les équipes d’athlètes1. Enfin, il faut quand même préciser que les États-Unis sont un pays particulièrement violent,  où le viol est très répandu : Peggy Reeves Sanday avait remarqué que les États-Unis avait le plus haut taux de viol dans les pays industrialisés, très loin devant les pays européens2,3.

Nous regarderons quels facteurs peuvent favoriser le viol dans ces fraternités, et quels sont également les méthodes utilisées par les violeurs pour parvenir à leur fins.

Prévalence du viol sur les campus universitaires

Les viols et autres violences sexuelles sont fréquents sur les campus américains. Ainsi, une étude du National Institute of Justice (USA) de 1997 a estimé qu’entre un cinquième et un quart des étudiantes américaines ont été victimes d’un viol ou d’une tentative de viol à l’université4. Plusieurs autres études ont trouvé des taux à peu près similaires5. Les étudiantes sont par ailleurs soumises à un plus grand risque de viol et d’agression sexuelle que les femmes de la population générale ou de la même classe d’âge4. Selon un article d’USA Today, cité par Sanday3, l’université de Havard a signalé 50 cas d’agressions sexuelles entre 2000 et 2003. Durant la même période, 11 élèves de la Naval Academy d’Annapolis ont été accusés d’agression, et de son côté, l’Académie militaire de West Point, dans l’Etat de New-York, a enquêté sur 15 cas similaires. Dans une étude de 1994, une petite sœur raconte qu’elle pensait que trois femmes étaient victimes de viol chaque weekend au sein de sa fraternité6.

Une enquête de 1993 auprès de plus de 900 étudiantes américaines avait montré que les femmes qui avaient été agressées sexuellement depuis leur entrée à l’université, l’avaient été de manière  disproportionnée par des membres de fraternités ou d’équipes sportives7.

Les membres des fraternités ont tendance à utiliser l’alcool pour obtenir des rapports sexuels

Les membres des fraternités ont tendance à utiliser l’alcool pour obtenir des rapports sexuels

Une étude de 1996 portant sur 470 étudiants de sexe masculin a montré que les membres des fraternités avaient plus tendance à utiliser l’alcool et la coercition verbale (supplications, chantage…) pour obtenir des rapports sexuels, que les étudiants n’appartenant pas à une fraternité8. Une autre publication de 1998 indique que les frères n’ont pas seulement plus souvent recours à l’alcool et à la coercition verbale pour violer, mais utilisent également plus fréquemment la force à ce dessein, que les autres étudiants9. Enfin, d’autres travaux ont établi un lien entre appartenance à une fraternité et propension au viol10,11. Cependant, deux études, l’une de 199312, et l’autre de 199613, n’ont trouvé aucune différence significative entre le comportement des étudiants appartenant à une fraternité et celui des autres étudiants. Ce manque de différence significative pourrait être dû au fait que dans ces études, tous les membres de fraternités ont été rassemblés dans un groupe homogène, alors qu’il y a de fortes variations de comportements au sein des fraternités ; il vaut donc mieux distinguer les différentes fraternités1.

Au moins la moitié et peut-être jusqu’à trois-quarts des viols commis sur les campus universitaires impliquent une consommation d’alcool de la part de la victime, de l’agresseur ou des deux5,14. Une étude portant sur les viols commis sur les campus américains a montré que le plus important prédicteur de victimisation sexuel était l’alcool13. Plus exactement, les hommes qui ont admis avoir agressé sexuellement des femmes étaient ceux qui buvaient le plus, et ceux dont les amis approuvaient le fait d’avoir des rapports sexuels avec des femmes ivres et s’engageaient effectivement dans ce genre de comportement. Les auteurs en avaient conclu que le niveau de perception de soutien, de la part des pairs mâles, au système d’exploitation sexuelle des femmes par l’alcool, ainsi que l’alcool réellement consommé par les hommes, étaient les principaux prédicteurs de violence sexuelle de la part des étudiants interrogés13. Le lien étroit entre l’alcool et agressions sexuelles suggère que de nombreux viols ayant lieu sur les campus se déroulent lors de fêtes étudiantes, souvent organisées par les fraternités3,5. Dans une étude de 2006, les fêtes organisées par les fraternités ont été identifiées comme les lieux privilégiés par les femmes pour faire la fête4. Des auteurs ont remarqué que ces fêtes organisées par les fraternités étaient particulièrement dangereuses3,5. Par ailleurs, les fraternités constituent pour les étudiants de première année la meilleure source pour obtenir de l’alcool : à cause de leur âge, il leur est difficile de consommer de l’alcool dans des bars ou des boîtes de nuit, par exemple (aux États-Unis, l’âge minimum légal pour la consommation d’alcool est de 21 ans)4. Dans certaines résidences étudiantes, la police fait des patrouilles, en recherche d’infractions à la consommation d’alcool ; les sanctions sont très sévères. A l’inverse, dans les fraternités, l’alcool coule à flot.

Un type particulier de viol a attiré l’intention des universitaires : les viols collectifs, qui sont souvent comparés à des « trains » dans la bouche des violeurs, car ces derniers font la queue devant la victime en attendant leur tour3. Selon Peggy Sanday, la majorité des « trains » sont commis par des membres des fraternités15. En 1988, l’autrice d’un rapport sur les violences sexuelles, avait trouvé plus de 75 cas documentés de viols collectifs sur les campus américains, au cours des années précédentes3. Ces viols collectifs avaient tous la même trame : au cours d’une fête, une jeune femme alcoolisée est amenée dans une pièce et est violée par plusieurs hommes. Souvent inconsciente, trop faible, ou apeurée, elle ne résiste pas.

Comment une telle chose peut-elle arriver ? Pour répondre à cette question, plusieurs chercheur-e-s ont étudié les caractéristiques des fraternités et le déroulement de leurs soirées.

La sociabilisation masculine au sein des fraternités

Les fraternités recherchent des étudiants athlétiques, compétitifs, riches et qui boivent beaucoup16. A l’inverse les « intellos », les homosexuels, ou les hommes féminins ne sont pas acceptés. Étant donné que l’alcool et les jeux à boire constituent la base de la vie sociale de ces fraternités, les personnes qui ne boivent pas, ou peu, sont appréhendées avec scepticisme. La réputation des fraternités dépend avant tout de la virilité de ses membres : pour se donner une bonne image, elles doivent absolument recruter des « vrais mecs », musclés et bien bâtis. Une étude de 1994 montre que les frères sont en moyenne « sur-socialisés » dans un rôle de genre masculin17. Par ailleurs, les membres des fraternités ont en moyenne une vision plus stéréotypée des rôles de genre que les autres étudiants18,19, et adhèrent plus à l’idée que les hommes devraient dominer les femmes, par rapport aux non-membres19. Il a aussi été montré que les frères affichaient plus souvent des images de femmes  dans leur chambre que les autres étudiants, et que ces images étaient en moyenne plus dégradantes20.

Les personnes – hommes et femmes – qui vont aux fêtes organisées par les fraternités, sont toutes plus ou moins issues du même milieu : elles sont blanches, issues de la classe moyenne ou supérieure, hétérosexuelles, et très intéressées par leur popularité4. Sortir et faire la fête est perçu comme une obligation sociale pour maintenir son statut.

Rituel d'initiation dans une fraternité en 1939. Source

Rituel d’initiation dans une fraternité en 1939. Source

Les « bizuts » (pledges en anglais) sont de nouvelles recrues qui doivent passer certaines épreuves afin d’acquérir le statut de« frère » et donc de devenir un membre à part entière de la fraternité3,16. Le bizut doit parfois subir des violences, et une discipline de fer de la part de son « Grand Frère », qui a pour rôle de lui enseigner à devenir un frère. Ces épreuves de bizutage, où le bizut doit obéir à des ordres et effectuer des tâches humiliantes, s’apparentent à ce qu’on peut voir dans des camps militaires afin de « faire des garçons, des hommes »16.  Il existe d’ailleurs des rituels d’initiation pour les jeunes hommes qui ont admis avoir une faible estime d’eux-mêmes : ces épreuves, particulièrement humiliantes, ont pour but de les « nettoyer » ou de les « purifier » de leur côté féminin, de « tapette » ou de « looser » : il s’agit de « tuer la femme » qui est en soi3.

L’objectif de ces rituels d’initiation – appelés « jeux de la vérité » est de casser les liens sociaux et psychologiques qu’entretiennent les bizuts avec l’autorité parentale, et de les remplacer par un nouveau lien avec le groupe d’hommes : la fraternité. La soumission du bizut aux liens de fraternité fait de lui un frère, et donc un homme3.

Le bizutage est d’ailleurs bien justifié par les frères comme un moyen de favoriser des liens de solidarité entre les membres de la fraternité16. Il s’agit d’un processus et d’une conception de la solidarité extrêmement virils : la volonté de se soumettre à l’autorité, d’obéir aux ordres et de faire ce qu’on nous dit de faire est perçue comme un signe de loyauté, de solidarité et d’unité. Les fraternités favorisent certains comportements comme la ténacité, la capacité à endurer la douleur et les humiliations, et l’obéissance aux supérieurs. La sensibilité et l’affection sont méprisées16.

Bizutage

Le bizutage peut être violent et humiliant

Il est possible que les « bizuts » qui souhaitent intégrer une fraternité soient, dès le départ, plus agressifs et plus enclins à violer que lamoyenne des étudiants19. Il est aussi probable qu’une partie de ce comportement violent soit appris au sein de la fraternité11. Sanday propose une hypothèse selon laquelle, le fait de survivre à ces actes d’humiliation lors du bizutage, altère la conscience3. Elle suppose que comme pour les abus sexuels sur les enfants, les bizuts martyrisés auront plus de facilité à martyriser d’autres personnes : les nouveaux bizuts… et les femmes. Par ailleurs, le viol de femmes apparaît également comme un moyen de renforcer ces liens entre hommes, créés lors du bizutage, et d’affirmer son appartenance au groupe d’hommes3.

Les bizuts qui trouvent les épreuves trop violentes souvent abandonnent, ce qui leur vaut d’être ridiculisés par les frères16.

Les petites sœurs

Le statut de « frère » au sein des fraternités, est réservé aux hommes. Les femmes ne peuvent être que des « petites sœurs », et ne peuvent donc pas être des membres à part entière des fraternités16,6 ; ceci  institutionnalise leur mise à l’écart du pouvoir dans l’organisation de la vie du campus6. Il faut d’ailleurs distinguer le statut de « petite sœur » de celui de « sœur », les premières étant liées à une fraternité, les secondes étant les membres de sororités, l’équivalent féminin des fraternités6. Notons que les organisations de petites sœurs ne sont souvent pas reconnues par les responsables universitaires6. Comme les « frères » dominent souvent la vie sociale du campus, les femmes peuvent cependant avoir des avantages à s’associer à des fraternités, mais il faut plutôt y voir un grappillage de miettes6. On remarquera aussi comment le titre de « petite sœur » indique une subordination (« petite »).

Les petites sœurs sont utilisées comme des servantes par les frères16,6 : leurs tâches consistent à être exploitées par les frères, et à leur fournir un travail émotionnel16,6 (les petites sœurs servent de confidentes, et doivent aussi les soutenir dans toutes leurs actions), un travail physique6 (tâches ménagères, collecte de fonds), mais aussi un travail lié à la sexualité6. Ainsi, elles doivent par exemple accepter d’être photographiées en maillot de bain pour attirer les bizuts mâles6.  Elles doivent aussi assister aux fêtes organisées par les fraternités,  y attirer du monde et y flâner pour rendre l’endroit agréable pour les hommes16. Les petites sœurs sont perçues comme un « capital », des objets de qualité, et qu’il faut avoir en quantité, pour attirer les bizuts6. Utilisées sexuellement par les frères, elles sont régulièrement victimes de violences sexuelles6, mais la plupart d’entre elles sont dans le déni et transfèrent sur les victimes la responsabilité de leurs viols6. Sanday évoque le cas d’une fraternité où les viols collectifs, les « trains », étaient perçus comme un élément normal du « programme pour les petites sœurs », et même comme quelque chose dont les frères devaient être fiers3.

Les petites sœurs reçoivent énormément d’avances, voire de pressions, de la part des frères pour qu’elles aient des rapports sexuels avec eux6. Les femmes qui n’acceptent aucune relation sexuelle sont mal perçues et peuvent être bannies ; mais en même temps, les femmes qui en ont trop sont vues comme des « salopes » et sont aussi ostracisées6, voire parfois victimes de rituels humiliants21. C’est également le cas de celles qui s’engagent dans une relation sentimentale avec un frère6. Ces injonctions contradictoires permettent aux frères de contrôler la sexualité des petites sœurs.

Les fêtes : des parties de chasse, où l’alcool sert d’arme

Les fêtes des fraternités apparaissent souvent comme de véritables « chasses », les prédateurs étant les hommes, et les proies, les femmes. L’alcool sert à piéger sa victime. Le viol apparaît donc clairement comme un crime prémédité.

Être saoul est la norme dans les fêtes des fraternités

Être saoul est la norme dans les fêtes des fraternités

Faire la fête et beaucoup boire, est un moyen d’avoir l’air « cool » et d’être accepté par ses pairs, aussi bien pour les hommes que pour les femmes5. Être saoul est la norme dans les fêtes des fraternités3. Pour les femmes, les fêtes sont une des rares occasions de rencontrer des hommes, auxquels elles cherchent désespérément à plaire5. Il ne s’agit pas tellement pour elles de chercher des partenaires sexuels3, mais de retrouver de l’estime en soi, en étant remarquées et aimées des hommes5. Les femmes intéressées par les fêtes dépensent beaucoup d’argent et de temps pour se faire belles5. Les hommes jugent et se moquent d’ailleurs durement des femmes dont la tenue ne leur convient pas, notamment si elles ne sont pas habillées assez légèrement. Les femmes essayent donc d’être sexy, sans avoir l’air d’être une « salope » : un défi particulièrement difficile5

Les frères classent les femmes allant à leurs fêtes en différentes catégories : les régulières (regulars), les « geuses » (wenches qui signifie « prostituée » en vieil anglais) qui ont eu des relations sexuelles avec un frère, les « bimbos », les copines etc. Ces groupes de femmes ne créent jamais de liens entre elles, mais gravitent toutes autours des frères, qui sont leur principal centre d’intérêt. C’est d’ailleurs ce que semblent désirer les frères3.

Si les femmes qui vont aux fêtes des fraternités n’y vont pas pour trouver des partenaires sexuels, mais plus pour attirer l’attention des frères vers elles, les hommes, eux, y vont clairement pour coucher. Certains hommes affirment d’ailleurs clairement qu’ils rejoignent les fraternités pour le sexe et les fêtes3,5. Certaines fraternités promeuvent leurs fêtes dans d’autres campus, et en particulier dans ceux où les femmes ont la réputation d’aimer les « coups d’un soir »3. De façon générale, les femmes sont utilisées par les fraternités comme des appâts pour attirer de nouveaux membres, et pour satisfaire les hommes aux soirées16. Les brochures de ces fraternités présentent des photos de belles femmes, souvent en tenue légère. Le message est clairement : « Hé ! on a les plus belles femmes, rejoignez-nous et elles seront aussi à vous ! ». On promet aux bizuts la disponibilité sexuelle des femmes…16

Les frères contrôlent chaque aspect des fêtes qu’ils organisent dans leurs maisons : les thèmes, la musique, les admissions, l’accès à l’alcool, etc. ce qui leur permet d’arriver plus facilement à leurs fins5.

Les fraternités régulent les entrées à leurs fêtes, favorisant les étudiantes de première année et refusant souvent les hommes n’appartenant pas à la fraternité5. Les hommes doivent payer en général un ou deux dollars pour avoir accès aux fêtes, les femmes rien du tout3 : or, comme dit l’adage, si vous ne payez pas, c’est que vous n’êtes pas un client, mais une marchandise…

Les affiches annonçant les fêtes représentent souvent des femmes légèrement vêtues, et parfois métaphoriquement « conquises » sexuellement3. Il est aussi implicitement dit dans ces affiches que les femmes doivent payer leurs boissons en échange de faveurs sexuelles. Sanday décrit ainsi une affiche où le chien de la Fraternité (les Fraternités en ont parfois un comme mascotte) tire sur le bas du bikini d’une femme. Une autre montre les jambes d’une femmes comme étant des quilles de bowling, et où un frère est représenté comme une balle prête à rouler vers elles3….

Les thèmes des fêtes exigent habituellement des femmes qu’elles portent des vêtements légers et sexy, et qu’elles soient dans des positions subordonnées aux hommes. Quelques exemples de thèmes : «Proxos et putes»,  «Victoria Secret», «Playboy Mansion », « Directeurs et secrétaires salope» ou encore «profs et étudiantes sexy»4.

Il arrive aussi que les frères s’arrangent pour installer une ambiance pornographique lors des fêtes : film porno passant sur des écrans, chansons aux paroles explicites, photos érotiques aux murs, etc.16

Par ailleurs, certaines normes de la fête sont propice à la coercition : un bon fêtard, ou une bonne fêtarde, se doit de jouer le jeu, de boire, d’être de bonne humeur, de s’amuser, etc. On attend également des fêtards qu’ils apprécient la soirée, et fassent confiance à leurs compagnons de fêtes.  Les expressions de tristesse ou de méfiance sont proscrites4. De plus, étant les invitées des fêtes organisées par les fraternités, on attend des étudiantes qu’elles soient reconnaissantes envers les frères pour leur hospitalité. A cela s’ajoute le fait que dans les sociétés occidentales, on attend des femmes qu’elles soient aimables en toute circonstance4. Les femmes qui s’affirment trop ne sont pas appréciées des hommes, et risquent d’avoir un statut social plus faible4. Dans ces conditions, il est particulièrement difficile pour les femmes de pouvoir poser leurs limites4.

Thème de la soirée ? "Patrons et salopes"

Thème de la soirée ? « Patrons et salopes »

Les fraternités organisent et facilitent souvent le transport vers les lieux de fêtes, notamment le transport des étudiantes de première année ; à l’inverse le retour à la maison pour ces dernières est souvent plus difficile4. Une étude de 2006 donne l’exemple d’hommes d’une fraternité qui ont cherché à empêcher des femmes de retourner chez elles4.

Les frères contrôlent aussi l’accès à l’alcool : ils se servent en général d’abord eux-mêmes, puis les femmes, puis enfin, les hommes non affiliés. La promesse de plus d’alcool, et de meilleure qualité, est utilisée pour attirer les femmes dans les espaces privés des maisons des fraternités5.

Les membres des fraternités définissent donc les règles du jeu, à leurs avantages, bien sûr. Une étudiante raconte21 :

Les hommes sont dominants ; ils sont les rois du campus. C’est dans leur environnement qu’ils nous autorisent d’entrer, et donc, on doit se conformer à leurs règles.

Un étudiant surenchérit21 :

Cet environnement est horrible, et si malsain pour de bonnes relations et interactions entre hommes et femmes. Il y a une ségrégation tellement forte et une telle domination masculine… C’est notre fête, avec nos règles et nos bières. On permet à ces femmes et ses hommes de venir à notre fête. Les hommes peuvent se sentir supérieurs sur leur territoire.

Lors des soirées, les hommes partent à la chasse : ils explorent les lieux à la recherche de femmes ivres, et encouragent fortement les femmes à boire3. Les femmes blondes, plantureuses, très maquillées et habillées avec des tenues suggestives sont leurs cibles privilégiées. Les frères les disent « faciles » et pensent qu’elles sont sexuellement disponibles : « elles demandent ça » (ask for it/want it), ou « cherchent à être baisées » (are looking to get fucked). Une fois qu’un homme a choisi sa cible, il établit un premier contact en discutant, dansant ou buvant avec elle, dans le but de coucher avec elle3.

Les hommes ne cherchent pas de relations durables, qui risqueraient d’entrer en concurrence avec les relations qu’ils ont avec lesFrat party autres hommes de la fraternité. Ils cherchent des « coups d’un soir » qui leur permettent au contraire de renforcer les liens les unissant, en discutant des femmes avec qui ils ont couchées, voire en les partageant sexuellement entre eux – en général par le biais d’un viol collectif3.

Il existe même des termes précis pour désigner le fait d’obtenir des relations sexuelles des femmes en parlant, dansant et buvant avec elles : « riffing »3. Les hommes qui sont des experts en la matière ont un meilleur statut social3. Dans le livre que Sanday a écrit sur les fraternités, une étudiante qui a été proche de certains frères raconte comment ils aimaient se vanter de leur expérience de riffing : de manière humiliante pour les femmes avec qui ils ont couchée, avec un mélange de burlesque et de sadisme. Ainsi les frères gagnent du pouvoir aux dépends des femmes avec qui ils ont des rapports sexuels3.

Plus concrètement, le riffing consiste à inciter les femmes à boire, afin de mieux les contrôler. C’est dans ce cadre-là que surviennent les viols, et notamment les viols collectifs. Si une femme est ivre, c’est qu’elle « demande à être baisée » (asking for it). Rendre une femme inconsciente et la violer semble être une méthode de riffing absolument honnête16. Dans une publication de 20065, plusieurs témoignages démontrent ce fonctionnement. Ainsi un étudiant explique :

Les filles sont continuellement alimentées d’alcool. C’est surtout pour faire la fête, mais mes colocs sont également conscients des effets de désinhibition. J’ai vu un ancien coloc bloquer les portes de sa chambre pour empêcher des filles d’en sortir; d’autres fois j’ai ramené chez elles des femmes qui ne pouvaient pas se souvenir de grand-chose de la soirée, à part qu’elles avaient eu un rapport sexuel. Il n’est quasiment jamais – voire jamais, tout court – arrivé à mon colocataire de finir une nuit de beuverie sans sexe. Je sais que ce n’est pas nécessairement, et sans doute pas, des agressions sexuelles, mais avec la quantité d’alcool dans la maison, je m’interroge beaucoup sur la validité du consentement.

Une étudiante, elle, raconte:

Ca m’est arrivé en première année. (…) Une nuit, j’ai trop bu à une frat’, j’ai eu un trou noir et je me suis réveillée le matin, toute nue, dans leur dortoir, où il faisait froid. Je ne savais vraiment pas ce qui s’était passé, et le mec n’était plus dans le lit. Mais putain, je ne pense même pas pouvoir dire qui c’était… (…) Je ne savais pas qui c’était, comment aurais je pu aller à l’hôpital et raconter que quelqu’un m’avait probablement violée ? Ca aurait pu être n’importe qui parmi la centaine de mecs qui vivaient dans la maison.

Une copine à elle rajoute :

Ca arrive à tellement de monde, ça te choquerait. C’est arrivé à trois de mes meilleures amies, des gens à qui tu ne penserais pas que ça puisse arriver.

Dans certaines fraternités, regarder plusieurs de ses camarades avoir un rapport sexuel avec une femme, est une activité fortement appréciée. L’objectif de ceux qui ont ces rapports sexuels est d’offrir à ses camarades une scène pornographique « en live ». Dans ce cadre-là, le consentement des femmes est négligé. Les frères considèrent que si une femme se trouve à une fête organisée par une fraternité, elle doit « s’attendre à ça », surtout si elle s’intoxique à l’alcool15.

Les fêtes des fraternités sont donc organisées afin que les hommes puissent y trouver des femmes, avec qui avoir un rapport sexuel. Tout y est contrôlé (thèmes, admission, accès à l’alcool) afin que les frères atteignent leur but. Il y a donc la mise en place de toute une stratégie pour piéger les femmes. Sanday cite un exemple de dialogue évocateur15 :

Frère 1: « Hey, n’oubliez pas – faites en sorte que les femmes boivent vraiment beaucoup.

Barman : « Ouais, je n’oublierai pas. Juste comme d’habitude. »

Frère 2 : « Nous devons les rendre ivres. »

Barman : « Ne vous inquiétez pas, nous nous en occuperons. »

Frère 3: «Ça va les libérer de leurs inhibitions. »

Ainsi, les viols qui arrivent lors de ces soirées, sont rendus possibles par une organisation permettant aux hommes de contrôler le cours des fêtes, et par le fait qu’on attende des femmes qu’elles soient détendues et confiantes. Rendre les femmes ivres, bloquer les portes, et contrôler les transports sont des méthodes courantes que ces hommes utilisent pour empêcher les femmes de s’échapper des situations de violence sexuelle. Il s’agit d’une méthode terriblement efficace, qui invisibilise la coercision. Par ailleurs, les mythes sur le viol (« les hommes sont naturellement agressifs sexuellement ») normalisent ces stratégies et la culture de viol ambiante attribue aux femmes le rôle de « gardienne de la porte », ce qui libère les hommes de la responsabilité de devoir obtenir un consentement valide. Tout cela permet d’effacer la responsabilité des hommes.

Blâme des victimes et sentiment de non culpabilité

Déjà en 1988, un rapport traitant des violences sexuelles sur les campus américains avait montré que les violeurs étaient rarement poursuivis et qu’en général, les victimes étaient rendues responsables de ce qui leur était arrivé3. En effet, l’opinion selon laquelle « elle l’avait cherché » était très répandue dans les campus, et les violeurs n’avaient absolument pas conscience qu’ils avaient mal agi. Violer une femme ivre est un comportement considéré comme totalement acceptable dans certaines fraternités15. Sanday livre un exemple de discussion entre frères, à propos d’un cas de viol collectif (un « train ») ayant eu lieu lors d’une fête organisée par leur fraternité, en 1983 :

  « Elle était droguée.

–   Elle s’est droguée.

–  Ouais, elle était responsable de son état, qui l’a juste laissée grande ouverte … pour dire ainsi »

[rires]

femme triste

Les victimes de viol sont blâmées

Par ailleurs, une enquête de 1994 auprès de petites sœurs montre que ces dernières ont tendance à blâmer les victimes de viol, disant que leurs camarades qui ont été violées n’ont pas bien su se tenir6. L’étude montrait aussi que certaines femmes victimes d’agressions sexuelles ne le reconnaissaient pas6.

Il a été montré que les frères adhéraient plus aux mythes sur le viol que les autres étudiants20,22,23. Par ailleurs, les membres de fraternités utilisent en moyenne un langage plus dégradant pour parler des organes génitaux féminins, que les autres étudiants20. Or, on juge antipathique et stupide  une personne qui fait l’objet de dégradation20 ; le fait de dégrader sexuellement les femmes pourraient ainsi conduire certains hommes à les considérer comme des cibles légitimes d’agressions sexuelles20.

Culture du secret et de la loyauté

La loyauté est perçue comme une valeur essentielle dans les fraternités, au-delà de toute considération éthique ou juridique15,16. Il faut couvrir ses frères et ne surtout pas entacher la réputation de la fraternité. Ainsi, en 1988 une étudiante, complètement ivre au point d’avoir perdu conscience, avait été violée par quatre membres d’une fraternité, et faillit même y laisser sa vie. Malgré la gravité de ce crime, les frères refusèrent de coopérer, et ont même menti, lors de l’enquête la police. Dans ces conditions, les violences sexuelles sont facilement tues16.

Une fraternité, un campus sans viol

Si, comme on l’a vu, certaines fraternités sont des lieux particulièrement dangereux pour les femmes, il est important de souligner que ce n’est pas le cas de toutes. Il existe une certaine variabilité dans l’atmosphère et le niveau de dangerosité des fraternités et des campus. Ainsi, dans une étude de 2000, les auteurs ont demandé à 52 étudiant-e-s de classer 17 fraternités en fonction de leur propension à créer une atmosphère propice au viol1. Sur les 17 fraternités, deux ont été classées comme particulièrement risquées, et l’une comme particulièrement peu dangereuse.

Sanday a remarqué, à partir de données publiée en 1993, qu’il y avait de fortes variations dans les taux d’incidence du viol sur les campus universitaires15. Ainsi sur 30 campus, le pourcentage d’étudiants qui ont admis avoir utilisé l’alcool ou la force pour agresser sexuellement une femme, allait de 0 à 10%. Par ailleurs le pourcentage d’hommes qui disait avoir commis un viol durant l’année écoulée, variait de 6 à 22%. Selon Sanday, on peut parler de « campus sans viol » et de « campus enclins au viol », comme s’il s’agissait de micro-cultures.

Dans les fraternités sans viol, les femmes sont considérées comme des amies, et non comme des objets.

Dans les fraternités sans viol, les femmes sont considérées comme des amies, et non comme des objets.

Une enquête de 1996 a cherché à noter les différences qui distinguaient les fraternités enclines au viol, des fraternités moins dangereuses21. Les fêtes des « fraternités sans viol » étaient plus amicales : tout le monde discutait ensemble et les invité-e-s étaient plus respectueux. Dans ces fêtes, il y avait en général autant d’hommes que de femmes. Le respect envers les femmes se manifestait jusqu’à la propreté des toilettes qui leur étaient destinées. A l’inverse, lors des fêtes des « fraternités enclines au viol », les étudiant échangeaient et riaient moins. Il y avait des sex-ratios très déséquilibrés – beaucoup d’hommes ou beaucoup de femmes – et une forte ségrégation selon le sexe, les hommes se regroupant d’un côté, et les femmes de l’autre. Les frères n’étaient pas respectueux avec les femmes : ils faisaient des blagues sexistes, notaient leur apparence,  les touchaient ou encore les poussaient. Les toilettes des femmes étaient sales. L’atmosphère y était également plus sexuellement chargée (danses sexy, remarques sexuelles….). Les lendemains matins, les membres des fraternités dangereuses racontaient leurs exploits sexuels de la veille, ce qui n’était pas le cas des hommes appartenant aux fraternités sans viol.

Sanday décrit également les caractéristique d’une fraternité sans viol qu’elle a pu étudier15. Cette fraternité se considérait surtout comme un groupe d’amis. Boire beaucoup n’était pas une obligation, et ne faisait pas partie des rites d’initiation. Il n’y avait pas non plus de jeux à boire. Lors des fêtes, les personnes ivres, notamment les femmes, étaient prises en charge et ramenées à la maison, afin que personne n’abuse d’elles. Les femmes  y sont perçues comme des amies, et non comme des objets sexuels. Enfin, l’homosexualité y était acceptée, ce qui valait à cette fraternité d’être dépréciée et traitée de « frat’ gay » ou de « frat’ de tapettes ».

Conclusion

Les fêtes organisées par certaines fraternités constituent un environnement bien étudié, où le viol est un crime clairement prémédité, faisant l’objet d’une véritable stratégie de la part d’un groupe d’hommes. L’alcool est l’arme du crime. Comme dans les cultures enclines au viol, le viol collectif d’une femme permet aux hommes de réaffirmer leur appartenance aux groupes, par le fait d’accomplir ensemble un acte « interdit »3. Cela leur permet également de démontrer leur dominance et leur pouvoir. Les femmes sont donc réduites à l’état d’objets ou d’outils, au service de ces hommes.

Il existe heureusement des « fraternités sans viol », et les campus et fraternités peuvent être vus comme des « micro-cultures », enclines ou non au viol. Notons aussi qu’il existe aux Etats-Unis des programmes de prévention pour réduire les viols, adressés aux frères et aux athlètes, et basés sur l’empathie. Ces programmes permettent de réduire leur adhésion aux mythes sur le viol, et leur propension au viol24–26.

Frat House, un documentaire par Todd Phillips

Frat House, un documentaire par Todd Phillips

Je souhaitais aussi, pour finir, rebondir sur cet article publié récemment, et qui explique que les jeunes femmes françaises boivent de plus en plus et sont de plus en plus agressées sexuellement. L’article ne dit pas une seule fois qui sont les agresseurs. A le lire, on a presque l’impression que les agressions sexuelles sont un mal qu’on attrape en buvant trop, comme la nausée ou les pertes de mémoire. Il est question « d’exposition aux agressions sexuelles », comme si celles-ci arrivaient par hasard. Or, si les étudiants américains élaborent des stratégies, et utilisent l’alcool comme une arme pour violer, il est fort possible que ce soit aussi le cas des Français.

En complément de cet article, je vous propose aussi de visionner Frat House, un documentaire en anglais sur les plus sombres facettes des fraternités, et plus particulièrement sur le bizutage. Ce film a été controversé, des étudiants disant que certaines scènes auraient été rejouées ; le réalisateur répond à cette accusation dans cet article.

Merci à Marta Sobkow pour la correction des fautes d’orthographe et de grammaire !


Bibliographie

1.Humphrey SE, Kahn AS. Fraternities, Athletic Teams, and Rape Importance of Identification With a Risky Group. J Interpers Violence. 2000;15(12):1313–1322. doi:10.1177/088626000015012005.

2. Murnen SK, Wright C, Kaluzny G. If “Boys Will Be Boys,” Then Girls Will Be Victims? A Meta-Analytic Review of the Research That Relates Masculine Ideology to Sexual Aggression. Sex Roles. 2002;46(11-12):359–375. doi:DOI: 10.1023/A:1020488928736.

3. Sanday P. Fraternity Gang Rape: Sex, Brotherhood, and Privilege on Campus. NYU Press; 2007.

4. Fisher BS, Cullen FT, Turner MG. The sexual victimization of college women.; 2000.

5. Armstrong EA, Hamilton L, Sweeney B. Sexual Assault on Campus: A Multilevel, Integrative Approach to Party Rape. Social Problems. 2006;53(4):483–499.

6. Stombler M. “Buddies” or “Slutties” The Collective Sexual Reputation of Fraternity Little Sisters. Gender & Society. 1994;8(3):297–323. doi:10.1177/089124394008003002.

7. Frintner MP, Rubinson L. Acquaintance rape: The influence of alcohol, fraternity membership, and sports team membership. Journal of Sex Education & Therapy. 1993;19(4):272–284.

8. Boeringer SB. Influences of Fraternity Membership, Athletics, and Male Living Arrangements on Sexual Aggression. Violence Against Women. 1996;2(2):134–147. doi:10.1177/1077801296002002002.

9. Tyler K, Hoyt D, Whitbeck L. Coercive Sexual Strategies. Sociology Department, Faculty Publications. 1998. Available at: http://digitalcommons.unl.edu/sociologyfacpub/45.

10. Lackie L, Man AF de. Correlates of Sexual Aggression Among Male University Students. Sex Roles. 1997;37(5-6):451–457. doi:10.1023/A:1025613725757.

11. Boeringer SB, Shehan CL, Akers RL. Social Contexts and Social Learning in Sexual Coercion and Aggression: Assessing the Contribution of Fraternity Membership. Family Relations. 1991;40(1):58. doi:10.2307/585659.

12. Koss MP, Gaines JA. The Prediction of Sexual Aggression by Alcohol Use, Athletic Participation, and Fraternity Affiliation. J Interpers Violence. 1993;8(1):94–108. doi:10.1177/088626093008001007.

13. Schwartz MD, Nogrady CA. Fraternity Membership, Rape Myths, and Sexual Aggression on a College Campus. Violence Against Women. 1996;2(2):148–162. doi:10.1177/1077801296002002003.

14. Abbey A, McAuslan M, Zawacki T, Clinton AM, Buck PO. Attitudinal, Experiential, and Situational Predictors of Sexual Assault Perpetration. J Interpers Violence. 2001;16(8):784–807. doi:10.1177/088626001016008004.

15. Sanday PR. Rape-prone versus rape-free campus cultures. Violence Against Women. 1996;2(2):191–208.

16. Martin PY, Hummer RA. Fraternities and Rape on Campus. Gender & Society. 1989;3(4):457–473. doi:10.1177/089124389003004004.

17.  Lottes IL, Kuriloff PJ. Sexual Socialization Differences by Gender, Greek Membership, Ethnicity, and Religious Background. Psychology of Women Quarterly. 1994;18(2):203–219. doi:10.1111/j.1471-6402.1994.tb00451.x.

18. Schaeffer AM, Nelson ES. Rape-supportive attitudes: Effects of on-campus residence and education. Journal of College Student Development. 1993;34(3):175–179.

19. Kalof L, Cargill T. Fraternity and sorority membership and gender dominance attitudes. Sex Roles. 1991;25(7-8):417–423. doi:10.1007/BF00292531.

20. Bleecker ET, Murnen SK. Fraternity Membership, the Display of Degrading Sexual Images of Women, and Rape Myth Acceptance. Sex Roles. 2005;53(7-8):487–493. doi:10.1007/s11199-005-7136-6.

21. Boswell AA, Spade JZ. Fraternities and Collegiate Rape Culture. Why Are Some Fraternities More Dangerous Places for Women? Gender & Society. 1996;10(2):133–147. doi:10.1177/089124396010002003.

22. Boeringer SB. Associations of Rape-Supportive Attitudes with Fraternal and Athletic Participation. Violence Against Women. 1999;5(1):81–90. doi:10.1177/10778019922181167.

23. McMahon S. Rape Myth Beliefs and Bystander Attitudes Among Incoming College Students. Journal of American College Health. 2010;59(1):3–11. doi:10.1080/07448481.2010.483715.

24. Foubert JD. The Longitudinal Effects of a Rape-prevention Program on Fraternity Men’s Attitudes, Behavioral Intent, and Behavior. Journal of American College Health. 2000;48(4):158–163. doi:10.1080/07448480009595691.

25.  Foubert JD, Newberry JT. Effects of two versions of an empathy-based rape prevention program on fraternity men’s rape survivor empathy, rape myth acceptance, likelihood of raping, and likelihood of committing sexual assault. Journal of College Student Development. 2006;(47):133–148.

26. Foubert JD, Perry BC. Creating lasting attitude and behavior change in fraternity members and male student athletes: The qualitative impact of an empathy-based rape prevention program. Violence Against Women. 2007;(13):70–86.

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35 réflexions sur “Les cultures enclines au viol et les cultures sans viol. Le cas de certains lieux hautement propices au viol : les fraternités

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  2. Bonjour,
    Comme à chaque fois, ça me fait froid dans le dos quand je lis ces articles. Mais le hic cette fois-ci, c’est que je fait moi-même partie d’une « fraternité ». Pour être exact, je suis « baptisé » sur un campus belge. Après la lecture de cet article, une remise en question s’impose. Mais en attendant qu’elle arrive à terme, voici ma ‘vision’ des choses et ce que je perçoit de mon campus.
    Ce que je vais dire ne concerne que l’endroit (~fraternité) où j’ai fait mon baptème. Je ne peux pas m’avancer pour les autres. De manière très globale, je peux affirmer que je n’ai jamais été reçu d’encouragement au viol et je n’en ai jamais donné pendant mes 5 années sur place.

    -Prévalence du viol sur les campus universitaires-
    Je sais qu’il y a chaque semaine au moins un cas de viol sur mon campus mais ne sais pas si les violeurs appartiennent à des groupes de baptisés. Je n’ai jamais entendu parler de viols collectifs. J’espère que je peux en déduire que ce n’est pas courant.

    -La sociabilisation masculine au sein des fraternités-
    Les baptèmes sur le campus sont mixtes et il n’y a pas de groupes pour les hommes et d’autres pour les femmes. Il y a néanmoins certains points communs sur la forme des activités (solidarité, unité,…). Mais je ne vais pas ouvrir le débat car je ne sais pas moi-même où me positionner.

    -Les petites sœurs-
    Il n’y a pas ce rapport particulièrement avilissant des hommes sur les femmes. Les relations hommes-femmes sont, je pense, représentatif de ce qui se passe dans notre société. Ce qui pose en soi problème mais qui ne constitue pas les « fraternités » belges comme des microcultures ultra-sexistes et enclines au viol.

    -Les fêtes: des parties de chasse, où l’alcool sert d’arme-
    Oui, les fêtes sont des endroits où il y est normal d’être saoul. Avec cet état physique, il y a un bon nombre de dérives. Oui, il y a des gens qui sortent en soirée dans l’espoir de « ramener » quelqu’un mais pas dans le cadre d’un viol. J’ai autant d’amis que d’amies qui aiment terminer leur soirée en couchant. La notion de coups d’un soir est pour moi réciproque. Du moins, de ce que j’ai pu en voir. La dérive qui est de faire boire une fille pour pouvoir en profiter est présente mais n’est ni spécifique à un groupe social, ni systématique. Ce qui en soit ne fait qu’élargir le problème.
    Mais non, les soirées organisées par les baptisés ne sont pas faites pour que les hommes puissent baiser. Il n’y a pas de tri à l’entrée. (Si en fait, étudiant ou non étudiant) Le prix d’entrée est gratuit ou le même pour tous. Il n’y a pas d’ambiance pornographique dans les salles.
    En bref, il n’y a pas toute cette mise en scène et ce rassemblement de circonstances qui encouragent et promeuvent le viol.

    -Blâme des victimes et sentiment de non culpabilité-
    -Culture du secret et de la loyauté-
    Rien à rajouter

    -Une fraternité, un campus sans viol-
    Sur le campus où je suis, cela est proche de la fraternité sans viol décrite ici. J’aimerais pouvoir l’affirmer mais je ne veux pas m’avancer.

    Pour rappel, ce que je viens de dire concerne le groupe dans lequel je suis baptisé. Et est, je pense, aussi valable pour les autres groupes de mom campus.

    C’est mon avis, mon point de vue. C’est donc surement biaisé. Malgré les 5 années de fêtes sur mon campus, ça n’a pas le poids statistique d’une étude complète. Donc voilà, je fait partie d’un groupe de baptisé en Belgique et ce ne sont pas absolument les mêmes normes qu’aux États-Unis. Même si il existe aussi des dérives chez nous, elles ne sont pas encouragées et sont réprimées.
    De plus, j’ai essayé d’être le plus constructif et critique possible.

    Ps: je ne me suis pas trop relu car j’ai des examens à passer. Veuillez donc excuser les fautes d’orthographes et les constructions de phrases bancales.

    • C’est possible que ta fraternité soit « sans viol »… Après tout, même aux Etats-Unis, toutes les fraternités ne sont pas dangereuses. En tout cas, bravo pour ton esprit critique. 🙂

      • J’ai comme même envie de rajouter à votre discussion et surtout à son discour qu’il fait partie d’une fraternité belge. Comparé une fraternité américaine et une fraternité belge dans ce domaine , c comme comparé l’eau au feu. Etant belge je peux appuyer le fait qu’en belgique c bcp moins courant qu’aux état unis, c’est tout à fait différent. Comme tout homme, il m’est arrivé de visiter des sites pornos. Ma présence sur ce forum vient du fait que je trouvais très fréquemment sur ce genre de site, des vidéos de party sexuel effectués lors de soirée ou dans des chambres d’étudiants américains ou encore de nombreux bizutage américains sexuels Vu le nombre de vidéos trouvé sur ces sites, je me suis demandé si les américains trouvaient normal ce genre de pratique, si c’était dans leur culture .. C’est comme cela que je suis tombé sur ce forum.

        Voilà je voulais juste dire à ce jeune homme que tous ses arguments vis à vis de cette article ne peuvent être pris en compte car on parle ici surtout des problèmes provenant d’université américaine

  3. Des éléments toujours aussi intéressant dans tes articles, et là, oui, il y a un parallèle à faire avec les attitudes actuelles des jeunes français en soirée, et la mode du « boire toujours plus » qui s’est lourdement installée dans les soirées étudiantes (je ne dis pas ça au hasard, j’en étais encore une il n’y a pas si longtemps).

    Faire boire une fille en soirée a presque toujours une visée sexuelle, en espérant qu’elle dira le sésame, le fameux « oui » qui permettra d’obtenir (de gré ou de force) une relation sexuelle. Comme tu le soulignes, et comme j’aimerai que les gens l’entendent : l’acte est totalement PREMEDITE.

    Je pense que ne pas voir le but poursuivi par ces garçons (qui font voire les femmes en soirée) serait se voiler la face. Reste à comprendre exactement les mécanismes qui les amènent à faire boire les femmes pour leur arracher une relation sexuelle. L’idée que ça fera d’eux des vrais hommes ? Dommage, ça en fait surtout des tortionnaires, même d’un soir…

    • Merci pour le commentaire !

      Faire boire une fille en soirée a presque toujours une visée sexuelle, en espérant qu’elle dira le sésame, le fameux « oui » qui permettra d’obtenir (de gré ou de force) une relation sexuelle.

      C’est quelque chose que j’ai parfois moi-même observé en France, même si ce n’était pas forcément dans le cadre d’associations étudiantes très organisées.

  4. Bonjour,

    je pense que vous devriez sourcer (par un article sérieux) votre affirmation selon laquelle, en Belgique, le Baptême est « parfois très violent ».

    Il faut aussi savoir que certains Belges récusent le terme « bizutage » qui désignent justement de leur point de vue les initiations violentes des Français, et dont le Baptême se démarquerait.

    • Ma source à ce sujet provient du témoignage de deux connaissances à moi, qui ont étudié en Belgique et qui ont assisté ou dû subir un « Baptême ». Au programme : bain de tripes, coups de pieds au cul, humiliations, etc. L’une d’elle a décidé de ne pas aller jusqu’au bout du Baptême tellement c’était trash.

      Je ne prétends pas que ces deux témoignages soient représentatifs des Baptêmes dans toute la Belgique. Mais ce que je sais, c’est que des Baptêmes très violents existent. D’où ma formule un peu vague « parfois très violent ».

      • Je ne dis pas que c’est faux, mais dans le contexte de l’article et en l’absence de contexte par rapport au Baptême lui-même, je trouve que c’est une affirmation gratuite avec pour seul but de le discréditer.
        Pour faire une comparaison, c’est comme si, dans un article consacré aux nombreux viols commis par les équipes de football américains, vous commenciez par « En France on pratique plutôt le football et le rugby – sport parfois très violent ». Ce n’est pas faux en soi non plus, mais il me semble que les joueurs de rugby seraient en droit de dire que, dans ce contexte, c’est une affirmation tendancieuse.
        En tout cas, ça tranche avec le reste de vos articles, très sérieux et très bien documentés.

        • Ah, ok. Bon, peut-être que j’ai mal exprimé mon idée. Je ne voulais pas discréditer le Baptême en tant que tel (sauf quand il s’apparente à du bizutage : pour moi, l’humiliation & la violence, même à un faible degré, ne sont pas tolérables… ).

          Je voulais juste dire que je ne sais pas exactement ce qu’il en est pour l’Europe, mais qu’il doit sans doute exister des cas similaires (à quelle fréquence ? Je n’en sais rien).

          • En même temps, quand j’étais étudiante en Belgique aussi, j’ai arrêté mon baptême très vite (a peu près 10 fois plus de mecs que de fille dans ce cercle d’étudiants-là). Bien m’en a pris. A un week-end de « bleus » (appellation des bizuts), certains se sont fait « gentiment » sodomisé avec un poireau. Les filles quant à elles ont du, a genoux et en maillot de bain, sans utiliser leurs mains, manger un fruit enfilé autour du pénis d’un mec (tous debouts et à poil).

            • what? Dans quel genre de cercle vous avez été? Il y a certes des dérives, mais les baptêmes étudiants en Belgique sont souvent moins trash qu’on ne le pense: déjà les cercles sont des ASBL déclarées, elle doivent contracter des assurances pour chacun des bleus (les bizus), et les comitards sont légalement responsables de tout ce qui arrive. Ca dépend également des endroits, mais généralement, tu n’es obligé à rien, et tu peux dire non à tout moment, tu peux aussi arrêter sans problème. Après j’imagine que je ne connais pas tout, je connais essentiellement les cercles de l’ULB à Bruxelles, et je n’ai pas fait mon baptême jusqu’au bout, mais je tenais juste à apporter un peu de nuance, même je ne tiens pas spécialement les cercles étudiants dans mon coeur, ils ne sont pas AUSSI violents qu’on le dit en France, et les dérives sont gravement punies et encadrées par les autorités.

              (par contre je n’ai jamais entendu parler de viols ou de harcèlement sexuels dans ces milieux. Il y a clairement du paternalisme, de ce que j’ai pu en voir par mon expérience, mais niveau violences sexuelles je ne sais pas)

              • enfin ce n’était pas un commentaire très constructif par rapport au sujet, je tenais juste à nuancer au vu du regard extérieur qu’on porte au baptême belge: oui ils te forcent à faire des trucs crades, mais non tu n’es pas obligé d’accepter, et en plus je trouve que de ce que j’en ai essayé, ça t’apprend des choses sur toi. Et niveau agressions sexuelles, il doit y en avoir comme il y en a dans certains milieux, mais un comitard ne peut jamais toucher un bleu, et je n’en ai jamais spécialement entendu parler dans ce milieux. (les autorités veillent au grain, c’est bien encadré.)

  5. « L’article ne dit pas une seule fois qui sont les agresseurs. A le lire, on a presque l’impression que les agressions sexuelles sont un mal qu’on attrape en buvant trop, comme la nausée ou les pertes de mémoire. »

    Effectivement ça laisse un arrière-goût assez amer… Ce qui m’a gênée également c’est l’attention portée sur le fait que la consommation « se féminise », non seulement pour dire que les femmes boivent davantage qu’avant, mais aussi qu’elle boivent « presque autant que les hommes »… Enfin, peut être que je sur-interprète.

    • Oui je suis d’accord… On a l’impression aussi que la première cause des agressions sexuels, c’est l’alcool, alors que non… c’est les agresseurs !

      Un article assez intéressant (mais en anglais) sur le fait que la langage est utilisé pour effacer l’identité des agresseurs dans les cas de violence envers les femmes, et aussi pour effacer le travail des femmes.
      http://medusagaze.blogspot.nl/2013/06/malespeak-with-radical-feminist.html

      • Intéressant effectivement. J’y aurais ajouté deux points :

        Le fait que les hommes responsables de violences ou de viol, s’ils sont évoqués, vont l’être sous des appellations telles que « monstre » ou « malade ». Une manière pour tout un chacun de se dédouaner. D’une part ces termes prétendent « excuser » les actes commis (il est « malade »), mais en plus ils sous-tendent l’idée que ce ne sont pas des « hommes » qui font ça (ce sont des « monstres » déshumanisés).
        J’ai l’impression que les plus rares cas de violences perpétrées par des femmes, au contraire, vont être décrits comme commis par des « femmes », voire par des « mères » (comme si la précision était pertinente)…

        Un deuxième point c’est la tournure employée de façon quasi-universelle pour désigner le fait de subir un viol, c’est « se faire violer », au lieu d' »être violé-e ».

      • Sauf que les agresseurs, sans alcool n’aurait même pas osé demander du feu à la victime. 2 personnes boivent trop en soirée et regrettent amèrement le rapport sexuel qu’elles ont eu le matin. On ne peut pas rejeter toujours la faute sur l’homme.

        De plus l’alcool à un gout reconnaissable, des effets connus et progressifs.Les buveurs (et buveuses) savent très bien et souvent recherchent cette suspension des règles et des valeurs morales.

        Malgré le parti pris de l’article il faut garder la tête froide et ne pas se tromper d’ennemi. Le problème reste ces drogues inodores que des personnes mettent dans les verres de leurs victimes, sans leur dire ni en prendre eux-même. Il serait surprenant que les personnes ayant eu a subit « les trou noirs » citées dans l’article ne soient pas en fait victimes de cela.

  6. J’étudie en Belgique et depuis la fenêtre de mon studio, j’ai eu la « chance » de pouvoir observer de nombreux baptêmes, du moins les épreuves « extérieures »!

    Première chose à dire, il y a une différence de mentalité entre les français et les belges. On pourrait penser que non, mais personnellement, je le constate… Et surtout, sur le plan des « baptêmes ». En majorité, les français sont choqués par les baptêmes tandis que les belges, non, même s’ils n’y participent pas. Leurs visions sont très différentes : les français trouvent que ça fait « nazi », les belges considèrent cela comme une expérience où on apprend la solidarité, etc. Bon, déjà, rappelons qu’en France, il y a encore une culpabilité vis-à-vis de la collaboration qui fait peut-être que ce genre de rites soient mal perçus. Bon, même si en Belgique, il y a eu Léon Degrelle, le rexisme, etc. ça reste assez moindre!

    Personnellement, en tant que française, les baptêmes me choquent assez car ça me rappelle certaines expériences de psychologie sociale comme Milgram ou encore une autre dont le nom m’échappe qui a consisté à faire deux groupes : des gardes et des prisonniers. Les résultats montraient que les gens qui avaient le rôle de gardes avaient tendance à abuser de leur autorité. Alors même si le baptême n’est qu’un « jeu » pour certains, je pense que ça influence quand même la psychologie des individus. Ça crée une espèce de cercle vicieux : « bon, j’en ai bien pris dans la gueule donc maintenant, en tant que baptisé, je vais en faire voir de toutes les couleurs aux bleus! »

    J’ai lu et entendu des témoignages de personnes qui vantaient les qualités du baptême : on apprend la solidarité, à mieux résister aux réprimandes… Bon, déjà, le « on apprend la solidarité », j’en doute assez, surtout dans des situations extrêmes où il faut survivre. Là, c’est un « jeu », dans le sens que c’est pas une question de vie ou de mort. (Je veux dire, s’ils se retrouvent sur une île déserte, ça m’étonnerait que ce soit très solidaire…)

    Ensuite, j’avais lu qu’en gros, ça permettait de prendre du recul. Par exemple, si plus tard, on se fait réprimander par un patron, le baptême permet d’apprendre à s’en foutre. Mais bon? Alors, on se fait harceler et on laisse faire?

    Puis, pour moi, ça reste un paravent pour se défouler, avoir de l’autorité. Tout le monde peut jouir de ça, mais « il ne faut pas tomber amoureux du pouvoir »!

    Bon, précisons bien que le baptême reste consentant, donc… Après, selon certains, on est un peu rejeté si on n’est pas baptisé…? Mais bon, à vérifier.

    Après, j’ai entendu récemment des mecs qui visiblement, lors d’une fête (pas forcément d’une fraternité), disaient à un autre mec « Hé, t’as violé machin! C’est dégueulasse, j’ai des photos en plus »! (Bon, le mec trouve ça dégueulasse mais il a quand même pris des photos au lieu d’agir…) : donc, ça montre bien que oui, l’alcool est aussi une arme pour certains hommes!

    J’ai aussi déjà entendu lors de baptêmes des chants du type « On n’est que des merdes, des femmelettes, des mauviettes », enfin des trucs du type (ça montre bien que oui, on valorise une image de virilité, etc.) Ça veut singer l’armée.

    L’année dernière, j’étais dans un kot avec beaucoup de gens baptisés. Un type voulait que je fasse mon baptême, voulait que je vienne boire des coups… Ça m’intéressait pas. Une fois, ce type était saoul, voulait dormir dans ma chambre car (soi-disant) son pote avait vomi dans la sienne. J’ai dit « Ok… », puis le type a commencé à monter dans mon lit et je l’ai tout de suite viré!

    La nana qui avait une chambre en face de la mienne, était baptisée et était un peu considérée comme une « salope » parce qu’elle se tapait des types, et on voyait que dans le kot, elle était un peu considérée comme la nana allumeuse, qu’on pouvait se faire. (Y’avait une feuille sur sa porte avec toutes les règles pour savoir comment se taper la nana…)

    Je trouve sinon que dans les baptêmes, les nanas ont tendance à imiter le comportement un peu bourrin des mecs.

    • Il y a bien une différence de mentalités entre Français et Belges sur ce point mais expliquer cela par la culpabilité vis à vis de la collaboration… sérieusement ?

      Mais à ce sujet, il suffit de voir le nombre de scouts en Belgique… Un des pays où il est le plus nombreux, or il y a ce même esprit de groupe, de traditions, de solidarité entre les membres… etc. Cet esprit « baptêmes », intégration à un groupe et folklore est beaucoup plus présente en Belgique pour ce que j’en pense…

      Et sinon, j’avoue que je me suis aussi demandée ce que la phrase sur les baptêmes en Belgique venait faire là… Je précise que je ne défends absolument pas ceux-ci au contraire, mais là le sujet traite des fraternités aux Etats Unis puis il y a cette phrase perdue au milieu pour nous signaler que les baptêmes en Belgique sont violents… euh d’accord mais quel est le rapport au juste ?

      Surtout que si les analyses pouvait être transposées mais le système du bizutage aux Etats Unis et du baptêmes en Belgique sont totalement différents… Du coup transposer l’analyse semble difficile… En somme pour moi le système des baptêmes en Belgique pourrait être critiqué sur de nombreux points (y compris vis à vis du sexisme) mais il est difficile comparable avec le système de fraternité aux Etats Unis…

      • Et sinon, j’avoue que je me suis aussi demandée ce que la phrase sur les baptêmes en Belgique venait faire là… Je précise que je ne défends absolument pas ceux-ci au contraire, mais là le sujet traite des fraternités aux Etats Unis puis il y a cette phrase perdue au milieu pour nous signaler que les baptêmes en Belgique sont violents… euh d’accord mais quel est le rapport au juste ?

        Pour moi, le rapport c’est : groupe d’étudiants/alcool/bizutage. Je ne connais pas exactement la situation en Belgique, mais j’ai du mal à croire qu’on ne puisse pas trouver des situations comparables à celles décrites dans l’article (je ne dis pas que c’est fréquent, je dis que ça doit exister : simple hypothèse).

        Donc même si le système de fraternité américain n’existe pas en Belgique… (et pourquoi se focaliser sur la Belgique ? J’ai parlé de la France aussi !). Mais c’est très probable qu’on trouve en Europe, dans des soirées – étudiantes ou non – , des comportements similaires à ceux décrits dans l’article. Je n’ai pas été plus précise que ça, car je n’ai pas de données exactes… C’était pour inviter les lecteurices à réfléchir à ce qui se passe chez nous et à leur propre vécu aussi, et à ne pas se dire « Ah ! ce genre de comportement, c’est vraiment typiquement américain ! ».

        En Europe, il y a aussi des hommes qui cherchent à faire boire des femmes pour obtenir des rapports sexuels par très consentis… Maintenant, étant donné qu’il n’existe pas à la même échelle des groupes étudiants aussi organisés qu’aux Etats-Unis (en France en tout cas, en Belgique ça a l’air d’être différent), c’est sans doute plus difficile de mettre en place une stratégie de viol aussi pointue que dans les fraternités américaines. Mais qu’on ne me fasse pas croire que les viols collectifs chez les étudiants, ayant comme arme, l’alcool, n’existent pas en Europe !

        • « Mais qu’on ne me fasse pas croire que les viols collectifs chez les étudiants, ayant comme arme, l’alcool, n’existent pas en Europe ! »

          Personne ne dit que ça n’existe pas, mais il me semble qu’il faut faire une différence entre 1. les cas où c’est un élément qui fait partie intégrante de la constitution du système étudié (comme ça à l’air d’être le cas dans les fraternités états-uniennes), 2. les cas où ça correspond ni plus ni moins aux taux et modes de viols dans l’ensemble de la société et 3. les cas où il s’agirait de simples « faits divers » qui ne peuvent rien dire sur le système.

          En l’occurrence, sans avoir d’informations supplémentaires, je ne vois aucune raison de considérer que le baptême belge n’appartiendrait pas au cas n°2 : oui, il y a sans doute des viols dans ou suite aux activités du baptême mais y en a-t-il plus que dans l’ensemble des soirées arrosées ? A démontrer.

          Il y a eu un cas de viol lors du baptême qui a fait scandale : viol d’un jeune homme déguisé en femme. L’administration de l’école a répondu en voulant interdire les travestissements lors du baptême (=> culpabilisation de la victime + idée que violer une femme serait « normal »). L’ensemble des étudiant-e-s ont protesté contre une telle censure et banalisation du viol. Ils-elles ont au contraire réaffirmé le droit de s’habiller comme ils-elles veulent, par exemple en se travestissant.

          http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/780373/se-travestir-n-incite-pas-au-viol.html

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  10. Je confirme qu’en France aussi, certains hommes comptent sur l’alcool pour arriver à leurs fins… même dans le milieu professionnel !!
    Un collègue me faisait des avances depuis un moment, et il y a eu une soirée, il m’a proposé un verre et j’ai demandé du jus d’orange. Le verre qu’il m’a apporté sentait très fortement le rhum, j’ai refusé de le boire. J’étais très choquée qu’il ait envisagé les choses comme cela !
    Bref, les filles, la menace est partout !

  11. Bonjour,
    J’ai discuté récemment avec un baptisé belge qui me disait que les relations amoureuses, a fortiori les relations sexuelles, sont strictement interdites entres baptisé-e-s et bleu-ette-s (les futur-e-s baptisé-e-s) – sauf si le couple date d’avant la bleusaille, il ne s’agit pas de séparer les couples déjà formés.
    Mêmes les contacts physiques sont implicitement bannis : là, il ne s’agit pas d’une règle formelle, mais les baptisé-e-s vont spontanément éviter de toucher les bleu-ette-s. Les seuls contacts physiques (très rares) qu’il peut y avoir sont ceux rendus nécessaires par l’activité en cours, mais dans ce cas tout le monde sait pourquoi et comment ces contacts vont avoir lieu et il n’y a aucune ambiguïté possible.
    Une des conséquences de cela est qu’un couple d’amoureux dont l’un-e est déjà baptisé-e et l’autre encore bleu-ette va s’abstenir de tout contact en public (dans le cadre de la bleusaille) voire dissimuler leur relation si celle-ci a commencé *pendant* la bleusaille (du fait que c’est formellement interdit).
    Une autre conséquence est que le soir du baptême – c’est à dire le soir où tout le monde a enfin le même statut de baptisé-e – les passions se déchaînent et plein de nouveaux couples se forment.

    • En effet, cette règle existe, je l’ai aussi entendue. Un garde fou. Mais ça n’empêche pas de forcer les bleus et bleuettes entre eux que j’ai décris plus haut… Et une fois le baptême fini (en automne), les soirées continuent de plus belle, ou l’enjeu principal est invariablement celui qui est capable de boire le plus, cela m’a toujours sidérée d’entendre les discussions dans mon logement d’étudiants – toujours qui peut boire le plus… d’ailleurs c’est l’enjeu principal et unique du « roi des bleus » qui est une soirée qui couronne le bleu qui aura le plus bu…

      Autre souvenir infâme de baptême : une femme ou un homme couché sous un homme nu qui est arcboutée au dessus d’elle (pas couché dessus), on verse de la bière sur le dos de celui du dessus, qui va couler entre ses fesses, celui du dessous doit boire… Le tout en hauteur sur une table devant un grand nombre de spectateur (l’idée étant que c’est une sorte d’humiliation que seulement certains subissent).
      Alors oui, je sais, quel est le problème si tout le monde est consentant hein? Je reste persuadée que c’est le contexte de la soirée, du cercle qui font que l’on accepte ou se sent obligé (l’auto-obligation) de faire ça, dans la très grande majorité des cas. Pour « appartenir », pour (se) prouver une force virile (même chez les femmes hein, la virilité chez une femme étant le seul moyen d’obtenir le même statut qu’un homme dans des milieux à domination masculine, intérioriser et faire siens tous les attributs masculins – par exemple, une femme médecin dira « je suis docteur » ou « je suis médecin » car garder le masculin permet de conserver le prestige associé traditionnellement à la forme masculine de cette profession).

  12. Pingback: Compte-rendu de l’atelier « Le consentement: qui, quoi, comment?  | «Les Salopettes

  13. Pingback: Culture du viol | Pearltrees

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