L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – une mobilité réduite

femme montagne

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Universalité des idéaux de faiblesse 1
Partie 11 : Universalité des idéaux de faiblesse 2
Partie 12 : Conclusion
Supplément : la coercition à la beauté
Supplément : L’impuissance comme idéal de beauté en vidéo

Comme je l’ai dit en introduction de l’article précédent, le mythe de la beauté participe à la réduction de l’espace disponible pour les femmes. Cette réduction de l’espace présente deux aspects : 1. un espace personnel réduit (mis en exergue par un idéal de minceur) 2. une exploration de l’espace rendue difficile. Le premier aspect a déjà été traité, et cet article va donc parler de la valorisation d’une mobilité réduite chez les femmes.

Les femmes, notamment à cause du harcèlement de rue et de la peur des violences (notamment sexuelles), réduisent leurs mouvements dans l’espace public (voir par exemple :  le genre et l’espace, les mythes sur le viol et la liberté des femmesune ville faite pour les garçonsla ville durable creuse les inégalités ou encore la ville à l’épreuve du genre). Or les normes de beauté s’opposent également à l’exploration de l’espace par les femmes.

En effet, quel accessoire représente le plus la sensualité que les talons aiguille ? Et quelle tenue exprime plus la féminité que la jupe ? Nous verrons que ces accessoires de la féminité ont des effets néfastes sur la mobilité des femmes.

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L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – une faible occupation de l’espace

Brienne de Torth

Brienne de Torth, une guerrière à la carrure impressionnante (l’actrice qui l’interprète dans la série fait 1m91), aux grandes mains et aux membres musclés, n’est pas une héroïne habituelle… Elle est d’ailleurs décrite comme très laide dans les livres et la série A Game of Thrones.

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Universalité des idéaux de faiblesse 1
Partie 11 : Universalité des idéaux de faiblesse 2
Partie 12 : Conclusion
Supplément : la coercition à la beauté
Supplément : L’impuissance comme idéal de beauté en vidéo

J’ai écrit il y a quelques années déjà un article sur le genre et l’espace qui démontrait qu’occuper beaucoup d’espace est un attribut des dominants. Les puissants et les riches ont de grandes maisons, des grosses voitures, de grands bureaux. On leur laisse également plus d’espace personnel et on se tient éloignés d’eux. Les dominé·e·s libèrent de la place aux dominants quand ces derniers s’approchent d’eux, s’écartant et leur laissant spontanément un plus grand espace personnel. J’ai montré dans cet article que les femmes ont droit à moins d’espace que les hommes : elles ont de plus petites voitures, elles adoptent des positions plus repliées (jambes et bras croisés) que les hommes qui, eux, s’étalent. On laisse aux femmes moins d’espace personnel et on les touche plus fréquemment. Enfin, le harcèlement dans la rue est un moyen de contrôle des femmes par les hommes, qui se sentent par conséquent moins libres de se mouvoir et d’explorer l’espace public. J’expliquai que cette différence dans l’occupation de l’espace, loin d’être anodine, était révélatrice du statut subordonné des femmes par rapport aux hommes.

Cette occupation réduite de l’espace comprend donc deux aspects : un espace personnel réduit (le corps féminin lui-même doit occuper une petite « bulle d’espace »), et une exploration de l’espace public rendue difficile. Je montrerai comment le mythe de la beauté participe lui aussi à cette réduction de l’espace des femmes, et les deux aspects seront abordés dans deux articles différents. Dans celui-ci, j’expliquerai comment une femme considérée comme « belle » et « sexy » se doit de prendre le moins de place possible avec son corps.

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Les attributs du pouvoir et leur confiscation aux femmes. Le genre et l’espace.

Partie 1 : l’occupation de l’espace
Partie 2 : le temps de parole et le choix des sujets de conversation
Partie 3 : l’expression de la colère

Grand Canyon

Dans cette nouvelle série d’articles, nous nous intéresserons à différents comportements qui sont typiques des dominants (occuper beaucoup d’espace, avoir beaucoup de temps de parole et parler fort, exprimer certaines émotions comme la colère…). Nous verrons également qu’il est considéré comme peu convenable pour une femme de les arborer.

Brigitte Laloupe aborde ce thème dans son livre « Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ». Cela m’a passionnée et j’ai voulu approfondir ce point.

Occuper beaucoup d’espace : un attribut du dominant

Les dominants ont droit à plus d’espace1. Ainsi les dirigeants et les personnes considérées comme importantes ont droit à de spacieux bureaux, bien qu’ils n’y soient pas souvent. A l’inverse, les secrétaires sont serrées dans des petits open-spaces. De manière générale, les riches et les puissants ont de grandes maisons et de grosses voitures.

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Mythes autour du viol. Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 2 : Les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Après avoir vu ce qu’étaient les mythes sur le viol, qui y croyaient, et ce qu’ils pouvaient entraîner sur le rétablissement des victimes, nous allons voir comment ils peuvent permettre de restreindre la liberté de toutes les femmes.

femme la nuit

« Une femme ne devrait pas sortir seule la nuit » entend-on souvent.

Des injonctions et des conseils inappropriés

Nous l’avons vu, les mythes sur le viol permettent de blâmer la victime et de déresponsabiliser l’agresseur1.  Ainsi, avec ces mythes (« elle n’avait qu’à pas : sortir seule la nuit/s’habiller comme une pute/boire autant/l’allumer… »), la société demande aux femmes d’éviter d’être violée en suivant certaines règles : limiter ses déplacement, ne pas sortir sans être chaperonné par un homme, toujours avoir l’air chaste et être vigilante, par exemple. Ces mythes sur le viol ne sont donc rien d’autres que des injonctions données aux femmes, leur disant comment se comporter. Des études inter-culturelles ont ainsi prouvé, qu’au niveau sociétal, l’adhésion aux mythes sur le viol est corrélée à des attitudes restreignant le rôle des femmes, qu’on soit aux Etats-Unis, en Turquie, en Israël ou en Allemagne2–4.  Ce sont donc des outils qui limitent la liberté de déplacement des femmes et leur font croire qu’elles sont dépendantes des hommes pour leur sécurité. Cela peut paraître assez ironique, quand on sait que les femmes ont en moyenne moins de chance de se faire agresser dans la rue que les hommes4.

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