En finir avec la culture du viol : rectificatif

Malgré mes précautions, quelques imprécisions ou erreurs se sont glissées dans mon livre En finir avec la culture du viol. Voici un rectificatif.

L’accord de la victime pour la correctionnalisation du viol

Page 47, j’ai écrit : « [E]n théorie, les victimes doivent donner leur accord pour la correctionnalisation […]. »

C’est en fait un peu plus compliqué : il s’agit d’un accord tacite, les victimes pouvant refuser la correctionnalisation. Il aurait donc été plus exact d’écrire : « les victimes peuvent s’opposer à la correctionnalisation ».

Comme je l’explique dans le livre, la correctionnalisation peut être décidée, soit par le procureur après une enquête préliminaire (correctionnalisation ab initio), soit par le juge d’instruction après la phase d’instruction. Pour une correctionnalisation ab initio, la victime peut refuser la correctionnalisation en soulevant l’incompétence du tribunal correctionnel. Pour une correctionnalisation après instruction, elle le peut en faisant appel dans les dix jours de l’ordonnance de renvoi. Vous trouverez plus de détails dans cet article d’Azur Schmitt, juriste féministe militant contre la correctionnalisation du viol.

Faisons remarquer que les victimes peuvent subir des pressions diverses (chantage, manipulation, etc.) pour accepter la correctionnalisation (par exemple, témoignages ici, ici ou ).

A lire aussi sur la correctionnalisation du viol, cet article du Monde Diplomatique : Quand le viol n’est plus un crime

Le nombre d’enfants tué·e·s par les adultes

Page 87, j’ai écrit : « Près de deux enfants décéderaient chaque jour en France de la violence infligée par des adultes ».

Je me suis basée sur les travaux d’Anne Tursz et de son équipe (Les Oubliés. Enfants maltraités en France et par la France, 2010), qui ont consisté à estimer la proportion de nourrissons victimes d’homicides, à partir de données hospitalières et judiciaires. Selon Anne Tursz, si on extrapole ces résultats, on trouve que 400 à 800 enfants seraient tué·e·s chaque année en France.

Au cours de mes recherches bibliographiques, j’ai toujours pris soin de lire attentivement les études que je cite, et en particulier la partie méthodologique. Une seule exception : cette étude Inserm, publiée sous la forme d’un livre et non pas d’un article. Comme le livre n’était pas disponible dans les bibliothèques de ma ville, j’ai pris la décision de faire confiance à Anne Tursz et de reprendre ses extrapolations sans lire la méthodologie en détails.

Ce fut une erreur de ma part, et je m’en suis aperçue quand je suis tombée sur un article critique de Laurent Puech. Je ne remets pas en question l’intérêt du travail d’Anne Tursz, réalisé afin d’estimer le nombre de nourrissons victimes d’homicides chaque année en France (même si Laurent Puech en souligne les limites). En revanche, l’article de Laurent Puech m’a convaincue que l’extrapolation à 2 enfants tué·e·s par jour en France était complètement fantaisiste.

Ces dernières années, les services de police et de gendarmerie ont enregistré des chiffres indiquant qu’il y a environ 1 homicide sur mineur·e de moins de 15 ans chaque semaine en France. C’est bien moins que les chiffres extrapolés de l’étude Inserm, mais ça reste beaucoup trop, et il ne faut pas oublier que les homicides représentent la partie émergée de l’iceberg des maltraitances et violences commises sur les enfants. Notons aussi qu’il est très probable que ces chiffres enregistrés par la police et la gendarmerie soient sous-estimés (mais pas dans les proportions annoncées par Anne Tursz).

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