Petits rappels sur le genre

 Petits rappels sur le genre

Sexe et genre : quelle différence ?

Sexe et genre sont deux notions liées, mais qu’il convient de distinguer. Le terme « sexe » renvoie aux différences physiques distinguant les hommes et les femmes (organes reproducteurs, pilosité etc.), alors que le « genre » (qu’on peut aussi appeler « sexe social ») renvoie aux rôles déterminés socialement et aux comportements qu’une société considère comme caractéristiques des hommes et des femmes. En France, dans la vie de tous les jours, on entend souvent qu’un homme se doit d’être protecteur et d’avoir une certaine autorité. Au contraire, les femmes doivent être souriantes et faire attention à leur apparence.

« Homme » et « femme » sont donc deux catégories de sexe, tandis que « masculin » et « féminin » sont des catégories de genres.

Si les sexes présentent des caractéristiques à peu près constantes à travers le temps et l’espace (partout dans le monde et de tout temps, les femmes ont  eu un vagin et les hommes un pénis), les genres changent en fonction des époques et des sociétés. Quelques exemples ici :

  • Toujours en Occident, la médecine a longtemps été exercée principalement par des hommes. Actuellement, cette profession se féminise largement.  (64% d’étudiantes dans certaines facultés françaises) 1.
  • En Afrique de l’ouest, la couture et la confection de vêtementest une activité considérée comme très virile2.
  • En Malaisie, l’informatique est très féminisée et est considérée comme une activité typiquement féminine3 4.
  • Chez les Moso (Chine), la propriété et les noms de famille se transmettent par la mère (société matrilinéaire). La femme y est
    Femme moso - moso woman

    Femme moso

    traditionnellement considérée comme plus forte que l’homme, aussi bien mentalement que… physiquement5 ! C’est elle qui détient le pouvoir politique et la majorité des chefs de famille sont des femmes6. L’identité des femmes se fonde sur le travail, davantage que sur la maternité6. Enfin, dans cette société, il n’y a pas de mariage, les relations entre hommes et femmes étant non contractuelles et non exclusives6 5; toutefois notons que si un homme décide de venir habiter dans la maison de sa partenaire, il adoptera le nom de celle-ci 6.  A l’heure actuelle, cette société est en pleine de mutation et adopte de plus en plus le modèle chinois dominant, patriarcal et fondé sur le mariage6.

  • Chez les Khasi, dans l’état du Meghalaya (Inde), les femmes sont les cheffes de famille et c’est elles qui pourvoient aux besoins financiers du foyer, tandis que les hommes restent au foyer78. Les femmes possèdent également le pouvoir de décision. Après le mariage, la femme amène son époux vivre chez elle avec ses parents7. Les femmes dominent l’espace social et économique et sont plus indépendantes financièrement que les hommes8. En général et contrairement au reste de l’Inde, les parents désirent avoir des filles plutôt que des garçons7. Traditionnellement, c’est la plus jeune fille qui hérite des biens de sa mère. Les hommes n’ont pas accès à la propriété8. Ce statut d’infériorité des hommes chez les Khasi a été à l’origine de mouvements pour les droits des hommes89. Il a été montré que chez les Khasi, les femmes sont plus compétitives que les hommes et qu’elles prennent plus de risques qu’eux8 9.
  •  Margaret Mead a étudié trois populations différentes de Nouvelle-Guinée, qu’elle décrit dans Trois sociétés primitives de Nouvelle-Guinée (1935)10. Alors qu’elle partait avec l’idée que c’était le sexe qui modelait avant tout le tempérament, elle s’est rendu compte qu’au final, il est surtout déterminé par l’éducation donné aux enfants, celle-ci pouvant à l’occasion engendrer une faible différenciation des identités de genres. Ainsi, chez les Arapesh, la mère et le père s’occupent de manière équitable des enfants, qui sont élevés sans violence ;  les manifestations d’autorité sont peu courantes. Les pères se montrent ainsi très maternels, intentionnés et doux envers leur progéniture, attitude qui serait jugée féminine dans le monde occidental. Ni les hommes ni les femmes n’ont le sentiment que la sexualité est une force puissante dont ils sont esclaves. Au contraire, chez les Mundugumor, hommes et femmes se montrent  masculins,  injures et bousculades étant communes chez les deux sexes. Avoir un enfant est considéré comme un signe de déclin et de honte : les enfants sont donc élevés très  durement.  Aucun signe d’amour maternel ne peut être détecté que ce soit chez l’homme ou la femme (mais où est donc passé le fameux  instinct maternel ?). Les deux sexes prétendent avoir des besoins sexuels irrépressibles. Ces deux sociétés sont radicalement différentes, mais au final, que ce soit chez les Arapesh ou les Mundugumor, les rôles féminins et masculins ne se trouvent pas vraiment différenciés, contrairement aux Chambuli. Chez eux, les caractéristiques masculines et féminines semblent inverser par rapport à nos sociétés occidentales. Ainsi les hommes Chambuli apparaissent comme des artistes, plutôt émotifs et très préoccupés par leur apparence : ils portent de nombreux bijoux et autres accessoires pour séduire les femmes car celles-ci détiennent le pouvoir économique. Les hommes doivent demander à leur épouse l’autorisation de dépenser de l’argent au marché.  Les femmes sont les cheffes de leur maison et assure la subsistance familiale. Elles sont décrites comme fortes, dominantes et autoritaires par Mead, et arborent un crâne rasé. Cependant certains auteurs ont plus tard suggéré que les hommes Chambuli ne sont pas tant dominés que cela, puisqu’ils détiennent le pouvoir politique. En réalité, il y aurait plus ou moins une égalité entre les deux sexes11.
  • Il existe un troisième genre en Inde et au Pakistan, les Hijra qui se disent asexués12.

Ainsi, les genres varient d’une société à l’autre, ce qui tend à montrer qu’ils ne sont pas déterminés biologiquement, mais bien construits socialement.

Dans les sociétés occidentales, comment les genres se construisent-ils ?

rose pour les filles

Rose pour les filles… une éducation genrée dès la naissance.

La construction des genres dans nos sociétés est l’un des grands thèmes des gender studies et de mon blog. Je ne vais donc l’évoquer que très rapidement, juste pour en donner un aperçu :

Dès sa naissance, l’enfant est soumis à une éducation genrée. Cela se fait souvent de manière quasiment involontaire. Ainsi les pleurs d’un bébé de sexe féminin seront interprétés comme de la peur, alors les parents penseront que leur bébé de sexe masculin pleure de colère – colère qu’il faudra apaiser au plus vite13. Les mères déplacent plus et touchent plus leurs bébés garçons, tandis qu’elles parlent plus et sourient plus aux nourrissons de sexe féminin14 15. Enfin, les mères se sentent en moyenne plus attachée aux bébés garçons et se comporteraient de manière plus impersonnelle avec les bébés filles14. Plus tard, la mère prendra trois fois plus souvent la défense de son enfant s’il est un garçon plutôt qu’une fille en cas de conflit avec un enfant d’une autre fratrie16.

On offrira aux petites filles des jouets correspondant à son genre, c’est-à-dire renvoyant à l’aire domestique et/ou au soin aux enfants (dinette, poupée…)  ou bien à leur apparence physique (Barbie, bijou en plastique rose, déguisement de princesse…). Les petits garçons recevront pour leur part des jouets leur permettant d’exprimer leur imaginaire (thème des pirates, des astronautes..), mais aussi leur violence (pistolets, épée…). Jusqu’à l’âge de cinq ans, l’agressivité physique est plus tolérée – voire carrément encouragée- pour les garçons que les filles17.

Dans les livres de littératures enfantines (voir mon article détaillé), les héros sont le plus souvent de sexe masculin. Les filles sont plus passives et plus souvent à l’intérieur. Les garçons sont représentés de manière plus active et vivent des aventures bien plus palpitantes.

On proposera aussi aux petites filles des activités manuelles (dessin, collier de perle) ou des activités où elles peuvent développer leur grâce et leur beauté (danse, gym). Les garçons se verront proposés des sports physiques comme le football ou le rugby, le sport représentant l’un des vecteurs les plus importants de la socialisation masculine : sur le terrain, les garçons devront montrer leur force, leur résistance à la fatigue et à la douleur. Bref ils devront montrer qu’ils sont des hommes, et pas des « tapettes » !

On apprendra également aux petites filles à bien se tenir, aux petits garçons à ne pas pleurer comme une fille.

Enfin, à l’école, les professeurs se comporteront de manière différenciée avec les filles et les garçons (voir articles détaillés ici, et encore ), en particulier dans les matières à connotation masculine comme les sciences et les mathématiques : les enseignants communiqueront plus avec les garçons, leur poseront des questions plus difficiles et surnoteront leurs bonnes copies : en résumé, ils auront de plus grandes attentes envers les garçons qu’envers les filles ! Et cela ne sera pas sans effet sur leurs élèves…

A l’adolescence, les parents laisseront plus de liberté à leurs fils qu’à leurs filles : ils pourront rentrer plus tard, sortir plus souvent. Les filles seront sommées de participer aux tâches ménagères, beaucoup plus souvent que les garçons.

Voilà, en résumé, comment les petite filles se féminisent et les petits garçons se masculinisent dans les sociétés occidentales, sans parler de l’influence des médias. Au final, on obtient d’un côté, un groupe d’individus ayant une plus grande confiance en eux et plus compétitifs, les hommes. De l’autre côté, le groupe des femmes aura tendance à se sous-estimer et sera plutôt intentionnées vis-à-vis de l’entourage ; les femmes auront aussi vite intégré qu’elles doivent avant tout plaire aux hommes et être des compagnes agréables: de bonnes femmes au foyer sachant bien entretenir son foyer, ou bien des copines attirantes sexuellement, minces et épilées, en fonction de la génération et/ou du milieu social. De part leur éducation, les femmes auront tendance à se soumettre aux hommes et les hommes à vouloir dominer les femmes, en moyenne (les variations intra-sexe étant très fortes, évidemment).

L’éducation des garçons et des filles diffère radicalement ; ainsi, les référents cultures des hommes et des femmes ne sont pas les mêmes. On peut parler de l’existence d’une culture masculine (où le sport et la technologie sont prépondérants) et d’une culture féminine (où il est question de mode et de tout ce qui se rapporte à l’apparence physique notamment) au sein même des sociétés occidentales.

A noter que cette éducation genrée est non seulement constructive, mais aussi punitive : un désaccord entre le sexe et le genre d’une personne sera réprimé : il sera mal accepté qu’une femme parle fort ou se tienne mal, bref se comporte de manière masculine. L’inverse – un homme adoptant une attitude féminine– sera peut-être encore plus mal toléré.

Des sociétés genrées ?

Les sociétés sont en elles-mêmes genrées. On peut évaluer le degré de « féminité » ou de « masculinité » de leurs individus par la méthode du BSRI – Bem Sex Role Inventory –  qui consiste à faire remplir un questionnaire d’autodescription comprenant des traits masculins (forte personnalité, dominant/e, agressif/ve, comportement de leader, dur/e) et des traits féminins (affectueux/se, sensible aux besoins des autres, chaleureux/se, tendre, aimant les enfants). Ainsi Moya et al 200518 ont montré que le degré de masculinité des hommes et des femmes était corrélé, ainsi que leur degré de féminité. Autrement dit, dans les pays où les femmes sont féminines, les hommes ont aussi féminins.  Au contraire, là où hommes sont très masculins, les femmes le sont également. A noter que féminité et masculinité ne sont pas nécessairement corrélées négativement. Les pays les plus  féminisés sont les moins sexistes (aussi bien en termes de sexisme hostile que de sexisme bienveillant), les plus développés (IDH plus élevé), les plus individualistes et les plus respectueux des droits humains.

Ces résultats soulignent à nouveau combien les caractéristiques psychologiques des individus (agressivité, affectuosité…) sont construites socialement et ne dépendent pas d’un quelconque déterminisme génétique. Elles semblent plutôt déterminées par un contexte social que par le sexe, puisque par exemple, selon cette étude, le score de féminité des hommes français (5,20) est, en moyenne, plus élevé que celui des femmes du Nigéria et du Ghana (4,44). Dans certains pays les femmes obtiennent de plus hauts scores de masculinité que les hommes (Guatemala, Venezuela…) et dans d’autres, les hommes obtiennent des scores de féminité plus élevés que les femmes (Iran).

Naturalisation  et hiérarchisation des genres

La distinction entre sexe et genre est cruciale. Elle émerge à la fin des années 60 chez les féministes anglo-saxonnes et recouvre une évolution majeure de la pensée : elle remet en cause l’évidence selon laquelle la personnalité et le comportement seraient principalement expliqués par le sexe biologique. Il s’agit de remettre en question l’idée de comportements masculins et féminins « naturellement » différents.

Dans les sociétés occidentales, les deux genres perçus comme des « essences naturels » de l’homme et de la femme ont permis la mise en place d’une division du travail, hiérarchique : deux « espèces » si différentes en tout ne pouvaient évidemment pas exercer les mêmes activités. C’est aux hommes que revenaient naturellement les activités liées la sphère publique, qui nécessitaient des aptitudes – raison, intelligence ou force – que les femmes ne possédaient soi-disant pas. Les femmes étaient le plus souvent confinées à la sphère privée où elles effectuaient un travail domestique non rémunéré

Si cette division du travail a été largement contestée dans les pays occidentaux depuis la fin du XIXème siècle et qu’actuellement, les femmes ont juridiquement accès à toutes les professions, dans les faits, elle demeure fortement ancrée. Ce n’est qu’à partir de 1966 que les femmes françaises pourront exercer une activité professionnelle sans l’accord préalable de leur époux et ouvrir un compte  bancaire, grâce à la réforme des régimes matrimoniaux. En France, en 1999, les femmes consacraient en moyenne 1 h 30 de plus aux taches ménagèrent que leurs conjoint, par jour19.  Il fait peu de doutes que cela ait peu changé depuis, comme semble l’indiquer une étude Ipsos20. La sphère privée semble donc encore être l’apanage des femmes. On notera que les professions les plus féminisées sont souvent plus ou moins reliés à la sphère domestique : soins aux enfants (institutrice, assistante maternelle) ou aux adultes (infirmière, aide-soignante) et travaux ménagers (femme de ménage).  En 2011, toujours, en France, les hommes gagnent 37 % de plus que les femmes21, ce qui montre que leur activité professionnelle est plus valorisée et qu’ils accèdent aux professions les plus rémunératrices. En conclusion les femmes travaillent pour des salaires très inférieurs à ceux des hommes ; elles sont donc exploitées sur le marché du travail. A cela s’ajoute une  extorsion du travail domestique, gratuit, au sein du couple. Tout cela confirme donc que la division sexuelle du travail, inégalitaire, est encore bien présente et justifiée par les genres.

La fameuse « complémentarité entre sexes », une justification de la hiérarchisation des sexes

La mise en place de genres permet donc une hiérarchisation entre sexes et la naturalisation des genres constitue une justification de cette hiérarchisation. Autrefois, on affirmait que les hommes étaient plus intelligents que les femmes, et on leur interdisait ainsi l’accès aux études, car c’était « juste » et « logique ».

Actuellement, peu de personnes osent encore affirmer cela. On préfère parler de « complémentarité entre hommes et femmes »,

Pourquoi les femmes ne savent pas lire les cartes routières ?

Livre grand public sur la « complémentarité des sexes »

une naturalisation des genres sous une apparence égalitariste. En réalité, cette idée de complémentarité entre sexes et très dangereuse, car sous un aspect sympathique, elle justifie l’injustifiable : les inégalités entre sexes. On entend ainsi, notamment dans des livres ou des magazines de psychologie destinés au grand public, que les hommes sont plus logiques  – tandis que les femmes seraient plus sensibles. Or, si les hommes sont plus logiques et sont capables de mieux raisonner, il est « normal » que ce soit eux qui détiennent le pouvoir et prennent les décisions. Il paraitrait aussi, selon ce genre de littérature, que les hommes sont meilleurs en mathématiques (ce qui est faux22)  tandis que les femmes seraient plus aptes aux tâches verbales (faux aussi 23) : à nouveau, si les hommes sont meilleurs en sciences, il est « logique » que des professions liées aux sciences, comme ingénieur (les mieux rémunérés, comme par hasard) leur soient réservées. On raconte aussi que les hommes auraient un cerveau plus spécialisé tandis que les femmes auraient la capacité de faire de nombreuses petites tâches à la fois (encore une idée fausse ! 24). Comment trouver une meilleure justification que celle-ci pour la division traditionnelle du travail ? Aux hommes une seule tâche très compliquée – sa profession -, aux femmes pleins de tâches pas très compliqués mais nécessitant une grande polyvalence – les tâches ménagères. Au final, chaque prétendue différence naturelle entre sexes sert de justification à un système social inégalitaire.

En conclusion…

Il y a des différences entre hommes et femmes, c’est évident. Cela dit, il faut distinguer les différences physiques des différences cognitives. Des différences cognitives ont pu être constatées (résultats de Q.I, préférence pour certaines activités, différence dans le temps de parole), mais rien n’indique qu’elles soient le résultat d’un quelconque déterminisme biologique. De nombreux effets sociaux entrent en compte : éducation genrée, mais aussi menace du stéréotype ou encore effet pygmalion. Quand on voit l’ampleur de ces phénomènes sur, par exemple, des performances en mathématiques ou quand on compare les sociétés occidentales à d’autres types de société, on se rend compte que les conditionnements sociaux ont un rôle essentiel dans les différences entre sexes ; l’influence biologique a sans doute un rôle très mineur – voire inexistant – sur les différences psychologiques entre sexes.

L’existence de deux genres – autrement dit la création de deux catégories d’individus qui seraient radicalement différents en fonction de leur sexe – induit une hiérarchisation des sexes. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse arriver à l’égalité entre sexes sans la suppression des genres : on peut difficilement créer deux catégories distinctes d’individus sans essayer de les hiérarchiser, de chercher laquelle est la « meilleure ». Le sexe devrait donc être considéré pour ce qu’il est : un trait physique, et rien de plus.

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Erratum

Christophe Dermangeat, auteur de l’ouvrage Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était m’a donné des informations complémentaires par rapport aux sociétés dirigées par les femmes :

Depuis le jésuite Lafitau qui avait cru voir chez les Iroquois un « Empire des femmes » en 1724, c’est une discussion qui resurgit sans cesse à propos de peuples où les femmes possèdent effectivement un certain nombre de pouvoirs (notamment économiques), comme ces sociétés des contreforts himalayens. Mais, je crois qu’à moins de tordre les faits, il n’est possible de dire qu’elles ont le pouvoir, dans aucune de ces sociétés (une bonne référence « savante » et récente, qui fait le tour de cette question : Une maison sans filles est une maison morte, sous la direction de N.-C. Mathieu). Elles font au besoin jeu égal avec les hommes, elles les dirigent même dans certains domaines, mais les hommes ont aussi des prérogatives qui interdisent de parler de « matriarcat » (ou alors, les mots deviennent trop flous pour être utiles).

En ce qui concerne les Khasi, voilà un son de cloche (tibétaine ?) passablement différent, qui émane de l’anthropologue R. Lowie :

« Dans le ménage, bien que la femme soit propriétaire, c’est son frère aîné qui règne et, lorsque le mari, après la résidence matrilocale du début, s’établit pour son compte, c’est lui le maître incontesté. En outre, le droit coutumier reconnaît au mari la possibilité de tuer la femme adultère surprise en flagrant délit. La souveraineté politique se transmet en ligne féminine, mais d’un homme à l’autre ; c’est seulement en l’absence d’héritiers mâles que la femme est appelée à succéder ; dans la suite elle passe sa charge à son fils et non à sa fille. »

Que suite à l’intégration dans la société moderne, les hommes aient protesté contre un certain nombre d’interdits que leur imposait la coutume, c’est bien possible (et même très vraisemblable). Mais je crois qu’il serait bien imprudent d’en déduire qu’ils étaient auparavant dominés par les femmes.

Aucun ethnologue sérieux (y compris parmi celles / ceux se revendiquant du féminisme) ne défend plus depuis très longtemps l’existence, passée ou présente, de sociétés dirigées par les femmes.

Désolée de vous avoir donné des informations erronées donc, c’est ce que j’avais lu. Cela dit, même si ces sociétés ne sont pas dirigées par des femmes, leur organisation reste très différente de la notre.

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Références – References

1. Kahn-Bensaude I. La féminisation : une chance à saisir. Conseil National de l’Ordre des Médecins. 2006. Available at: http://www.conseil-national.medecin.fr/article/la-feminisation-une-chance-saisir-588. Consulté mai 5, 2011.

2. Guinche T. Fratrie recomposée : fratrie de sang et fratrie de cœur : un statut du tiers applicable aux quasi-frères/sœurs ? Caen: Université de Caen; 2008. Available at: http://www.sauvegarde56.org/uploaded/Thierry%20GUINCHE.pdf.

3. Lagesen VA. A Cyberfeminist Utopia?: Perceptions of Gender and Computer Science among Malaysian Women Computer Science Students and Faculty. Science, Technology & Human Values. 2008;33(1):5-27.

4. Othman M, Latih R. Women in computer science: no shortage here! Commun. ACM. 2006;49(3):111-114.

5. Shih C-kang. Tisese and Its Anthropological Significance : Issues around the Visiting Sexual System among the Moso. L’Homme. 2000;(154/155):697-712.

6. Luo C-L. The Gender Impact of Modernization among the Matrilineal Moso in China. 2008.

7. Kumar Utpal D, Bhola Nath G. Status Of Women In The Rural Khasi Society Of Meghalaya. Dans: Kolkata; 2007.

8. Andersen S, Ertac S, Gneezy U, List JA, Maximiano S. Gender, Competitiveness and Socialization at a Young Age:  Evidence from a Matrilineal and a Patriarchal Society. 2011.

9. Gneezy U, Leonard KL, List JA. Gender Differences in Competition: Evidence from a Matrilineal and a Patriarchal Society. NBER Working Paper,. 2008;(13 727).

10. Mead M. Sex and temperament in three primitive societies. 1er éd. New York: HarperCollins Publishers; 2001.

11. Errington F, Errington FK, Gewertz DB. Cultural alternatives and a feminist anthropology : an analysis of culturally constructed gender interests i Papya New Guinea. Cambridge: Cambridge University Press; 1989.

12. Nanda S. The Hijras of India: Cultural and Individual Dimensions of an Institutionalized Third Gender Role. J. of Homosexuality. 1986;11(3):35-54.

13. Condry J, Condry S. Sex differences: A study of the eye of the beholder. Child Development. 1976;47(3):812-819.

14. Denham S, Moser M. Mothers’ Attachment to Infants: Relations with Infant Temperament, Stress, and Responsive Maternal Behavior. Early Child Development & Care. 1994;98(1):1-6.

15. Laflamme D, Pomerleau A, Malcuit G. A Comparison of Fathers’ and Mothers’ Involvement in Childcare and Stimulation Behaviors During Free-Play with Their Infants at 9 and 15 Months. Sex roles. 47(11-12):507-518.

16. Ross H, Tesla C, Kenyon B, Lollis S. Maternal intervention in toddler peer conflict: The socialization of principles of justice. Developmental Psychology. 1990;26(6):994-1003.

17. Loeber R, Farrington DP. Young children who commit crime: Epidemiology, developmental origins, risk factors, early interventions, and policy implications. Develop. Psychopathol. 2000;12(4):737-762.

18. Moya M, Poeschl G, Glick P, Paez D, Fernandez Sedano I. Sexisme, masculinité-féminité  et facteurs culturels. Revue internationale de psychologie sociale. 2005;18(1-2):141-167.

19. Ponthieux S, Schreiber A. Dans les couples de salariés, la répartition du travail reste inégale. Insee; 2006. Available at: http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/donsoc06d.pdf.

20. Plisson H. Les hommes rechignent toujours aux tâches ménagères. Ipsos Public Affairs. 2005. Available at: http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/actualites/hommes-rechignent-toujours-aux-taches-menageres. Consulté mai 11, 2011.

21. Synthèse : les inégalités entre les femmes et les hommes en France et en Europe. Observatoire des inégalités. 2011. Available at: http://www.inegalites.fr/spip.php?article1400.

22. Spelke ES. Sex Differences in Intrinsic Aptitude for Mathematics and Science?: A Critical Review. American Psychologist. 2005;60(9):950-958.

23. Wallentin M. Putative sex differences in verbal abilities and language cortex: A critical review. Brain and Language. 2009;108(3):175-183.

24. Bishop KM, Wahlsten D. Sex Differences in the Human Corpus Callosum: Myth or Reality? Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 1997;21(5):581-601.

46 réflexions sur “Petits rappels sur le genre

  1. Tu dis : « En conclusion les femmes travaillent pour des salaires très inférieurs à ceux des hommes ; elles sont donc exploitées sur le marché du travail. A cela s’ajoute une extorsion du travail domestique, gratuit, au sein du couple.  »

    J’aimerais revenir sur la notion de gratuité de ce travail domestique. C’est très machiste ce que je vais dire, mais j’aimerais savoir comment répondre à ça. « Non, les femmes ne font pas le travail domestique gratuitement puisqu’elles profitent ensuite du salaire (généralement) plus élevé de leur conjoint » (Bon, bien sûr, elles en profitent pour faire quoi ? pour s’acheter de la belle lingerie, de beaux vêtements, des soins esthétiques divers et variés pour plaire à cet homme là, notamment. C’est très vicieux…).

  2. @ Mhystérie : je ne connais pas bcp de femmes qui n’ayant qu’un seul salaire, celui du mari (je ne fréquente pas de cadres supérieurs avec femme ornementale dépensant le salaire élevé du mari et ça me paraît un cliché d’un autre âge) s’achètent de la « belle lingerie ». J’en connais des flopées en revanche qui se retrouvent larguées à 50 ans pour une plus jeune et qui n’ayant « jamais travaillé » selon les expressions malencontreuses d’une société sexiste, se retrouvent sans rien, même pas une couverture sociale. La récompense du patriarcat implacable à celles qui se consacrent à l’élevage des enfants !
    Les PIB masculins actuels sont basés sur la destruction, et ne prennent pas en compte les services rendus par la nature (travail des pollinisateurs pour en citer un) ni le TRAVAIL des femmes. C’est votre commentaire qui est vicié.

    • Merci de m’armer contre des paroles/idées que j’ai entendues (et que je ne souhaite absolument pas relayer, seulement m’armer contre). Et parfois certaines évidences, qui sont elles, moins relayées, restent là au creux de la gorge. On est bouche bée devant devant de tels propos mais pas d’arguments tout bien pensés/construits. Non, mon commentaire n’est pas vicié, il demande de l’aide pour déconstruire des idées reçues, toutes vieillotes -mais hélas pas dépassées- qu’elles soient. Je cherche ici un espace pour réfléchir et combattre le sexisme ambiant. Et parfois les clichés relayés par cette société finissent par pourrir ma pensée en arrivant avant des idées qui ne m’ont pas été transmises (pas vécu, pas lu, pas réfléchi, pas discuté). J’ai l’honnêteté de l’avouer, qu’on ne m’en tienne pas rigueur. Je sais pourquoi ces pensées viennent avant, qu’il est nécessaire de déconstruire beaucoup de stéréotypes. Je souhaitais juste qu’on développe le propos ici pour que je/d’autres puissent avoir accès à ces réflexions.

      Je connais des femmes seules (et à la recherche de l’hôme qui les comblera – c’est comme ça qu’elles le voient) mais gagnant juste suffisamment pour croire qu’elles peuvent s’acheter de la lingerie/épilation/maquillage/vêtements/chaussures en plus de combler les besoins vitaux comme manger, se loger (et finissent à découvert et avec de multiples dettes, avec ces foutus crédits à la consommation…). Donc pas besoin d’être cadre sup’ pour se ruiner en belle lingerie…mais finir vraiment ruinée. On vit dans un monde où le bonheur passe par la consommation (qu’on nous dit, en tout cas) donc il y a des gens qui se ruinent à tout ça, tout en suivant les bons conseils (et la pub) de nos merveilleux magazines féminins (ironie).
      Enfin, je dévie…

      • Je ne pense pas que le commentaire de (M)hystérie soit vicié, j’imagine qu’elle essaye de trouver des réponses à des arguments qu’on lui donne.

        Comme toi, Hypathie, je pense que c’est un peu cliché l’idée selon laquelle les femmes dépensent le salaire de leur mari, durement gagné. Ça existe, mais j’imagine que c’est rare, parce que premièrement, actuellement, peu de couples peuvent se permettre de n’avoir qu’un seul salaire, donc la femme accumule en général travail professionnel et tâches ménagères. Ce qui fait, qu’au final, en moyenne, les hommes ont plus de temps de libre (1h par jour de plus, ce qui est loin d’être négligeable…) que les femmes (voir le lien INSEE http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/donsoc06d.pdf ), gagnent mieux leur vie et sont donc plus indépendants financièrement.

        Et même dans les cas où les maris offrent des cadeaux à leurs épouses et/ou partagent leurs salaire, ça s’apparente plus à de l’argent de poche, comme le dit très justement mercu. Non seulement, la femme ne cotise pas pour la retraire, mais en plus, elle est dépendante financièrement de son mari : si celui-ci ne veut pas lui donner de l’argent pour une quelconque raison, que peut-elle faire ? De plus, on imagine facilement que si c’est l’homme qui ramènent les ressources financières au foyer, c’est lui qui décide principalement des dépenses, et donc en gros, du mode de vie de toute la famille.

        En bref, c’est lui qui détient le pouvoir économique au sein du foyer.

        Enfin si un homme décide de quitter sa conjointe, s’ils ne sont pas mariés et si celle-ci est restée à la maison ou a peu travaillé, elle se retrouvera avec très peu de ressources. Dans les cas de divorces, il existe quand même la « prestation compensatoire » qui permet d’éviter ce genre de situation.

      • On peut voir aussi le problème d’une autre façon: ce qui est gênant ca n’est pas les femmes au foyer, ce qui est gênant c’est qu’il n’y ait que des femmes à être femmes au foyer. Dans un monde sans domination un accord de répartition des tâches entre individus vivant sous le même toit avec e même salaire ne poserait pas de problème (le monde du travail n’étant par ailleurs pas toujours plus gratifiant que le monde dometique)

  3. Merci beaucoup pour tout ce travail. Vos articles m’ont permis de prendre conscience que, même si je pense être féministe, les représentations machistes sont profondément ancrées en moi et influencent ma façon de voir le monde et d’agir au quotidien. Je fais partie de cette société, qui me modèle malgré moi … si je n’y prend pas garde, je risque de faire écho aux clichés machistes, sans rien y changer!

    C’est pour cela que je trouve que vos articles sont très libérateurs, et que présenter cette problématique sous l’angle scientifique est vraiment pertinent ! Ce n’est plus question d’opinion ou de point de vue, mais de faits scientifiques..

    • Merci Lucie !

      Je pense que personne ne peut se targuer d’être complètement « libéré » dans notre société… L’essentiel est d’en prendre conscience et d’agir à notre niveau, notamment pour que l’éducation des enfants (car à mon avis, c’est là où se situe le coeur du problème) ne soit plus sexuée ou genrée, mais égalitaire.

      • faudra qu’on en discute un jour mais l’angle scientifique est aussi très critiquable. Même si ca impressionne dans la conversation les faits scientifiques sont rarement des faits…

        • Oui, il faut garder son esprit critique et faire attention aux faits scientifiques. Cela dit, il y a quand même des phénomènes qui ont clairement été mis en évidences (par exemple, la menace du stéréotype).

          Et par exemple pour les Khasi : les femmes sont plus compétitives que les hommes, alors que c’est l’inverse dans les tribus avoisinantes patriarcale. Si l’expérience a été bien menée (ce qui je pense, est le cas) c’est un fait établie. Après, on l’interprète comme on veut bien sûr.

          On peut critiquer les faits scientifiques, mais à mon avis, c’est quand même le meilleur moyen d’appréhender la réalité…

          • Il y a de nombreuses sources que tu cites (sur tout le site) que j’ai pu voir ou apercevoir dans mes cours de psychologie sociale (Sylvain Max était un doctorant de ma fac, tu le cites dans la menace du stéréotype ; puis il y a des chercheurs plus connus : Tajfel, Leyens, Bourhis, Rosenthal). Je me demandais comment tu avais accès à toutes ces ressources : est-ce que tu lis tous les papiers que tu cites ou les reprends-tu après lecture d’un livre qui les cite lui-même ? Ou autre ? Tu t’intéresses à un thème et tu cherches par toi-même ?

            Pour revenir sur la légitimité des données scientifiques, je suis d’accord avec antisexisme, je pense qu’elles sont importantes pour comprendre le fonctionnement humain. Par contre, ces données n’ont pas de valeur absolue, elles sont toujours relatives au contexte de l’expérimentation qu’il est bon de rappeler quand on parle de ces données.

            Ce qui est bien avec la science, c’est la méthodologie (pas toujours rigoureuse) et elle est toujours indiquée dans les papiers qui synthétisent l’expérience et grâce à ça, on peut tenter de répliquer ou non les résultats obtenus, on peut critiquer cette méthodo, etc. La plupart des expériences scientifiques ont des limites que d’autres expériences tentent de combler et ainsi de suite…

            • Ah tiens, c’est rigolo ça, que je cite des doctorants de ta fac 🙂 !

              En fait, quasiment toutes mes ressources je les trouve sur Google Scholar… Il y a pas mal d’articles dispos.

              J’ai pas vraiment de livre… J’en ai acheté un récemment (Christine Guionnet, érik Neveu, 2004, Féminin/Masculin. Sociologie du genre) duquel je tire quelques infos. Mais ma principale source, c’est internet !

              Ouais, je trouve un sujet et après je cherche des références sur Google Scholar.

              Je lis pas toujours les articles attentivement en entier… ça dépend de leur taille. Je lis en général le résumé, l’intro. Je regarde rapidement « matériel et méthode » pour voir par exemple sur combien de personnes ils ont fait l’expérience. Puis je parcours rapidement les résultats et la conclusion. Voilà !

              J’ai aussi comme livre « la domination masculine », qui me donne des idées de sujets. Il est vraiment pas mal (d’ailleurs c’est surtout grâce à ce livre que j’ai sentie qu’il y avait vraiment des inégalités, toujours et encore). Mais il est pas vraiment scientifique !

              Si toi-même tu connais de bons bouquins, je suis preneuse 🙂 Ou si tu as des articles scientifiques, pareil !

          • Je pense qu’il serait intéressant que tu fasses un article pour dire comment tu te documentes : pour filer des tuyaux à ceux qui souhaiteraient également se documenter, pour partager ton savoir-faire ; citer les livres/références qui t’ont le plus servi, que tu as trouvés vraiment bien faits, par exemple.

            • Hum… comme j’ai dit avant ma principal source, c’est Google Scholar… :s

              Mais si un jour je trouve un livre qui synthétise bien les gender studies, je serais plus que contente et je le ferai partager ! 😀

              Au fait, M(hystérie), je suis super contente qu’il y ait quelqu’un étudiant la psychologie qui lise mon blog ! J’espère que s’il y a des choses qui m’ont échappé ou que j’ai mal interprétées, tu pourras me corriger ! 😉

              J’aime beaucoup lire des choses sur les sciences humaines (pas seulement sur les genres), ça nous permet de mieux comprendre notre société… Mais ce n’est pas ce que j’étudie.

            • très intéressant ta démarche et ton travail qui me semble rigoureux! par contre, quand tu dis que le livre de Bourdieu « la domination masculine » n’est pas scientifique, ça me fait un peu tiqué.
              Bourdieu est un sociologue, la sociologie est une science et ce livre est le résultat de ses travaux de recherche sur la domination, basé sur l’observation de la société (comparaison avec la culture berbère, statistiques sociales, etc…). Bourdieu s’est longtemps intéressé aux stéréotypes sociaux, de classe et au processus de domination, et, il reste pour moi un des plus grand sociologues de son temps.
              Je ne suis pas sociologue et suis de formation biologiste, donc plutôt formée par les « sciences dures », même si je n’aime pas ce terme parce que les sciences sociales (sociologie, antropologie,..) sont aussi des sciences à part entière, avec une méthodologie certes différente mais viable. Aussi, je me demande si la raison pour laquelle tu dénigres le travail de Bourdieu n’est pas parce que tu ne considère pas la sociologie comme une science?

              • Salut Lilith,

                Détrompe-toi, je considère la sociologie (tout comme la psychologie ou tout autre science humaine), comme une science !! Car il y a des expériences répétables, avec des résultats quantifiables et analysables en sociologie.

                Je ne voulais absolument pas dénigrer le bouquin de Bourdieu. C’est ce livre qui est à l’origine de mon engagement féministe et donc en quelque sorte, de ce blog. J’ai un énorme respect pour ce monsieur et pour « la domination masculine ».

                Je n’ai pas le livre sous mes yeux et j’ai peut-être la mémoire un peu courte. Mais ce que je voulais dire, c’est que (d’après mes souvenirs) ce livre fait assez peu référence à des travaux expérimentaux. Il y en a un peu : je me rappelle qu’il évoque des expériences qui suggèrent que les « dominés » sont plus intuitifs car ils doivent anticiper les besoins des dominants ; il me semble aussi qu’il parle du fait que les professions qui se féminisent sont celles qui ont perdu de leur prestige (d’après ce que j’ai lu, cela a été remis en question… OUF !! ça m’avait effrayée et révoltée !) ; ils parlent aussi du taux de criminalité particulièrement bas de certaines sociétés juives d’Europe de l’est à la fin du XIXème, qui avaient rejeté la « virilité ».

                Mais dans l’ensemble, cela m’avait au final paru plus être un livre de philosophie que réellement de sociologie. Je me trompe peut-être… Il faudrait que je le relise !

                En tout cas, j’avais beaucoup aimé ce livre et je le recommande à tout le monde.

                Mais j’avoue qu’un livre relatant l’ensemble des expériences des « gender studies », en commentant les résultats. Ca serait génial !

                  • Ton blog est très intéressant! Je voudrais juste te répondre sur l’aspect « scientifique  » des travaux de Bourdieu. Il me semble, si je t’ai bien lu, que tu trouve qu’il y a peu de travaux expérimentaux, et tu cite une expérience de psychologie sociale à l’appuie. Or la sociologie utilise peux l’expérience, ce qui ne l’empêche pas d’être scientifique. Pour faire une expérience, il faut pouvoir contrôler tout les paramètre d’un phénomène, et les faire varié un à un. C’est quasi impossible lorsque qu’il s’agit de phénomène sociaux, qui n’ont du sens qu’en contexte. La sociologie (et l’ anthropologie) utilise alors l’observation détaillée, comme moyen d’investiguer le réel. C’est sur des observation ethnologique que Bourdieu se base le plus, pas sur des expériences qui n’ont un intérêt que très relatif en la matière, parce qu’il est quasi-impossible d’en maitrisé tout les biais. Il n’en utilise pas moins une méthode scientifique de questionnement et d’aller-retour entre observation, théorie et raisonement.

  4. Mhystérie:

    “Non, les femmes ne font pas le travail domestique gratuitement puisqu’elles profitent ensuite du salaire (généralement) plus élevé de leur conjoint”

    Personnellement, je répondrais:

    Quel homme français accepterait pour une longue période d’être nourri, logé, blanchi et d’avoir un peu d’argent de poche de la part de son patron en échange de son travail?

    Ne préfère-t-on pas avoir son argent à soi, sur son compte, et en faire ensuite ce que l’on veut?

    Faire le ménage en échange du gîte et du couvert, et de quelques babioles, n’est-ce pas une situation de jeune au pair?

    Si les femmes ne sont pas exploitées lorsqu’elles travaillent à la maison, alors leurs maris pourraient tout autant leur payer un salaire, ne serait-ce que le smic. Or, ils ne le font pas. Pourquoi? Ce serait trop cher? Mais si le smic c’est trop cher, et qu’ils préfèrent « faire profiter leur femme de leur salaire », c’est donc que « faire profiter sa femme de son salaire » revient moins cher. Moins cher que le smic? C’est pas de l’exploitation ça?

    D’autant que dans le système français, avoir un salaire inférieur en travaillant autant voire plus, ce n’est pas qu’une question de présent, mais aussi d’avenir: ça veut dire cotiser moins pour la retraite. Est-ce que « être rémunérée d’une certaine façon parce-que l’on profite du salaire de son mari » est vraiment aussi intéressant que cotiser pour sa retraite?

    • Merci mercu, antisexisme de me répondre sans m’inviter à la culpabilité ni à la justification.

      Je trouve très enrichissant tous ces arguments cumulés. Je crois que c’est cela qui fait leur force. On aura beau avoir un petit argument contre un cliché, c’est quand même bien mieux de pouvoir construire tout un (contre-)argumentaire.

  5. Il faudrait aussi parler des sociétés qui ont plus de deux genres, comme les berdaches dans les sociétés amérindiennes (des travestis avec des fonctions spirituelles ou guerrières)

    • Ouais ça peut être intéressant.
      Je sais aussi que chez les Inuits, les individus peuvent avoir un genre différent de leur sexe avant la puberté (une petite fille peut-être élevée en garçon, mais à la puberté elle redeviendra femme)

  6. Hey, I thought this blog was interesting and as a little of a sceptic I have some questions about your article and conclusions.

    You say the following:
    « In 2011, in France, men earn 37% more than women, indicating that males’ work is more paid and that they have access to more remunerative professions »

    I read the source which you referenced (no. 21) and I always take issue with people referencing these earnings figures, sloppily. Initially you chose to use how much men earn more than women (37%) rather than how much less women earn than men (27%).

    Unless your objective is to reduce the wages of men to the level of women than I suggest you have used the wrong figure to make the difference look bigger than if shown another way. If your idea is that women’s pay should be raised to earn an equal pay to men then the 27% figure is more appropriate, as this is currently how much women earn less than men.

    After this you state that this figure indicates that male’s work is more paid, but this figure isn’t the best to show that. The figure is actually given in the reference as 10% – this is how much the wage inequality gap is for a man and woman in the same job with the same experience.

    So that was a significant point, but was easily available to be quoted as 10%. The second point says that the 37% indicates that men have more access to better paid professions. I would suggest the key point that is shown by the 37% difference, backed up by data in the reference, is that women work less hours by men. This would account for a significant amount of the 37% difference.

    I agree that there are lots of explanations for the 37% difference, but to use the 37% initially and then give those two reasons suggest you were just manipulating the statistics to prove a point. And if you want these articles to respected as a scientific piece then you would be better served if you seek to try to remove the bias in selecting certain figures and making conclusions that aren’t proved by that figure.

    Thanks for the blog and sorry to focus on such as small point but the article was interesting and its good to see something referenced. I hope I will be welcome back.

    C

    • Hi Kizz

      Sorry for my late response … I do not have internet at home and a lot of work right now:)

       » Initially you chose to use how much men earn more than women (37%) rather than how much less women earn than men (27%). »

      I agree, I preferred to use the number « 37% » rather than « 27% ». And I confess, in this case, there may be a bit of manipulation;) However, the two figures are the same thing. So I did not not lie.

      But, I never argued that this difference is ONLY due to the fact that men are better paid than women for the same job. So I don’t think I manipulated the statistics. Indeed, there are several explanations for this difference:

      1. Men’s work is more paid. As you said, the wage inequality gap is 10 % for a man and woman in the same job with the same experience. It was shown that averagely women work slightly less, because they have more homework to do. But some studies showed that despite this kind of predictors (work time etc.), there is an inexplicable pay difference between men and women, which would due to the fact that men are considered as more skilled than women.

      2. Men have access to the best paid and the most important positions. Indeed, parents encourage their sons to choose ambitious careers (more than their dayghters), and in addition, males spend less time in household chores than females. So they have more time for their carreer.

      I don’t blame only employers. What I wanted to emphasize is that there is a sexual division of labor. Since their childhood, people are brainwashed to behave accordingly to the stereotype of their sex ultimately to a system unfavourable to women.

      Otherwise, thank you for your comment, and I think it’s interesting there is a debate. Hope to see you again on my blog 🙂

      PS : Soon, english articles will be only available at http://antisexism.wordpress.com/

    • Ce que montrent ces exemples, c’est que le féminin/masculin est très malléable, très influencé par l’environnement, si bien que justement, il est impossible de parler de « rôles prédéfinis »… Le conditionnement sociétal semble jouer un rôle primordial dans l’origine des comportements.

      Ne crois-tu pas que la pression sociale de nos société est aussi très importante ?

      De plus, que veux-tu dire « rôles prédéfinis entre hommes et femmes » ? Rôles prédéfinis par qui ? La nature ? Mais la nature n’impose aucun rôle. C’est la société, justement, qui en impose.

  7. Vos raisonnements se tiennent et vous avez la chance je crois de vivre dans une société où vous pouvez si vous le voulez faire fi des genres.
    Ce que je comprends pas c’est pourquoi tout le monde devrait faire comme vous? Il existe une majorité de filles ou garçons qui adhèrent à une identité sexuelle « classique ». Ce qui est récurent chez les féministes, c’est cet espèce de complexe de supériorité et d’égocentrisme très mal vécus chez ceux que vous prétendez réeduquer.

    • Non, on ne vit pas dans un société où on peut faire fi du genre.
      N’avez-vous jamais entendu parler d’homophobie ou de transphobie ?
      Essayez, en tant qu’homme, de vous promener dans la rue avec une petite jupe et des talons. On vous regardera, vous aurez droit à des regards lourds, voire à des paroles désagréables. Vous risquez même de vous faire agresser.
      Donc, non, on ne peut pas faire fi des genres.

      Ensuite, PERSONNE n’a dit qu’il fallait faire comme… qui, d’ailleurs ? comme moi ? Mais je suis une femme, et bien que pas « hyper hyper féminine », on peut pas dire que je m’habille comme un homme. J’ai un aspect juste tout à fait normal.

      Sans même me connaitre vous prétendez que j’ai un complexe de supériorité et d’égocentrisme et que je cherche à « rééduquer » les gens ! Continuez avec vos attaques ad hominem.

      Qui a dit qu’il FALLAIT faire quoi ? Personne, à part vous !
      Tout ce que je dis (et les féministes en général) : on devrait être LIBRES : je n’ai RIEN contre les filles qui mettent du maquillage (d’ailleurs j’en mets aussi), mais les hommes devraient pouvoir en mettre aussi, s’ils veulent. Etc.

  8. Vous exagérez il me semble que les maires de Paris et Marseille sont homos ainsi que pas mal de gens du show biz ou présentateurs télé etc. Ils n’ont pas l’air malheureux ni discriminés. A Paris y’a Pigale, le quartier du Marais etc..

    Par ailleurs je ne parle pas de vous personnellement mais de l’idéologie que vous développez. Vous ne dites pas mots pour mots « réeduquer » mais franchement c’est ce que vous sous-entendez « réfléchir à une nouvelle masculinité » « Il est difficile d’imaginer qu’on puisse arriver à l’égalité entre sexes sans LA SUPPRESSION DES GENRES ».

    • Oui, enfin, les jeunes homosexuels ont 4 à 7 fois plus de chance de faire une tentative de suicide que les hétérosexuels…
      C’est pas parce qu’il y en a quelques-uns qui s’en sortent bien et qui n’ont pas l’air « malheureux » ou « discriminés », que c’est le cas de la majorité… Surtout qu’ils doivent venir de milieux privilégiés.

      Sinon, ben, oui… pour pouvoir vivre dans un monde plus égalitaire, il faut bien faire changer les mentalités, non ? Ça me parait évident.

  9. On peut faire changer les mentalités sans compromettre la liberté des gens. En fin de compte on serait libre de quoi si certaines idéologies féministes passaient? d’avoir le même avis qu’elles?
    Ok pour les discriminations au travail par ex. mais quand les revendications portent sur le domaine privé ou les libertés individuelles ça passe très mal. On a quand même le droit d’apprécier le physique d’1 jolie fille de pub (rémunérée pro ayant réussi 1 casting et consentante) sans qu’1 espèce de police viennent nous culpabiliser.
    Les chiennes de gardes avaient empêché des mannequins vivants d’exercer dans 1 magasin y’a quelques années. Je trouve cette manière de faire changer les gens par la force et malgré eux détestable.

    • « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » : vous avez le droit d’apprécier le physique d’une jolie fille, et personne (pas même une féministe) ne vous en voudra pour ça. En revanche, vous n’avez pas le droit de la harceler.

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  17. Le concept de « genre » me pose problème. Vous écrivez vous-même dans votre article que ce qui est perçu comme féminin ou masculin varie selon les époques ou les cultures, ce qui démontre que la masculinité et la féminité ne sont que des constructions sociales et injonctions et non des caractéristiques inhérentes à une nature féminine ou masculine.
    Mais ensuite, vous reprenez ces termes et parlez de degré de masculinité chez une personne, ou de femmes et d’hommes féminin-es. Or si le féminin et le masculin sont des produits culturels, pourquoi continuer à employer ces concepts ? Perpétuer l’idée de la masculinité et de la féminité, y compris en les dissociant du sexe de la personne, n’est-ce pas maintenir les représentations qui sont rattachées aux sexes et donc perpétuer le sexisme ? C’est comme si, par exemple, on prétendait qu’il existe des traits de caractère « de blanc » ou « blanchitude », et des traits de caractère « de noir » ou « négritude », bref que l’on attribue des qualités différentes selon la couleur de peau, et qu’on explique que pour autant il y a un degré de « négritude » ou de « blanchitude » selon la personne indépendamment de la couleur de sa peau. Mais de tels concepts ne seraient-ils pas néanmoins racistes ?
    Etymologiquement et par définition, la féminité et la masculinité désignent respectivement ce qui est propre à la nature féminine et masculine. Or si l’on se rend compte que les caractères sont indépendants des sexes, qu’une forte personnalité, un comportement de leader, la sensibilité ou l’amour des enfants peuvent se retrouver aussi bien chez un homme qu’une femme, alors sur quoi se base-t-on pour affirmer qu’un comportement de leader est masculin tandis que l’amour des enfants est féminin ? Sur des présupposés sexistes évidemment. L’assignation de tel ou tel comportement à la masculinité ou à la féminité sont totalement subjectifs et variables selon les cultures.
    Pour moi, l’un des objectifs du féminisme devrait être de mettre à bas ces mythes de masculinité et de la féminité, donc de refuser la théorie du genre et de révéler l’asexualité de l’esprit et du comportement humain. Seul le corps a un sexe et peut être qualifié de féminin ou masculin !

    • Julie, je pense qu’on est tout à fait d’accord mais que vous m’avez mal compris.
      Je suis pour l’abolition du genre, c’est à dire  » mettre à bas ces mythes de masculinité et de la féminité » comme vous dîtes.
      Après, oui, j’ai parlé dans d’autres articles du degré de masculinité d’une personne, mais il faut le comprendre ainsi : « cette personne est très masculine, c’est-à-dire qu’elle se comporte fortement comme on l’attend d’un homme dans la société occidentale ».
      Car pour abolir le genre, il faut comprendre comment il fonctionne ! C’est-à-dire qu’il faut comprendre en quoi il est oppressif pour les femmes.
      J’espère être plus claire (je n’en suis pas certaine…)

      • Je vois ce que vous voulez dire. Pour autant, je persiste à penser que l’on ne peut pas déconstruire un concept tout en utilisant les termes et définitions qui lui sont associés. Les mots féminins et masculins signifient respectivement qui tient de la femme/de l’homme selon le dictionnaire et c’est ainsi que l’on comprend ces termes. Les employer quand on évoque des caractéristiques ou des comportements, c’est perpétuer les représentations qui sont attachées aux femmes et aux hommes et empêcher l’évolution. Combien de femmes cherchent à se conformer aux stéréotypes sexués, parfois aux dépends de leurs goûts et envies, simplement pour ne pas se retrouver qualifiées de femme « peu féminine » voire « masculine » ?
        Or, il n’y a pas de genre, seulement une socialisation normative et différenciée selon les sexes, qui effectivement oppresse les femmes. Il est certain que « comportement qui est attendu d’un homme/d’une femme dans la société » est plus long que à écrire ou dire que « masculin » ou « féminin », mais la précision et la vérité sont à ce prix…

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