L’inégalité des sexes à l’école

école

L’école… toujours égalitaire ?

Je suis tombée hier sur une vidéo intéressante sur le site Universcience-vod : L’école : garçon, filles à égalité ?

Il s’agit d’un entretien avec Annette Jarlégan, Maître de Conférences en sciences de l’éducation, Université Nancy 2 et qui a travaillé notamment sur le genre à l’école. Elle explique qu’elle s’intéresse à ce qui à l’école, peut générer des différences, notamment entre les sexes.

Pour ceux qui ont la flemme de regarder la vidéo, ou chez qui elle ne fonctionne pas, voici un résumé de l’entretien :

Par des mécanismes fins, l’école fabrique des différences entre filles et garçons. Les albums de littérature enfantine, par exemple, véhiculent de nombreux stéréotypes que les élèves vont intégrer. Dans ces albums, il y a beaucoup plus de héros masculins que féminins. Les femmes qui y sont représentées sont plus souvent à l’intérieur, dans la sphère privée et sont plutôt passives. A l’inverse, les hommes sont représentés à l’extérieur, dans la sphère public et sont actifs.

De même dans les manuels scolaires, il y a très peu de figures féminines culturelles, ce qui crée un problème d’identification pour les filles. Elles n’ont pas de modèles, contrairement aux garçons, qui les pousseraient à s’investir dans un domaine particulier. Enfin, même les exercices pourraient contribuer à une différence garçons-filles, car leur contenu et/ou leur contexte de présentation sont plus souvent tirés de domaines d’intérêt des garçons.

Enfin les représentations et les croyances des enseignants concernant filles et garçons y seraient aussi pour quelque chose. Ainsi de la maternelle jusqu’au supérieur, les enseignants sont portés à croire que les filles sont meilleures en littérature, et les garçons en mathématiques. Ces croyances se reflètent dans leur manière d’évaluer leurs élèves. Ainsi, les enseignants ne voient pas de la même façon les causes de la réussite des filles et des garçons : les bonnes élèves filles obtiendraient de bons résultats par leur sérieux et leurs efforts. Les garçons réussiraient à cause de leurs talents et de leur potentiel. Une expérience de docimologie a montré qu’une bonne copie est mieux notée si elle porte un nom de garçon que si elle porte un nom de fille. A l’inverse, une mauvaise copie est plus sanctionné si elle est attribuée à un garçon. Les appréciations à côté de la note ne sont non plus pas les mêmes. Ces différences d’évaluation et d’appréciation indiquent que les enseignants attendent plus des garçons que des filles.

Les interactions enseignants-élèves ne sont pas semblables en fonction des sexes. Ainsi , les garçons prennent plus souvent la parole, et les enseignants s’adressent plus souvent à eux. De plus, les enseignants – surtout en mathématiques – posent plutôt des questions ouvertes (qui demandent en général de créer un savoir) aux garçons, et des questions fermées (qui demandent en général simplement une restitution de savoir) aux filles. Les enseignants ont aussi tendance à donner plus de feedback – négatifs ou positifs – aux garçons, c’est-à-dire qu’ils ont plus tendance à les encourager ou à les réprimander.

Tout ceci a des conséquences sur les performances et le comportement des élèves, du fait de l‘effet Pygmalion (prophétie autoréalisatrice qui consiste à influencer l’évolution d’un élève en émettant une hypothèse sur son devenir scolaire : les élèves pour lesquels les enseignants ont le plus d’attentes réussissent mieux, à niveau initial égal. Plus d’informations sur la page Wikipédia). Les filles auront tendance ainsi à moins se projeter en mathématiques ou à moins s’y investir, puisque les enseignants ont des attentes plus fortes pour les garçons dans cette discipline. En conséquent, à niveau égal en mathématiques et en sciences en général, les filles s’orientent moins vers ces discipline que les garçons.

Tous ces mécanismes sont à l’origine de ce qu’on appelle un « curriculum caché » , un ensemble de valeurs, de représentations et de compétences qu’acquiert l’élève, sans que quiconque ne s’en rende compte.

Il faut distinguer le sexe (biologique) du genre (rôle social). Le genre est construit socialement par la famille, les médias, mais aussi l’école, comme le démontrent les différentes observations faites ci-dessus. Cette notion de genres est importante, car elle permet de comprendre comment l’école participe à leur élaboration, et comme y remédier.

Malgré toutes ces différences de traitement entre les filles et les garçons, on peut noter des améliorations ces 10-20 dernières années, peut-être dues aux travaux sur les genres, assez récents en sociologie. Si le genre a longtemps été très peu pris en compte dans la formation des enseignants, dès les années 80, des instructions officielles ont essayé d’attirer l’attention des professeurs, notamment sur les supports de cours. La politique actuelle cherche également à remédier à l’autocensure des filles vis-à-vis des filières scientifiques et des préconisations sont données aux enseignants quant à la différence de comportement vis-à-vis des filles et des garçons. Les éditeurs de littérature enfantine ont aussi été sollicités. Toutes ces actions de la part des pouvoirs publics n’ont pas été sans effet : ainsi, il y a quelques années, 2/3 des interactions en classe concernaient les garçons contre 1/3 pour les filles. Maintenant, le ratio s’établit plutôt à 55% – 45%. Enfin, même si la façon dont les femmes et les hommes sont représentés dans les albums de littérature enfantine n’est toujours pas vraiment égalitaire, des progrès ont été faits. Le problème, c’est que quand les différences disparaissent à un endroit, ne nouveaux mécanismes en créent ailleurs…

C’est par des initiatives et des rencontres comme des cafés scientifiques, et pas seulement par des préconisations de la part des pouvoirs publics, que les choses changeront durablement. En effet, souvent les enseignants ne sont absolument pas conscients qu’ils ne se comportent pas de la même façon avec les garçons et avec les filles.

Voici pour le résumé ! Les points abordés ont été approfondis dans d’autres articles, notamment à l’aide de références à des articles scientifiques :

Sexisme dans la littérature enfantine

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques. Partie 1 : les mécanismes invisibles

Le sexisme inconscient des enseignants détournent les filles des filières scientifiques. Partie 2 : l’effet Pygmalion


Sources 

L’école : garçon, filles à égalité ? Universciences-vod. [Cited: Mars 10, 2011.] http://www.universcience-vod.fr/media/1694/l-ecole—garcon–filles-a-egalite–.html

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8 réflexions sur “L’inégalité des sexes à l’école

  1. Yo !
    Pas mal tes articles en plus tu te fais iech à les traduire en anglais !!
    Pour mon blog : le problème c’est que la colonne du centre n’est pas assez large….A part si je change de thème peut être… je vais y réfléchir…

  2. Pingback: Mdantinne | Pearltrees

  3. Dans la définition du sexisme, ça va dans les deux sens :

    150 000 élève en échec scolaire, 100 000 garçons
    26% des garçons et 14% des filles n’atteigne pas le niveau de compétence 2 en lecture
    3/4 des élève de SEGPA sont des garçons
    89% des filles contre 85% des garçons obtiennent le bac
    31% des filles contre 24% des garçons ont une licence au moins (à la sortie)
    14% des garçons contre 9% des filles n’obtiennent pas le « seuil de compétence PISA »

    On voit bien que les filles réussissent mieux à l’école que les garçons, soit on dit que c’est inné, mais dans ce cas les autres égalités post-scolaire (salaire, carrière, …) le sont aussi.
    Ou soit, on considère que notre système scolaire est mieux adapté aux filles qu’aux garçons et le % de fille dans les manuelles ne change rien.

    Informations partielles -> Compréhension partielle

  4. Bonjour,

    en lisant vos articles sur les attributs du pouvoir, et notamment les résumés de recherches suggérant que l’intelligence n’est pas une qualité exigée chez les femmes, contrairement à la beauté, je me suis demandé si, dans le cas du harcèlement scolaire, les filles brimées car catégorisées comme « intellos » subissaient plus de violences que les garçons eux aussi harcelés du fait de leurs bons résultats scolaires. Auriez-vous des pistes à ce sujet?

    • Bonjour,
      Je reconnais que je n’ai pas creusé le sujet et que je n’ai pas d’infos précises. Mais je pense que votre hypothèse est très plausible.

      Premièrement, les filles subissent plus de harcèlement scolaire que les garçons.

      Deuxièmement, les bons résultats scolaires des filles ne sont pas perçus de la même façon que ceux des garçons (cf ce que j’ai écrit dans l’article). Chez les garçons, ces bons résultats vont être considérés comme une qualité virile : l’intelligence, la compétence, le don. Chez les filles, on considérera plus qu’il s’agit du résultat d’un travail acharnée : on la verra donc plus comme une sorte de « singe savant », docile et qui travaille beaucoup (rien de bien viril !). Je pense que les garçons qui ont de bons résultats mais qui ne sont pas très virils peuvent aussi être considérés comme des « intellos ».

      Cette façon de percevoir différemment la réussite scolaire des filles et des garçons (dans un cas, on a quelque chose de pas très valorisé, puisqu’on considère c’est le résultat de la discipline et du travail. De l’autre, ce sera très valorisé car l’on dira qu’il s’agit d’intelligence) peut expliquer que les bonnes élèves soient moins perçus que les bons élèves, et sont donc peut-être plus souvent victimes de harcèlement.

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