Georgette, ses crêpes et ses mauvaises recettes

Aujourd’hui je me dois de raconter une mésaventure qui m’est arrivée : la célèbre blogueuse Valérie Crêpe Georgette s’est approprié une partie de mon travail, qu’elle cherche à faire passer pour le sien. Je ne tolère pas ces pratiques.

Précisions une chose : mes articles me demandent beaucoup de travail. Ce sont des heures de boulot à lire des publications en anglais, à les comprendre, et à essayer de les restituer de manière pédagogique sur ce blog. Cela fait par exemple presque un an que je suis en train de travailler sur un article.

Mais, commençons par le commencement.

En juillet 2013, apparait sur son blog un article intitulé Les mythes autour du viol. Je le parcours rapidement. Je comprends assez rapidement qu’il est en partie inspiré de ma série d’article sur les mythes sur les viols, débutée en décembre 2011. A l’époque, j’ai d’autres choses à faire, je n’y prête pas trop attention, et je laisse passer. L’article a depuis été retiré du blog.

Aujourd’hui, je tombe sur une nouvelle version de cet article. Je le lis plus attentivement. Les phrases me font réagir : les tournures, le style, les expressions…. J’ai l’impression de lire par moment un texte de moi ! Je ne considère pas que c’est un plagiat à proprement parler, car toutes les infos de son article ne proviennent pas de mon blog. La structure est également relativement différente. Cependant, si l’on compare son article à ma série d’articles certaines ressemblances sont troublantes :

 

ELLE : « Dans une étude américaine de 2007 interrogeant des étudiantes d’une université du Midwest, les interviewées estimaient qu’environ 20% des accusations de viol étaient fausses. »

MOI :  » Dans plusieurs études récentes, 20% des personnes interrogées estimaient que les accusations de viol étaient fausses »

ELLE : « Ces deux études montrent qu’environ 1 à 4% des étudiantes interrogées pensent que certaines femmes désirent secrètement être violées. « 

MOI: « 1 à 4% des étudiantes américaines croient que les femmes désirent secrètement être violées »

ELLE : « 21% des étudiantes pensent qu’une femme portant une tenue sexy « cherche les problèmes ». »

MOI : « Carmody et Washington (2001) ont montré qu’environ 21% des femmes interrogées dans leur étude estimaient que les femmes qui s’habillent de manière provocante cherchent les problèmes »

ELLE : « Une étude anglaise de 2005 montre que 22% des personnes interrogées pensent qu’une femme est partiellement ou totalement responsable de son viol si elle avait des partenaires sexuels multiples et 26% pensent la même chose si elle portait des vêtements sexy. »

MOI : « Une autre enquête indique que 22% des gens interrogés pensaient qu’une femme était totalement ou partiellement responsable de son viol si elle avait plusieurs partenaires sexuels et 26% croyaient qu’elle était au moins en partie responsable si elle portait des vêtements trop sexy. »

ELLE : « Une étude américaine de 2001 montre que 66% des personnes interrogées, hommes comme femmes, adhéraient aux mythes autour du viol dans une étude utilisant des questions ouvertes. Dans une étude utilisant des questions fermées, entre 25 et 35% des interrogés adhéraient à ces mythes. Les hommes sont plus enclins que les femmes à croire à ces mythes. »

MOI : « Il a été montré, en utilisant des échelles de mesure de l’adhésion aux mythes autour du viol (avec des questions fermées), qu’entre 25% et 35% des gens adhèrent à la majorité de ces mythes14. Cependant dans une étude utilisant des questions ouvertes, près de 66% des personnes interrogées approuvaient les mythes autour du viol18. Une constante dans la littérature est que les hommes adhèrent plus souvent aux mythes autour du viol que les femmes»

ELLE : « Une étude a été menée afin de mesurer la propension au viol c’est à dire la possibilité que quelqu’un viole. A été posé un certain nombre de questions sans jamais prononcer le mot viol comme par exemple « avez vous déjà eu des relations sexuelles avec quelqu’un dont vous saviez qu’il n’était pas consentant mais qui était trop ivre pour résister ». Cette étude a révélé que 6.4% des hommes interrogés ont commis un viol ou une tentative de viol. »

MOI : « La propension au viol (RP) est le penchant pour le viol que manifestent certaines personnes. Elle permet d’estimer la probabilité qu’un individu soit un violeur potentiel.
Expérimentalement, elle est mesurée de la façon suivante : un scénario de viol est décrit (mais sans que jamais le mot « viol » n’apparaisse) et l’on demande à un échantillon de personnes si elles se seraient comportées comme l’agresseur du scénario. Les réponses possibles varient de (1) Pas du tout à (5) Très probablement. »
+ exemple avec une femme trop ivre pour résister…

On notera au passage, qu’il y a des contresens dans ses propos. Par exemple, «  les interviewées estimaient qu’environ 20% des accusations de viol étaient fausses » et « 20% des personnes interrogées estimaient que les accusations de viol étaient fausses » ne sont pas synonymes. De même, j’ai l’impression qu’elle n’a pas compris ce qu’était la propension au viol – qui n’est pas une méthode pour détecter si des hommes ont violé, mais pour estimer si des hommes pourraient violer.

Comme je l’ai dit, je passe beaucoup de temps à écrire mes articles. Si quelqu’un-e s’en inspire, la moindre des politesses est de me créditer, c’est-à-dire de simplement mettre un petit lien en bas de page. Je décide alors d’écrire à Valérie Crêpe Georgette :

Sujet : Article « Les mythes, les idées reçues et les préjugés autour du viol »

Corps du message :
Bonjour Valérie,
J’ai lu ce matin ton article « Les mythes, les idées reçues et les préjugés autour du viol »
Il est clairement inspiré de mon travail. Certaine citations sont très proches. Je te mets des exemples à la fin du message.

Pourrais-tu s’il te plait me créditer en mettant un lien vers ma série d’article sur les mythes sur le viol ? https://antisexisme.net/category/mythes-sur-le-viol-2/

Merci d’avance,
Antisexisme

(dans la suite du message j’ai mis toutes les citations présentées ci-dessus)

Réponse de l’intéressée :

Bonjour

J’avoue être surprise de ton mail dans la mesure où mon article date d’avril 2011. Il en reste d’ailleurs trace  dans mes archives  (article « les mythes sur le viol » 17 avril 2011). Comme je l’ai expliqué il y a quelques semaines je reprends une bonne partie de mes vieux articles en les mettant à jour avec des exemples récents.
J’avais donc crédité à l’époque qui de droit.

cordialement

Valérie.

J’ai d’abord une réaction d’étonnement : je suis abonnée par flux RSS au blog Crêpe Georgette depuis le début de l’année 2011, et je suis persuadée que s’il y avait eu un article sur les mythes sur le viol, je l’aurais vu et je m’en serais souvenu. Par ailleurs, durant l’année 2012, en cherchant sur internet, j’avais eu l’impression d’être la première à avoir cherché à traduire le terme « rape myths » (je me trompe peut-être), ce qui m’avait surprise. Je m’étais même demandé si « mythes sur le viol » était une traduction tout à fait correcte et appropriée. Du coup, j’étais franchement étonnée qu’en avril 2011, l’expression « mythes sur le viol » existât déjà.

Deux hypothèses me viennent alors à l’esprit :

  • Valérie confond avec sa version de 2013, et se trompe de date
  • Elle a effectivement écrit une version en avril 2011 – qui, étrangement, m’aurait échappée -, mais certains apports des versions de 2013 et de 2014 sont bien issus de mes articles de blog écrits à partir de décembre 2011.

Dans tous les cas, j’estime devoir être créditée – c’est-à-dire qu’elle admette qu’elle ait tiré certaines infos de mes écrits.

A ce moment-là, je crois encore en la bonne foi de mon interlocutrice. Je cherche dans son blog l’article d’avril 2011 : soit pour lui montrer qu’il n’existe pas, soit pour lui indiquer que les ajouts entre 2011 et 2013/2014 proviennent en partie de mon blog. Je reprécise qu’avril 2011 est une date antérieure à celle où j’ai publié mon premier article sur les mythes sur le viol (datant de décembre 2011)

Je finis par trouver la version de 2011. Et commence à la lire.

Mais au bout d’un moment, mon sang ne fait qu’un tour : je retrouve certaines de mes phrases dans un article censé avoir été publié au moins 8 mois avant que je les aie écrites ! Pourtant je suis formelle : je N’ai JAMAIS utilisé le blog Crêpe Georgette comme source de mes articles. Donc, il y a forcément tricherie.

Je bous. Car non seulement, elle s’approprie mon travail : c’est facile de copier plus ou moins mes phrases, en les modifiant légèrement pour que ça ne se voie pas trop, et de générer ainsi du trafic et de la notoriété, en publiant rapidement et fréquemment. Tandis que moi, en passant des mois sur mes articles, je publie peu et ait donc moins de visiteur-se-s. Il me faut parfois plus d’une heure pour écrire 2-3 phrases. Même si ce qu’elle a plus ou moins copié n’est pas énorme en volume, ça représente un temps conséquent de travail. Mais ce n’est pas que ça : elle a antidaté son article (ce qui est très simple sur un blog), et donc, c’est maintenant moi, qui passe pour la plagieuse, celle qui pique le boulot des autres. Et ça, ça me met hors de moi.

Heureusement, il est facile de démonter la manœuvre.

D’abord, je vous laisse regarder chacune des versions :

Vous ne trouvez pas que c’est bizarre quand même ? La soit-disant version de 2011 a une structure quasi-identique à celle de 2014 ; tandis que la version de 2013 est relativement différente.

Puis ces minuscules paragraphes de cette « première » version. Étrange. Vraiment. Puis pourquoi le code source de l’article de 2011 indique-t-il une mise à jour le 17 novembre 2014 ?

Trêve de spéculations. Je vous invite à jeter un œil à la catégorie « avril 2011 » de Crêpe Georgette, en utilisant la machine à remonter le temps du Web. Je vous propose de regarder :

le 5 avril 2012

le 12 mai 2013

ou encore le 2 janvier 2014

Vous voyez ce que je vois ? Aucune trace de « mythes sur le viol ». On parle de Caubère, de Grazia, de pédophilie. Mais nulle trace d’un article écrit le 17 avril 2011.

Autre étrangeté : l’un des liens de la version d’avril 2011 est une page qui a été créée en juillet 2011, si l’on en croit son code source ou la machine à remonter le temps qui ne la repère pas avant le 10 juillet 2011.

Bref, je pense que vous avez compris.

Tant de malhonnêteté pour un petit lien en bas de page… C’est moche.

(Merci à Thomas pour l’idée de titre 🙂 )

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28 réflexions sur “Georgette, ses crêpes et ses mauvaises recettes

  1. Ce qui est  » amusant », c’est que le fait d’avoir plagié s’avoue assez facilement, après tout, nous puisons tous à des sources, c’est une pratique courante de la recherche. En revanche, on n’ose pas avouer qu’on l’a fait sans le dire une fois découvert. C’est le recel qui est inavouable, non le vol. C’est en n’avouant pas ce qui n’était pas un crime qu’on devient criminel.

    • Je ne comprends pas très bien votre commentaire…
      Bien sûr que nous puisons tou-te-s à des sources ! Mais, justement, par honnêteté, on les indique !
      Tous mes articles sont en fait de la bibliographie : mais je cite.
      Mais sinon, je suis plutôt d’accord avec ça : « C’est en n’avouant pas ce qui n’était pas un crime qu’on devient criminel. »… Passe encore d’oublier de créditer (en supposant qu’il s’agisse d’un oubli). Par contre, ça passe beaucoup moins bien d’antidater…

      • Pardon de m’être mal exprimé. C’est bien ce que je voulais dire, c’est que le crime de le cacher est plus grand que d’avoir abusé d’une source, et que la citer eût effacé le crime alors que le cacher l’empire. D’où l’ironie, que j’aurais dû accentuer. Cette attitude suscite, jusqu’à l’amusement, mon étonnement. A la limite, plus personne ne se gêne pour copier des articles ou les faire lire à d’autres, il y a même un bouton « partager » prévu pour les timides du copié-collé. Alors à quoi bon s’attribuer abusivement la maternité de quelque chose ? C’est tellement grotesque de nos jours que cela prête à sourire, c’était le sens de mon commentaire en tube de lait ambigu concentré 🙂

  2. Je diffuse l’information, je trouve toujours triste les mesquineries de ce type surtout que c’est beaucoup d’énergie de dépensé alors qu’il y a tant à faire ailleurs.

  3. Pfff…. C’est stupide et ridicule.

    Vous citer ne lui aurait rien couté, n’aurait rien ôté à son audience, et aurait pu, au contraire, permettre à celle-ci de découvrir d’autres sources d’information.

    Au lieu de ça, on se retrouve avec un festival de mauvaise foi.

    Bon courage :-/

  4. C’est « marrant » parce qu’il y a quelques jours, en navigant sur le portail Rezo.net, j’ai cliqué sur l’article de Crêpe Georgette, et je l’ai lu avec intérêt. Aujourd’hui, de retour sur Rezo.net, j’ai vu le titre de votre article et j’ai immédiatement pensé : « Tiens tiens, c’est la mode ou quoi de parler des ‘Mythes sur le viol’? ». Comme votre article a été agrégé après le sien sur Rezo.net (et que je n’avais pas eu vent de vos articles précédents sur la question), j’ai immédiatement pensé que c’était VOUS qui aviez « copié » sur Crêpe Carpette. Heureusement, j’ai ensuite lu votre article (que je trouve mieux) puis celui où vous démontrez qu’elle vous a plagié. Mais ce que je veux dire, c’est que sa pratique vous a porté préjudice car si on ne vous lit pas, ou si l’on s’arrête au préjugé (« oh non ENCORE un article sur les mythes autour du viol ?! »), on pense que le sujet non seulement est rebattu (car malheureusement votre article est agrégé après le sien cette semaine sur Rezo), mais en plus, que c’est vous qui « copiez » -parce que je connaissais déjà Crêpe Machin qui est très lu, et malheureusement pas votre blog 😦

    Heureusement, le sujet est assez intéressant pour mériter de lire deux fois à son sujet; or quand on vous lit, on se rend tout de suite compte que c’est votre travail qui est le mieux documenté, et le plus sérieux, et la comparaison la dessert.
    Bref, je regrette vraiment votre mésaventure qui s’apparente à une grande malhonneteté intellectuelle doublée d’une grosse louche de mauvaise foi et d’orgueil mal placé. Si même les blogueuses féministes intéressantes refusent de prendre leurs responsabilités intellectuelles, il reste peu d’espoir pour le journalisme en général….
    En tout cas , je n’ai plus du tout envie de la lire maintenant ! Elle perd une lectrice, tant pis pour elle !

  5. Bonjour à vous,

    « Convaincue de la bonne foi de mon intérlocutrice… » Mais attendez là on parle de crêpe georgette! Elles et ses copines dégénérées (euh déchainées pardon) pillent régulièrement toutes les sources qu’elle peuvent recopier allègrement ou pire encore travestir en un contenu qui colle à leur idée.
    J’ai moi même été à l’initiative cet été d’un petit projet supposé encourager les victimes d’agression à approcher la machine judiciaire par le biais de quelques témoignages sur l’accueil des victimes. Malheureusement les déchainées se le sont carrément approprié et en ont fait un questionnaire completement partial et orienté sensé nous montrer « a quel point la police c’est moche, transphobe, homophobe, et raciste et comme il ne faut pas porter plainte »
    Ca c’etait pour l’exemple.
    Enfin bref, c’est honteux ces manoeuvres, et l’antidatage montre bien qu’elle se croit au dessus de tout et propriétaire de ce qu’elle sait ne lui appartenant pas (bein, pourquoi cacher le pompage sinon?).
    Elle n’est rien de plus qu’un faussaire bénéficiant d’une tribune peu informée, qui malheureusement aborde des sujets important plus par désir de reconnaissance et de popularité que par souhait d’informer/de reflechir

    Je termine en vous souhaitant une bonne continuation sur votre blog que j’ai plaisir à lire, tout particulièrement votre dernier article (moi qui, de formation juridique, appréciais beaucoup badinter et le voyais comme un humaniste…)
    Bien à vous!

    • (j’ajoute par ailleurs que je lui avais fait part de ce projet avant mise en forme concrete en lui demandant un petit coup de main pour le diffuser, ce à quoi elle m’avait repondu qu’il n’était pas convaincant et qu’elle n’etait pas interessée. Deux semaines plus tard j’étais spoliée. J’ai passé beaucoup moins de temps que vous sur ce projet mais j’imagine bien votre dégout face à une mauvaise foi contre laquelle on ne peut rien!)

    • Mais attendez là on parle de crêpe georgette! Elles et ses copines dégénérées (euh déchainées pardon) pillent régulièrement toutes les sources

      J’ignorais cela.
      J’ai trouvé le coup de l’antedatage tellement… gros, que je suis tombée de ma chaise (bon, peut-être pas ^^ mais je n’en revenais pas. Vraiment).

      J’ai moi même été à l’initiative cet été d’un petit projet supposé encourager les victimes d’agression à approcher la machine judiciaire par le biais de quelques témoignages sur l’accueil des victimes. Malheureusement les déchainées se le sont carrément approprié.

      Ah ouais ? 😮
      Ce n’est pas la première fois que j’entends une histoire de ce genre : je ne sais pas s’il s’agissait de vous ou encore d’une autre personne !

      S’il s’agit donc d’une habitude chez elle, comme vous semblez le dire, j’ai alors vraiment bien fait d’écrire cet article.

      Bon continuation également à votre tumblr ! Pour la peine, je vais mettre un petit lien, tiens.

  6. Et oui c’était moi, d’ailleurs en allant faire un tour chez Daria le génie aigri je viens de me rendre compte qu’ils en ont même fait un site, toujours avec ce questionnaire bidon qui parle de racisme et de transphobie et de haine policière mais qui n’informe/n’aide en rien. Ca fout encore plus les jetons d’aller au commissariat raconter son histoire

    Oui vous avez bien fait de l’écrire, comme le commentaire précédent le signale ce serait trop bête que VOTRE travail passe pour un plagiat (namého!!) des écrits l’imposteur pseudo féministe n°1 du moment!

    Comme me l’a dit très justement mon poto Spermufle (qui appréciera cette familiarité) ce sont les gros poissons qui mangent les petits. Malheureusement on n’y peut pas grand chose, on peut juste être révolté de voir ces gens brandir des valeurs de respect et autres bullshit en lesquelles ils n’ont en fait jamais cru.

  7. Je connaissais vos deux blogs depuis plusieurs années, et je me souvenais très bien de la série « Mythes sur le viol » que j’avais lue avec grand intérêt !
    En voyant le titre du dernier article sur le sujet sur Crêpe Georgette, je me suis simplement dit « ah, chouette, un autre article sur cette notion très intéressante ». Je ne l’ai pas lu, le gardant pour plus tard…
    En voyant le titre de cet article-ci, je suis tombée des nues ! Et encore davantage en le lisant… J’apprécie beaucoup la verve et les opinions de Crêpe Georgette et ne la pensais pas capable d’une telle malhonnêteté… Surtout envers des personnes qui travaillent pour la même cause, et avec tant d’investissement !
    Tout ceci est très triste.

  8. Question bête : les phrases similaires entre les deux articles sont-elles toutes le fruit de traductions ou de résumés d’études publiées en anglais ?

    Je n’imagine pas 36000 façons différentes de formuler les statistiques que tu cites, à part
    « Selon , [X]% des [échantillon] interrogé·e·s [pensent/disent/croient] que [assertion] ».

    • Je pense qu’elle (antisexisme) ne lit pas les résumé d’articles scientifiques, mais les études (c-à-d tout l’article) en lisant les résultats statistiques, qui peuvent être formulés de manière différentes.
      Comme par exemple, les différences entre les groupes sont significatives à .01, si les femmes de l’échantillon pensent massivement que…, les hommes en revanche sont plus nombreux à penser que… etc. Le test gningnin montre … Bref, cette partie fait en général plusieurs pages donc il y a plusieurs types de formulations.
      De plus, si tu relisais l’article ci-dessus, tu verrais que L’autrice souligne une ERREUR de compréhension fondamentale dans le rendu d’un article scientifique. C’est à dire une reformulation ratée (puisque incohérente) d’un résultat statistique.
      Lorsqu’on lit un article scientifique sur ce type d’étude, il y a plusieurs parties, la première présente le contexte théorique (les expérimentation antérieurs les constructions théoriques auxquelles les auteurs se réfèrent etc.) et la problématique traitée dans l’étude, la deuxième décrit la méthodologie utilisée pour l’étude avec les détails, la troisième contient les résultats statistiques détaillés, les tests utilisés, les chiffres précis de toutes les conditions etc. La dernière partie enfin reprend les résultats significatifs d’un point de vue statistique (les seuls qu’on est en droit de discuter, les autres étant considérés comme du à autre chose que les conditions manipulées dans l’expérimentation) et leur donne du sens. C’est à dire que c’est dans cette partie que les auteurs expliquent leurs résultats en fonction de leurs hypothèses théoriques ou si ça va à l’inverse, essayent de proposer une explication qui tient la route. En dernier vient une ouverture, sur les précisions à apportées, les nouvelles voies à creuser etc.

      Lorsque l’on prend la peine de lire les articles scientifiques, ce qui est une démarche plus sérieuse, ont est plus nuancé dans les résultats et on NE fait PAS de contresens grossiers sur les résultats obtenues car on connaît toutes les facettes de l’expérimentation (en tout cas ce que les auteurs ont bien voulu livrer, mais normalement c’est suffisant).

      C’est ce qui différencie une démarche de vulgarisation sérieuse et crédible, d’un resuçage superficiel. Je suis désolée mais c’est important. De mon point de vue en tout cas, moi je lis les articles et honnêtement ce n’est pas la même chose que de lire les « résumés ». Pourquoi pas se contenter du titre des études, en général le sujet et les résultats sont présentés de manière sensationnelle et exagérée. Ça permettrait de gagner du temps, pourquoi s’embarrasser d’honnêteté et de rigueur intellectuelle, c’est pour les ploucs.

      Bref, je pense que la manière dont on se comporte au niveau moral conditionne sa crédibilité. C’est à dire que je trouve qu’une personne qui plagie ou vole le travail des autres ne peut être considérée comme une personne en qui l’on peut avoir confiance, ni personnellement ni d’un point de vue théorique et politique. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin, on peut carrément mentir et inventer des données tant qu’on y est.

      • Merci Tuxedo,

        En effet, je lis les articles en entier, et la partie « résultats » y est très détaillée, et ne fait pas quelques lignes.

        Pour être honnête, ça peut parfois m’arriver, exceptionnellement, de citer une étude sur la base d’un résumé. Mais ça reste rare, et en général je n’aime pas trop ça, car en effet, on rate une bonne partie des infos utiles à la compréhension. Je le fais vraiment si le résumé est très intéressant, très clair, et si l’article n’est pas disponible.

  9. C’est assez terrible d’apprendre tout ça. Maintenant je me demande quand même s’il y a réellement des tas de façons différentes de résumer un même article de recherche..? Selon moi, quand on résume les résultats d’une recherche en une ou deux phrases, on le fait toujours plus ou moins de la même manière et c’est donc normal que deux autrices se retrouvent avec des phrases proches, non ?

    • En fait, il faut tenir compte de plusieurs choses :

      – déjà du fait que beaucoup d’études qu’elle cite sont également cités dans mon article. Alors que les « mythes sur le viol » ont été très étudiés en psychologie sociale.
      Déjà, c’est donc très peu probable qu’elle soit tombée comme par hasard sur les mêmes études que moi. Mais soit.

      – Ensuite, les études présentent souvent plusieurs résultats, plusieurs chiffres. Encore une fois, heureux hasard : c’est les mêmes que ceux de mon article.
      Mais encore une fois, soit.

      – Enfin, ses phrases ne sont pas simplement ressemblantes, elles sont très similaires. Il est simplement impossible qu’elle ait écrit des phrases aussi proches, par le hasard.
      Un test à faire : prends un texte en anglais, et essaye d’en faire un résumé de 3-4 lignes. Demande à un-e ami-e de faire de même. Vous n’aurez pas les mêmes phrases. Encore une fois, ce n’est pas possible. Surtout que les tournures en anglais sont souvent différentes de celles en français (utilisation de passif, etc.) et qu’il n’y a pas de traduction mot à mot possible.

      Rien que cette info :

      ELLE : « Une étude anglaise de 2005 montre que 22% des personnes interrogées pensent qu’une femme est partiellement ou totalement responsable de son viol si elle avait des partenaires sexuels multiples et 26% pensent la même chose si elle portait des vêtements sexy. »

      MOI : « Une autre enquête indique que 22% des gens interrogés pensaient qu’une femme était totalement ou partiellement responsable de son viol si elle avait plusieurs partenaires sexuels et 26% croyaient qu’elle était au moins en partie responsable si elle portait des vêtements trop sexy. »

      Peut être dit de manière très différente. « Sexy » a plusieurs synonymes. La tournure « totalement ou partiellement responsable » également.
      Aussi, on note que la structure même du paragraphe est identique. Je cite 22% et 26%, dans la même phrase. D’abord 22, et ensuite 26.

      En gros :
      probabilité de tomber sur les mêmes sources x probabilité d’en tirer les mêmes chiffres x probabilité d’écrire des paragraphes si proches = 0

  10. Je constate que 3 semaines plus tard elle n’a toujours pas commenté l’affaire (alors qu’elle en est sans doute au courant) et que depuis elle ne débarque sur les réseaux sociaux que pour poster des liens vers de nouveaux articles. Comportement étrange de la part de quelqu’un qui d’habitude surveille la moindre personne citant son blog et réagit dans la journée à toutes les critiques qui lui sont adressées… Cela devrait faire méditer ceux qui la soutiennent.

    Merci des informations et bon courage pour la continuation de ton excellent travail !

  11. Toujours pas de nouvelles de cette fameuse Valérie ? Elle a coupé les commentaires sur son site et elle ne tweete plus (sauf lien vers son site) depuis la révélation de cette affaire.

    Les tweets lui demandant des explications restent sans réponse… « Comme par hasard ». Elle va devoir continuer de rester silencieuse ou espère revenir un peu sur les devants d’ici quelques temps, mais tout le monde lui tombera dessus, personne n’oublie ce genre de choses, surtout dans notre milieu (blogosphère féministe).

  12. Bonjour,

    tout d’abord je tenais à dire que ce n’est pas juste de s’inspirer fortement du travail de quelqu’un sans le citer, nous sommes tous parfaitement d’accord sur ce point.

    mais personnellement je ne connaissais que le blog de crêpe georgette jusqu’à hier soir, et ai appris l’existence du tiens parce que cette histoire a été partagée sur twitter, et tant mieux puisque ça me fera de la lecture.

    je voulais ajouter, et j’espère que tu ne le prendras pas mal, que j’ai de la peine à comprendre les gens qui disent qu’ils ne liront plus crêpe georgette ou qui ont décidé de lui faire la guerre, etc. car pour ma part j’ai souffert de violences et autres choses, et son blog (ainsi que d’autres) m’a beaucoup aidé à comprendre ce qui m’était arrivé.

    ce que je veux dire c’est que, évidemment ce n’est pas juste pour toi, mais c’est d’une certaine façon super qu’elle ait une certaine visibilité et qu’elle en profite pour parler de ces sujets là. même si ça craint qu’elle ne cite pas les autres … idem pour le sondage à propos de l’accueil des victimes.

    je veux juste dire par là que l’internet est vaste, et que je n’aurais sûrement rien su sur les mythes autour du viol autrement que par son blog. mais que du coup elle devrait te citer, pour que l’on ait tous accès à toutes ces informations qui sont importantes pour notre culture.

  13. Merci pour ton article sourcé. On voit aux nombres de sources (et combien en anglais !) le travail conséquent que cet article a pu demander. Il est basé sur tellement de recherches (et peu d’opinion), ce qui en fait d’une source tout à fait valable pour démarrer un mémoire de master psychologie sur le sujet (il manquerait qu’un sujet clinique particulier et le mémoire est fait !) . Le travail de sources est peu demandé sur le net et c’est bien dommage, car c’est ce qui entraîne le type de dérive dont tu fais part. J’espère que tu ne cesseras pas ton travail, car sa qualité est relativement incomparable sur la toile et peut accompagner les néophytes autant que les professionnelles des secteurs médico-psychologiques sur les problématiques graves qu’entraînent les abus sexuels. Il peut permettre de retrouver bon nombre d’articles et de tenir tête à quelques professeur-e-s misogynes qui séparent les pathologies des causes, n’ayant que peu de connaissance sur le féminisme. Bref, les personnes voulant effectuer un travail sérieux sur les « mythes sur le viol » trouveront dans ton article les arguments et les connaissances nécessaires.

    Merci pour ton sérieux, merci pour ton travail, et je compatis à ta mésaventure.

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