L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – le sourire

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Un grand merci à Pimprenelle pour ses relectures attentives et ses corrections.

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Conclusion

De l’altruisme des femmes

L’empathie, une émotion altruiste et féminine

EmpathyOn peut tenter de définir l’empathie comme étant une réponse émotionnelle orientée vers autrui et provoquée quand on perçoit l’autre dans le besoin1. Elle inclut des sentiments de sympathie, de compassion et de tendresse. En général, on distingue deux grandes composantes de l’empathie : l’empathie émotionnelle/affective et l’empathie cognitive2–4. L’empathie émotionnelle peut se définir comme étant le fait de ressentir les mêmes émotions qu’autrui et d’avoir une réaction émotionnelle de type compassionnel face à ses expériences. L’empathie cognitive consiste à reconnaître et comprendre les sentiments d’autrui et à se mettre à sa place.

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L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – l’infantilisation et la sexualisation

Betty Boop

Betty Boop est un personnage aux caractéristiques très enfantines : grosse tête, grand front, grands yeux, sourcils hauts, petit nez, petite bouche pulpeuse, menton minuscule. Elle ressemble presque à une sorte de bébé sexualisé

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Conclusion

La jeunesse comme idéal

C’est un fait bien connu : une femme est belle si elle est jeune. Il existe une différence moyenne d’âge au sein des couples hétérosexuels, la femme étant généralement plus jeune que son conjoint. Cette différence est presque universelle, puisqu’une étude a montré que, dans les années 1990 et 2000, l’homme était en moyenne plus âgé que sa conjointe dans 201 pays sur 2021. En France, en 1999, les hommes en couple avec une femme avaient en moyenne 2,6 ans de plus que leur conjointe2. Dans 70% des cas, l’homme était né au moins l’année avant sa compagne, alors que la situation inverse n’existait que dans 20% des cas ; dans 10% des couples hétérosexuels, les deux partenaires étaient né∙e∙s la même année. Dans environ 6% des couples, l’homme avait au moins 10 ans d’écart avec sa compagne (la situation inverse représentait moins de 1% des couples). Notons néanmoins que la différence moyenne d’âge entre partenaires hétérosexuels s’est réduite entre les années 1950 et 1990 (mais les écarts d’âge importants ont été en progression)2.

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L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – une mobilité réduite

femme montagne

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Conclusion

Comme je l’ai dit en introduction de l’article précédent, le mythe de la beauté participe à la réduction de l’espace disponible pour les femmes. Cette réduction de l’espace présente deux aspects : 1. un espace personnel réduit (mis en exergue par un idéal de minceur) 2. une exploration de l’espace rendue difficile. Le premier aspect a déjà été traité, et cet article va donc parler de la valorisation d’une mobilité réduite chez les femmes.

Les femmes, notamment à cause du harcèlement de rue et de la peur des violences (notamment sexuelles), réduisent leurs mouvements dans l’espace public (voir par exemple :  le genre et l’espace, les mythes sur le viol et la liberté des femmesune ville faite pour les garçonsla ville durable creuse les inégalités ou encore la ville à l’épreuve du genre). Or les normes de beauté s’opposent également à l’exploration de l’espace par les femmes.

En effet, quel accessoire représente le plus la sensualité que les talons aiguille ? Et quelle tenue exprime plus la féminité que la jupe ? Nous verrons que ces accessoires de la féminité ont des effets néfastes sur la mobilité des femmes.

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L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – une faible occupation de l’espace

Brienne de Torth

Brienne de Torth, une guerrière à la carrure impressionnante (l’actrice qui l’interprète dans la série fait 1m91), aux grandes mains et aux membres musclés, n’est pas une héroïne habituelle… Elle est d’ailleurs décrite comme très laide dans les livres et la série A Game of Thrones.

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Conclusion

J’ai écrit il y a quelques années déjà un article sur le genre et l’espace qui démontrait qu’occuper beaucoup d’espace est un attribut des dominants. Les puissants et les riches ont de grandes maisons, des grosses voitures, de grands bureaux. On leur laisse également plus d’espace personnel et on se tient éloignés d’eux. Les dominé·e·s libèrent de la place aux dominants quand ces derniers s’approchent d’eux, s’écartant et leur laissant spontanément un plus grand espace personnel. J’ai montré dans cet article que les femmes ont droit à moins d’espace que les hommes : elles ont de plus petites voitures, elles adoptent des positions plus repliées (jambes et bras croisés) que les hommes qui, eux, s’étalent. On laisse aux femmes moins d’espace personnel et on les touche plus fréquemment. Enfin, le harcèlement dans la rue est un moyen de contrôle des femmes par les hommes, qui se sentent par conséquent moins libres de se mouvoir et d’explorer l’espace public. J’expliquai que cette différence dans l’occupation de l’espace, loin d’être anodine, était révélatrice du statut subordonné des femmes par rapport aux hommes.

Cette occupation réduite de l’espace comprend donc deux aspects : un espace personnel réduit (le corps féminin lui-même doit occuper une petite « bulle d’espace »), et une exploration de l’espace public rendue difficile. Je montrerai comment le mythe de la beauté participe lui aussi à cette réduction de l’espace des femmes, et les deux aspects seront abordés dans deux articles différents. Dans celui-ci, j’expliquerai comment une femme considérée comme « belle » et « sexy » se doit de prendre le moins de place possible avec son corps.

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L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – Introduction

Jeune fille à la boîte de poudre

Jeune fille à la boîte de poudre, tableau de Lotte Laserstein

Cet article était à l’origine censé être une simple introduction à un article très long, faisant partie de la série sur l’objectivation sexuelle. J’ai décidé de le fragmenter pour une lecture plus aisée, et d’en faire une série d’articles sur l’impuissance comme idéal de beauté des femmes

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Conclusion

 

L’importance de la beauté pour les femmes

Les femmes de droiteComme nous l’avons vu dans la partie 1 sur l’objectivation sexuelle, plusieurs théoriciennes féministes ont discuté du fait que les femmes, dans les sociétés patriarcales, sont assimilées et réduites à leur corps. C’est ce qu’on appelle l’objectivation sexuelle. Comme les femmes sont identifiées à leur corps, elles sont essentiellement évaluées en fonction de leur apparence physique, au détriment de leur personnalité ou de leurs compétences. Andrea Dworkin le dit crûment dans son ouvrage Les femmes de droites1 : « l’intelligence [d’une femme] a moins d’importance que la forme de son cul ». Pour les hommes hétérosexuels, l’apparence physique est un critère d’attirance plus important qu’il ne l’est pour les femmes hétérosexuelles2,3. Dès les années 1960-1970, des études de psychologie sociale ont montré que les femmes laides étaient jugées plus négativement que les hommes laids4. Un chercheur concluait en 1970 que « les hommes laids sont perçus comme parvenant à mieux compenser leur laideur que les femmes [laides], c’est-à-dire que si on est laid, il vaut mieux être un homme qu’une femme ». Etant conscientes du fait que la laideur féminine est considérée comme une faute impardonnable, les femmes se préoccupent plus de leur apparence que les hommes. Elles expriment plus d’inquiétude à ce sujet5 et elles considèrent plus que les hommes que leur aspect physique joue un rôle important dans leur bien-être6. Une étude7 montre par exemple que, par rapport aux hommes hétérosexuels, ce qui motive les femmes hétérosexuelles et les hommes homosexuels à faire du sport est de se modeler une belle apparence physique. Au contraire, les hommes hétérosexuels sont plus motivés par l’esprit de compétition.

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ISSN et dons : une reconnaissance de mon travail

Un petit article pour vous annoncer que mon blog a été sélectionné par la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour recevoir un identifiant international normalisé (ISSN) : ISSN 2430-5812.

logo ISSN

Qu’est-ce qu’un ISSN ? Il s’agit d’un numéro international qui permet d’identifier toutes les publications en série (revues, magazines mais aussi blogs et sites web).

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Les femmes, leurs désirs, leur plaisir et leur orgasme

Je suis en train d’écrire un (très) long article sur les idéaux de beauté (qui devrait être bientôt fini). A cette occasion, j’ai fait une digression sur le plaisir sexuel des femmes. Mais, cette digression me semble trop longue pour rester dans un article sur les idéaux de beauté. Je trouve néanmoins dommage de la supprimer et je la publie donc en tant qu’article indépendant.

Shere Hite

Shere Hite a révolutionné la vision de la sexualité féminine avec son rapport (source de l’image)

Le plaisir sexuel reste encore inaccessible à bon nombre de femmes. Si elles sont objectivées sexuellement, elles ne sont pas considérées comme des sujets sexuels à part entière : leur désir serait faible ou inexistant, leur sexualité passive, et leurs plaisir relèverait de la responsabilité de leur partenaire masculin (selon une vision du monde hétérocentrée).

Un difficile accès au plaisir et à l’orgasme

Une enquête de 20051 à très large échelle, portant sur près de 28 000 personnes du monde entier, âgées de 20 à 80 ans, indiquent que les femmes rencontrent plus de difficultés dans leur sexualité. Elles sont plus fréquemment incapables d’atteindre l’orgasme ou d’avoir du plaisir pendant les rapports sexuels. Ainsi, près de 18% des femmes d’Europe du Nord ont du mal à atteindre l’orgasme au moins occasionnellement (dont 3,5% fréquemment) contre 9% des hommes (1,6% fréquemment). En Europe du sud (dans laquelle la France est inclue), on trouve la même tendance : 24% des femmes contre 12% des hommes ont au moins occasionnellement des difficultés à avoir un orgasme (dont 6 et 2% fréquemment). La proportion de personnes ne trouvant pas de plaisir lors des rapports sexuels est du même ordre de grandeur, et encore une fois, les femmes sont désavantagées. Les femmes rencontrent également plus de douleurs que les hommes lors des rapports sexuels (par exemple, 12% des femmes d’Europe du sud rencontrent au moins occasionnellement des douleurs contre 4% des hommes).

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