Les cultures enclines au viol et les cultures sans viol. Les études interculturelles

Partie 1 : les études interculturelles
Partie 2 : le cas de la culture occidentale
Partie 3 : Alcool, fêtes & viol – les fraternités étudiantes aux États-Unis

Je vais commencer une petite série sur les cultures enclines au viol. Je débuterai par le résumé des études d’anthropologie, notamment celles qu’a menées Peggy Reeves Sanday, et qui l’ont conduit à penser qu’il existait des cultures sans viol et des cultures enclines au viol.

femmes Minangkabau

Femmes Minangkabau

L’anthropologue Peggy Reeves Sanday a étudié plusieurs sociétés préindustrielles afin d’établir leur vision du viol, mais aussi de la sexualité et des rapports entre les hommes et les femmes.

En 1982, elle a ainsi publié une première étude interculturelle où elle comparait 156 sociétés du monde entier1. Elle les a classées en trois catégories :

  • Culture sans viol : le viol est rare, voire absent (47% des sociétés étudiées)
  • Culture où le viol est présent, mais où il manque de données sur sa fréquence (35% des sociétés étudiées).
  • Culture encline au viol (18% des sociétés étudiées): culture où le viol est fréquent ; ou est utilisé comme un acte de cérémonie ; ou bien comme un acte pour punir ou menacer les femmes.

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Catharsis, jeux vidéos, pornographie, viol… : quelques mots sur « l’affaire Lara Croft »

Tomb Raider

Aujourd’hui un article, peut-être un peu fourre-tout, mais qui a pour vocation notamment de répondre à l’article de Peggy Sastre et à toutes les réactions du type « Pfff, mais c’est de la fiction, on s’en fiche, ça sert à rien, il y a plus important à faire ! ».

Je voudrais montrer, que non, il n’y a pas un cloisonnement net entre fiction et réalité. La fiction véhicule des idées et des croyances, et ces idées et croyances se traduisent en actes.

Je remercie au passage Alphonsine Chasteboeuf pour ses précisions très intéressantes sur la catharsis. 🙂

 Contexte

JOYSTICK

Le numéro de Joystick où est paru l’article problématique

Je crois que tout le monde est à peu près au courant de la polémique, mais je reprends. Tout commence avec un article de Joystick traitant du prochain opus de Tomb Raider, dans lequel l’héroïne, Lara Croft, est agressée sexuellement. Problème : l’article, qui est quand même imprimé dans un journal grand public, prend le point de vue des agresseurs (fictifs, certes). Sur longues six pages, le journaliste décrit combien il a été pour lui « excitant » de voir l’héroïne se faire « remettre à sa place », « humilier » et « souiller sans ménagement ». La gameuse féministe Mar_lard s’est donc fendu d’un post sur le blog Genre! pour expliquer, tout simplement, en quoi ce genre d’écrit est problématique. Toute une polémique a eu lieu, l’article ayant eu un énorme succès et de nombreux blogueurs ou journalistes ont décidé de donner leur opinion sur « l’affaire ».

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Mythes autour du viol. Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 2 : Les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Dans les articles précédents, nous avons pu voir ce qu’était les mythes à propos du viol (des idées comme « elle n’avait qu’à pas sortir habillée comme ça », « une femme qui dit non, pense oui »…) ainsi que leurs conséquences, individuellement, sur le rétablissement des victimes, et collectivement sur la liberté des femmes. Nous avons également vu comment la croyance en ces mythes peut mener des hommes à violer.

Dans cette 5ème et dernière partie, je vais évoquer la façon dont se transmettent ces idées reçues  délétères.

Magazines

Les médias véhiculent beaucoup de croyances infondées sur le viol

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Mythes autour du viol. Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol.

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 2 : Les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Les mythes sur le viol augmentent la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Les mythes sur le viol et les agressions sexuelles – ces croyances infondées qui transfèrent de l’agresseur vers la victime la responsabilité du viol – non seulement nuisent au rétablissement des victimes, mais en plus, servent de prétextes à limiter la liberté des femmes. Nous allons voir maintenant quelles sont leurs conséquences sur la propension des hommes à violer.

Pour simplifier la lecture de l’article, nous utiliserons deux abréviations :
– RP (« Rape proclivity ») pour « Propension au viol »
RMA (« Rape Myth Acceptance ») pour « Acceptation des Mythes sur le viol »

viol de lucrèce

Le viol de Lucrèce, Titien

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Mythes autour du viol. Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 2 : Les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

Après avoir vu ce qu’étaient les mythes sur le viol, qui y croyaient, et ce qu’ils pouvaient entraîner sur le rétablissement des victimes, nous allons voir comment ils peuvent permettre de restreindre la liberté de toutes les femmes.

femme la nuit

« Une femme ne devrait pas sortir seule la nuit » entend-on souvent.

Des injonctions et des conseils inappropriés

Nous l’avons vu, les mythes sur le viol permettent de blâmer la victime et de déresponsabiliser l’agresseur1.  Ainsi, avec ces mythes (« elle n’avait qu’à pas : sortir seule la nuit/s’habiller comme une pute/boire autant/l’allumer… »), la société demande aux femmes d’éviter d’être violée en suivant certaines règles : limiter ses déplacement, ne pas sortir sans être chaperonné par un homme, toujours avoir l’air chaste et être vigilante, par exemple. Ces mythes sur le viol ne sont donc rien d’autres que des injonctions données aux femmes, leur disant comment se comporter. Des études inter-culturelles ont ainsi prouvé, qu’au niveau sociétal, l’adhésion aux mythes sur le viol est corrélée à des attitudes restreignant le rôle des femmes, qu’on soit aux Etats-Unis, en Turquie, en Israël ou en Allemagne2–4.  Ce sont donc des outils qui limitent la liberté de déplacement des femmes et leur font croire qu’elles sont dépendantes des hommes pour leur sécurité. Cela peut paraître assez ironique, quand on sait que les femmes ont en moyenne moins de chance de se faire agresser dans la rue que les hommes4.

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Les mythes autour du viol et leurs conséquences. Partie 2 : les conséquences pour la victime

Partie 1 : Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 2 : Les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias

depression

Les taux de dépression sont élevés chez les victimes de viol

Nous avons vu dans une première partie quels étaient les mythes sur le viol et qui y adhérait. Les victimes de viol sont les celles qui souffrent le plus directement de ces mythes, qui ont  pour principale conséquence de les blâmer et de déresponsabiliser le violeur1. La responsabilité du viol est donc déplacée du coupable vers la victime.

Ce transfert est typique des agressions sexuelles. Les victimes de vol, par exemple, ne sont pas tenues pour responsables de ce qui leur arrive. Même si elles peuvent se faire légèrement blâmées (« Il n’aurait pas du transporté tant d’argent sur lui.»), les implications  sociales ne sont absolument pas équivalentes à celles que vivent les victimes de viol2.

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Mythes sur les viols. Partie 1: Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?

Partie 1: Quels sont ces mythes ? Qui y adhère ?
Partie 2 : les conséquences pour la victime
Partie 3 : Les mythes sur le viol restreignent la liberté des femmes
Partie 4 : Conséquences sur la propension au viol
Partie 5 : Les mythes sur le viol dans les médias 

Ruelle sombre

Contrairement à la légende, la plupart des viols ne sont pas commis par un étranger dans une petite ruelle sombre

 

« Evitez de vous habiller comme des salopes si vous ne voulez pas vous faire agresser »
Michael Sanguinetti, policier canadien

 « Un viol, c’est avec un couteau ou un pistolet »
Ivan Levaï, grand journaliste

 «Tant qu’un homme n’est pas muni d’une arme, d’un couteau ou d’un revolver, une femme peut toujours se défendre »
Catherine Millet, intellectuelle française

Slutwalk

Les Slutwalks sont nées en réaction aux propos de Sanguinetti

Récemment, l’association Osez le féminisme a lancé une campagne contre le viol, dont l’un des principaux objectifs est de lutter contre les idées reçues à propos du viol (« Ce sont surtout les filles provocantes qui sont violées »,  « Le viol est provoqué par la testostérone», etc.)

Ces idées reçues (appelées « rape myths » ou « mythes sur le viol ») et leurs conséquences ont été étudiées par les sociologues et psychologues sociaux. J’ai décidé d’y consacrer un article qui sera divisé en plusieurs parties.

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