L’objectivation sexuelle des femmes : un puissant outil du patriarcat – le regard masculin

Partie 2 : le regard masculin ou male gaze

Partie 1 : définition et concept-clés
Partie 3 : les violences sexuelles, des actes d’objectivation extrêmes et dissociant

oeil

Après une première partie introductive, je vais rentrer dans le vif du sujet et commencer par discuter de la forme d’objectivation sexuelle la plus commune, celle qui passe par le regard masculin. Cette forme d’objectivation est souvent appelée male gaze dans les pays anglo-saxons et consiste à inspecter et évaluer le corps des femmes.

Sur le graphique présenté en introduction, nous nous trouvons donc à la première étape : les expériences d’objectivation sexuelle, qui surviennent quand autrui nous traite comme un objet sexuel.

Graphique résumant les conséquences de l’objectivation sexuelle de l’article Sexual Objectification of Women: Advances to Theory and Research par Szymanski & Moffitt 2011

Graphique résumant les conséquences de l’objectivation sexuelle. Tiré de Szymanski & Moffitt 2011

Le male gaze : une prérogative des hommes qui s’exprime via le harcèlement sexuel

Dans les années 1930 déjà, la psychanalyste allemande Karen Horney remarquait que tous les hommes possédait un « droit socialement sanctionné […] de sexualiser toutes les femmes, indépendamment de leur âge ou de leur statut »1.

Blachman

Blachman est une émission danoise humiliante et misogyne dont le concept est le suivant : deux hommes évaluent le corps d’une femme qui se présente nue devant eux. L’animateur, Thomas Blachman, s’est justifié en disant que « le corps d’une femme aspire à être commenté ».

Ce droit s’exprime quand des hommes inspectent et jugent le corps des femmes. Cette inspection peut s’accompagner de commentaires évaluateurs ou sexuels2–4, qui tendent d’ailleurs à être dénigrants quand ils sont adressés à des femmes racialisées3. Le fait d’examiner et de commenter à haute voix le corps des femmes a été considéré comme étant du harcèlement sexuel par plusieurs auteurices5–7. Le harcèlement au travail et sur la voie publique (le « harcèlement de rue ») ont été ceux qui ont été les plus étudiés par les universitaires, mais ce type de violence peut avoir lieu dans d’autres contextes, par exemple dans les bars et lieux de fête7,8 dans le cadre scolaire9,10, à la plage naturiste11 ou encore à la piscine12.

Le harcèlement sexuel : une expérience banale pour les femmes

Pour les femmes, il est fréquent d’avoir été victime de ce type de comportement, si bien que pour beaucoup, le harcèlement sexuel semble être une part inévitable de leur existence. Dans une étude datant de 1999, 90% des 1990 femmes canadiennes interrogées déclaraient avoir subi au moins une fois du harcèlement de la part d’un inconnu. Dans une enquête de 20005, ce chiffre était de l’ordre de 85% ; par ailleurs 51% des femmes avaient vécu du harcèlement de la part d’une personne connue. Dans une publication de 200813, un tiers des 228 étudiantes interrogées déclaraient subir des sifflements, remarques et des regards déplacés tous les 2-3 jours ou plus souvent, et 41% au moins tous les mois.

Les résultats d’une étude, dans laquelle des femmes et des hommes devaient tenir quotidiennement un journal intime sur le sexisme ordinaire14, montraient qu’entre 20 à 30% des femmes avaient subi, en deux semaines, au moins un acte d’objectivation sexuelle, qui se traduisait notamment par des commentaires de nature sexuelle. Les 10 hommes qui avaient participé à l’étude n’en avaient subi aucun.

Dans un rapport fédéral de 1988, 28 % des fonctionnaires américaines interrogées avaient affirmé avoir subi des regards ou des gestes sexuels non désirés sur le lieu de travail, et 35 % des remarques, blagues ou questions sexuelles, dans les deux années précédentes15. Comme l’indique une enquête similaire datant de 1994, le taux de victimisation reste constant puisqu’à cette date, 29% des femmes fonctionnaires disaient avoir subi des regards ou des gestes sexuels non désirés dans les deux années précédentes16. Dans ces enquêtes, on remarque cependant un progrès au cours du temps puisque les femmes ont tendance à prendre ce type de comportement plus au sérieux. En effet, en 1988, 81% des femmes considéraient que les regards et gestes déplacées étaient du harcèlement sexuel, contre 68% des hommes. En 1994, les chiffres montaient à 91% et 72%, respectivement pour les femmes et les hommes16.

Une étude qualitative de 200217 consistant en 43 entretiens approfondis avec des hommes et des femmes, a permis de mieux comprendre ce que signifie ce male gaze sur le lieu de travail. Il est apparu que, si les femmes considéraient que ce comportement relevait du harcèlement sexuel, les hommes estimaient qu’il s’agissait d’un passe-temps inoffensif. Les interviews révélaient que l’inspection du corps des femmes par les hommes est une tactique pour démontrer leur pouvoir, par leur droit d’évaluer physiquement et sexuellement les femmes ; par ailleurs, les entretiens démontraient également que cette activité est une forme de jeu entre hommes… un jeu où ils jouent avec des objets : le corps des femmes. C’est aussi un moyen d’affirmer sa masculinité et de créer un lien entre hommes, puisque l’évaluation des femmes est souvent faite en groupe. Les interviews des hommes montraient qu’ils ne considéraient pas le ressenti des femmes comme ayant de l’importance dans ce jeu, ce qui dénotait un manque d’empathie certain.

Dans une analyse sur le harcèlement de rue4, basée sur des entretiens avec des femmes de plusieurs pays (Liban, Syrie, France…), Elizabeth Kissling note que les femmes voient ce type de commentaires évaluateurs comme intrusifs, même quand ils sont positifs, tandis que selon les hommes, il ne s’agirait que de compliments. Or, l’autrice montre que ces commentaires évaluateurs vont à l’encontre des normes du compliment : ils sont faits dans un lieu public, à une personne de sexe opposé, une inconnue de surcroit ; ils portent parfois sur des parties du corps sexualisées, non disponibles à l’évaluation publique, et ils ne sont pas toujours positifs. Il ne s’agit donc pas de véritables compliments, et il est donc logique qu’ils mettent mal à l’aise un certain nombre de femmes. Dans tous les cas, ces commentaires, même positifs, ramènent les femmes à leur statut de femme : un corps à juger.

Notons enfin que les hommes qui harcèlent sexuellement les femmes, sont aussi ceux qui ont des croyances problématiques à propos de la sexualité et des violences sexuelles. Ils adhèrent notamment plus aux mythes sur les viols18. Cela indique qu’il existe un continuum entre les violences/objectivations sexuelles, des moins graves (regards et commentaires déplacés) aux plus dramatiques (viol).

Conséquences du harcèlement sexuel

Alors que le harcèlement sexuel est souvent perçu comme quelque chose de bénin, il n’est pas sans conséquence pour celles qui le subissent, selon plusieurs études de psychologie sociale.

Auto-objectivation et honte de son corps

De nombreuses études prouvent que le fait de subir le male gaze induit l’auto-objectivation, à savoir le fait d’adopter un regard extérieur sur son propre corps. Cette auto-objectivation a elle-même des conséquences néfastes : elle crée notamment un sentiment de honte vis-à-vis de son corps.

maillot

Le simple fait de porter un maillot accroît la honte corporelle

En 1998, Fredrickson a montré que le simple fait d’essayer un maillot de bain crée la sensation d’être exposé·e aux regard, même s’il n’y a pas d’observateur extérieur19. Porter un maillot de bain induit donc une plus forte auto-objectivation que le fait de porter un pull. Cette auto-objectivation entraîne un sentiment de honte de son corps et un dégoût de soi chez les femmes, aboutissant à des restrictions alimentaires ; à l’inverse, lors des expériences, les hommes en maillot de bain ne ressentaient pas du dégoût, mais de la timidité. Par ailleurs, le port d’un maillot de bain diminuait les capacités en mathématiques, chez les femmes, mais pas chez les hommes, ce qui pourrait être dû au fait que l’auto-objectivation consomme des ressources mentales. Cette expérience du maillot de bain a été plusieurs fois répliquée20,21. Il a été ainsi confirmé que le fait de porter un maillot de bain induisait une plus forte auto-objectivation, que le fait de porter un pull, en particulier chez les femmes blanches, et que cette auto-objectivation n’était pas sans conséquences (plus fortes émotions négatives, notamment un plus fort sentiment de honte de son corps et une plus forte anxiété, moindres performances en mathématiques, etc.). L’auto-objectivation est visiblement plus forte chez les femmes blanches, cependant, les autres groupes ethniques, ainsi que les hommes, ne sont pas tout à fait épargnés20. Par ailleurs, l’effet négatif d’un regard objectivant sur les performances en  mathématiques a été confirmé chez les femmes dans une autre étude22.

Une étude de 2001 a confirmé que le fait de se sentir regardée avait ce type de conséquences néfastes : des femmes devaient s’imaginer dans des situations centrées sur le corps (plage, vestiaire…) ou non (cantine, maison…)23. Le simple fait de s’imaginer dans des situations où le corps est exposé, rendait les femmes moins satisfaites de leur corps, et diminuait leur estime corporelle, ainsi que leur estime de soi.

Un article de 2004 relate une expérience permettant d’estimer plus spécifiquement l’effet de l’anticipation du male gaze sur 104 femmes24. On indiquait à ces femmes qu’elles allaient devoir interagir, soit avec un homme, soit avec une femme. Elles devaient ensuite remplir un questionnaire. Les femmes qui s’attendaient à interagir avec un homme ressentaient, de manière significative, un plus fort sentiment de honte vis-à-vis de leur corps, et une plus forte anxiété physique sociale (c’est-à-dire qu’elles percevaient négativement leur corps et s’inquiétaient des réactions d’autrui à ce propos), que celle qui pensaient qu’elles allaient rencontrer une femme. D’autres études ont montré que les femmes qui avaient subi le plus de regards déplacés, de remarques sexuelles ou encore d’attouchements, étaient celles qui adoptaient le plus un regard extérieur sur leur corps (auto-objectivation) ou qui ressentaient le plus de honte par rapport à leur corps13,25.

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Les compliments sur l’apparence ont un effet négatif sur l’image corporelle. Issu du Projet Crocodiles

Par ailleurs, il a été montré que, bien que les compliments sur l’apparence améliore l’humeur des femmes à qui ils sont adressés, ils renforcent chez celles qui ont déjà tendance à s’auto-objectiver leur sentiment de honte par rapport à leur corps et leur perception d’être un objet sexuel (auto-objectivation)26. Une autre étude a montré que les compliments sur le physique, encore plus que les critiques, poussaient les femmes à surveiller plus attentivement leur corps, et à les rendre plus insatisfaites de leur apparence physique27. Par ailleurs, plus les femmes prenaient mal les critiques, ou plus elles appréciant les compliments, plus elles surveillaient leur corps et en étaient insatisfaites.  Ainsi, tout ce qui attire l’attention sur l’apparence physique,  y compris les compliments, surtout s’ils font plaisir à la personne à qui ils sont adressés, peut avoir des conséquences négatives sur l’image corporelle. En effet, les commentaires – positifs ou négatifs – qui sont faits aux femmes à propos de leur apparence physique servent à leur rappeler que leur corps est soumis constamment à évaluation.

Enfin, les femmes fréquemment victimes de harcèlement par un inconnu (dans la rue, un bar, un magasin…) ont de plus fort niveau d’auto-objectivation13.

Sentiment d’insécurité et peur du viol

Le harcèlement de la part d’un inconnu augmente la peur du viol4,5,13. Ce type de harcèlement réduit le sentiment de sécurité des femmes lorsqu’elles marchent seules la nuit, lorsqu’elles utilisent les transports en commun, qu’elles sont seules dans un parking ou encore, lorsqu’elles sont seules à la maison5. Des recherches précédentes ont par ailleurs montré que la peur du viol induit une restriction de la liberté de mouvement des femmes, qui évitent alors de sortir la nuit ou de s’aventurer à certains endroits28.

Peur du viol

Le harcèlement augmente le sentiment d’insécurité

Une étude qualitative4 montre que les commentaires, mêmes non menaçants, effraient les femmes à qui ils sont adressés. L’autrice fait remarquer que la plupart du temps, les femmes admettant être effrayées par le viol sont ridiculisées par les hommes, voire par les femmes ; pourtant, la violence des hommes est imprévisible, et les commentaires sexuels peuvent être donc perçus comme des menaces. Il n’est donc pas important de savoir si le harcèlement sexuel est conscient ou inconscient, intentionnel ou non, banal ou exceptionnel : le fait est qu’il est expérimenté par les femmes comme violent et intimidant. L’autrice en conclue que dans un contexte où les femmes ont peur du viol, le harcèlement sexuel dans l’espace public a pour fonction de créer un environnement de terrorisme sexuel. Selon elle, le terrorisme sexuel se manifeste de différentes façons : viol, inceste, harcèlement sexuel au travail, violences conjugales, etc. Ces comportements ne sont pas seulement des produits d’un système de terrorisme sexuel, mais reproduisent aussi activement ce système. De la même façon, le harcèlement sexuel dans l’espace public n’est pas seulement une conséquence d’une culture de terrorisme sexuel : il est aussi un facteur de création de cette culture.

Carrière professionnelle et bien-être au travail

Le harcèlement sexuel au travail a des conséquences désastreuses en termes de carrière et de bien-être. Il diminue la satisfaction au travail et le bien-être physique29,30. Une étude de 1997 portant sur 447 femmes a montré que celles qui avaient subi des niveaux de harcèlement sexuel faible, modéré ou élevé rencontraient plus souvent certains problèmes psychologiques (sentiment de malaise, insatisfaction au travail, symptôme de stress post-traumatique…) que les femmes qui n’avaient pas connu aucun harcèlement sexuel31. Cette étude a démontré qu’être exposée au harcèlement sexuel au travail, même de manière modérée, avait des conséquences très importantes sur le bien-être. Par ailleurs, elle a montré que le harcèlement sexuel avait toujours des  effets négatifs, même quand les victimes n’avaient pas considéré que ce qui leur était arrivé relevait du harcèlement sexuel. Ce dernier résultat a été corroboré par une autre étude de 199932.

Sentiment d’impureté

Les femmes ayant été objectivées peuvent se sentir moralement impures, ce qui se traduit notamment par un désir de se laver

Les femmes ayant été objectivées peuvent se sentir moralement impures, ce qui se traduit notamment par un désir de se laver

Les femmes ayant été objectivées, via des commentaires ou des attitudes se focalisant uniquement sur leur apparence, peuvent se sentir salies et moralement impures, ce qui se traduit notamment par un désir de se laver33. Ce sentiment d’impureté émerge uniquement si les victimes se sentent responsables du traitement dégradant qu’elles ont subi.  Par ailleurs, une autre étude a montré que des femmes, pensant que leur corps était examiné par des hommes, limitaient leur présence sociale en prenant moins de temps pour se présenter34. Or le sentiment d’impureté crée l’envie de sa cacher et de se rendre invisible28. Cela pourrait donc expliquer pourquoi des femmes qui ont le sentiment d’être regardées prennent moins longtemps la parole

Habillement

Notons également que le regard masculin envers le corps des femmes sert de mètre étalon à l’habillement féminin. Le corps des femmes doit être soit montré, soit caché. Les femmes sont invitées à porter des tenues mettant en avant la forme de leur corps, en particulier leur taille. Décolleté, dos-nus, haut moulant, jupe plus ou moins courte, talons-aiguilles qui font ressortir les fesses et les seins… : autant de vêtements qui dévoilent les formes du corps des femmes et qui sont considérés comme féminins. On dira ainsi d’une femme portant des vêtements amples qu’elle est « habillée comme un sac » et qu’elle est peut attirante car peu féminine. Mais on demande aussi aux femmes de ne pas trop se dévoiler, au prétendu risque d’être « vulgaire » et d’exciter la libido des hommes.

talon

Les talons aiguilles modifient la posture et mettent en relief des parties sexualisées du corps, notamment les fesses et les seins. Adapté de Hyperbate

Entre assez montrer et ne pas trop montrer, l’équilibre n’est pas toujours facile à trouver pour les femmes. Dans un texte intitulé Race, Caste et Genre en France35, Christine Delphy résume bien cette problématique :

vetementsComme le remarquait dans une interview Samira Bellil quelques mois avant de mourir, l’obsession des uns de nousvoiler n’a d’égale que l’obsession des autres de nous dénuder. Ces deux obsessions ne sont que deux formes symétriques  de la même négation des femmes : l’une veut que les femmes attisent le désir des hommes tout le temps, tandis que l’autre leur interdit de le provoquer. Mais dans les deux cas le référent par rapport auquel les femmes doivent penser et agir leur corps reste le désir des hommes. Ce que le foulard dévoile, c’est que le corps des femmes, dans cette ère prétendument libérée,  n’est toujours pas un corps à soi — un corps pour soi.

Fredrickson et Roberts suggère que le port de vêtements amples puisse être une stratégie utilisée par les femmes pour dissimuler leur corps et échapper à l’objectivation sexuelle1. A l’inverse, les vêtements moulants et peu couvrants serviraient à placer les femmes sur la scène de l’objectivation. Les environnements où les femmes sont tenues de mettre en avant leur corps – souvent via un uniforme – sont clairement objectivant36. Par ailleurs, porter de tels vêtements peut favoriser l’auto-objectivation, comme on l’a vu précédemment avec l’expérience du maillot de bain20,21,37. Corroborant cela, une étude a démontré que dans les salles de fitness, les femmes qui portaient des vêtements moulants, accordaient plus d’importance à leur apparence et surveillaient plus leur poids, que les femmes qui portaient des vêtements amples38.

Un regard qui fragmente

Des chercheurs ont plus spécifiquement étudié comment se caractérisait ce male gaze, et ont pu démontrer que les femmes sont regardées littéralement comme des objets, c’est-à-dire de manière fragmentée. Cela est bien expliqué sur le blog d’Olivier Klein, chercheur en psychologie sociale à l’Université Libre de Bruxelles et à l’Université de Mons, qui a travaillé là-dessus.

Nous ne regardons pas de la même façon les personnes et les objets. Les visages39 et les corps humains40,41 sont regardés comme un tout, et non pas comme un ensemble de parties. Ils font l’objet d’un traitement visuel configural : nous prêtons attention aux relations spatiales entre les différents éléments qui le constituent. Par exemple, pour identifier un visage, nous n’allons pas simplement nous concentrer individuellement sur le nez et les yeux, mais nous allons également analyser comment les yeux sont placés par rapport au nez. A l’inverse, un objet est regardé analytiquement : seuls les éléments un à un permettent d’identifier l’objet, tandis que les relations spatiales entre ces éléments sont négligées. Pour identifier une maison, par exemple, nous allons remarquer les éléments qui la constituent (un toit, une porte, des fenêtres…), mais la façon dont ces éléments sont placés les uns par rapports aux autres ne vont pas aider à la reconnaissance de l’objet.

Obama

A l’envers, ces deux images du visage d’Obama, vont vous paraître relativement similaires… mais à l’endroit vous allez vous rendre compte que l’une est particulièrement étrange ! Normal : on distingue plus facilement les visages à l’endroit qu’à l’envers.

En inversant une image, il est possible de distinguer un traitement visuel configural d’un traitement analytique39 : normalement, un visage ou un corps humain sera plus difficilement reconnaissable à l’envers qu’à l’endroit (traitement visuel configural), ce qui ne sera pas le cas d’un objet (traitement visuel analytique). Or, une expérience de 201242 a démontré que l’image d’un corps de femme sexualisée sera aussi facilement reconnue à l’envers qu’à l’endroit. A l’inverse, la photo d’un homme sexualisé est plus difficilement reconnue à l’envers qu’à l’endroit. Cela signifie donc que les femmes sont perçues comme des objets tandis que les hommes – même sexualisés – sont perçus comme des personnes. Notons que dans cette étude, aucun effet du sexe des participant·e·s n’avait pu être détecté, ce qui signifie que les femmes adoptaient elles-mêmes ce regard objectivant sur le corps d’autres femmes sexualisées.

Une autre méthode pour distinguer un traitement analytique d’un traitement configural est de déterminer si un élément, d’un objet ou d’une personne, est plus facilement reconnu dans son contexte, ou hors contexte43. L’élément d’un objet sera reconnu de la même manière dans les deux cas. Par exemple, une porte sera tout aussi facilement reconnue si elle est présentée seule que dans son contexte (une maison). A l’inverse, l’élément d’un corps ou d’un visage sera plus difficilement reconnu hors contexte : un bras seul sera plus difficilement identifiable qu’un bras représenté avec le reste du corps. Cela confirme l’idée que l’on reconnait les objets en identifiants les différents éléments qui les composent, tandis que l’on identifie les personnes en examinant l’ensemble des éléments, et comment ils sont agencés entre eux.

Tête d'une femme lisant, de Picasso

Tête d’une femme lisant, de Picasso. 1906

Pourtant, selon une autre étude de 201244, les parties habituellement sexualisées  (la poitrine et la taille) d’un corps féminins (lui-même non sexualisé dans l’étude), sont plus facilement reconnues quand elles sont présentées seules, que quand elles sont représentées avec l’ensemble du corps. L’inverse est vrai quand il s’agit de parties d’un corps masculin. A nouveau ce résultat suggère que, contrairement au corps des hommes, le corps des femmes est perçu comme un objet – aussi bien par les hommes que par les femmes – puisqu’il est identifié via ses parties sexualisées. Le fait que les femmes elles-mêmes adopteraient un regard objectivant sur les corps féminins pourrait être dû à la représentation objectivante des femmes dans les médias : les femmes finiraient par intégrer ce male gaze. Au final, cela corrobore bien la théorie de l’objectivation, telle qu’elle fut énoncée par Fredrickson et Roberts37 : les femmes, à force d’être objectivées, finiraient par se considérer elles-mêmes comme des objets sexuels (auto-objectivation).

Une dernière étude45 a cherché à déterminer ce qui pouvait déclencher un regard objectivant. Des hommes et des femmes ont dû regarder des images de femmes habillées, en se concentrant soit sur leur personnalité, soit sur leur apparence. Par ailleurs, le physique des femmes représentées variait et entrait plus ou moins dans les idéaux de beauté. Dans une interaction avec autrui, le visage est visualisé en premier ; puis le regard va sur le reste du corps mais revient régulièrement vers le visage par la suite, si bien que le visage est plus souvent regardé que le reste du corps46. C’est la différence entre le temps passé à regarder le visage et les parties sexualisées qui a été examiné, ainsi que le temps qu’il a fallu aux participant·e·s pour commencer à regarder les parties sexualisées (taille et poitrine) du corps, après avoir visualisé le visage. Il a pu être ainsi montré que les participant·e·s regardaient plus longtemps la poitrine et la taille, quand iels devaient se concentrer sur leur apparence, que lorsqu’iels s’intéressaient à leur personnalité. Cela était particulièrement vrai quand le physique de la femme était attirant, selon les normes de beauté en vigueur. Cette étude – contrairement à celles citées précédemment – a pu détecter un effet du sexe des participants, puisque les hommes adoptaient un regard plus objectivant : en effet, ils regardaient plus rapidement la poitrine après la visualisation du visage. Enfin, les hommes jugeaient plus positivement les femmes considérées comme belles, même quand ils devaient prêter attention à leur personnalité, tandis que les femmes ne faisaient pas de différence. Cela signifie que les hommes distinguent toujours les femmes en fonction de leur apparence, même quand ils sont censés se concentrer sur leur personnalité.

Un regard omniprésent qui s’étend aux médias

Le male gaze  ne reste malheureusement pas confiné aux cerveaux des hommes. Publicités, clips, films…. les médias nous imposent partout d’adopter ce point de vue objectivant.

Quelques chiffres issus d’études quantitatives

Voici quelques chiffres issus d’études, permettant de donner une indication sur l’étendue du male gaze dans les médias.

killingus

Killing Us Softly 4: Advertising’s Image of Women, un film de Jean Kilbourne qui a été l’une des premières à analyser et dénoncer le sexisme de la publicité. Pour voir le film, cliquez sur l’image

Dans une étude de 200847, environ 2000 publicités, tirées de magazines et représentant des femmes, ont été analysées. Un peu plus de la moitié d’entre elles dépeignaient les femmes comme des objets sexuels. Un peu moins de 10% des femmes étaient présentées comme des victimes, et 73% de ces victimes  étaient également représentées en objet sexuel.  Les auteurs de l’étude suggèrent que ces représentations de femmes, à la fois sexualisées et victimes,  ont pour conséquence d’associer sexualité féminine et douleur, et donc de banaliser et érotiser les violences contre les femmes.  Dans une étude de 199848 portant sur 505 publicités télévisuelles, les femmes étaient représentées comme des objets sexuels dans 20,8% des cas (contre 9% pour les hommes) ; dans 12% des publicités, elles étaient au moins partiellement dénudées, et dans 8% elles adoptaient une attitude sexuelle. Enfin, il a aussi été montré que les femmes sont plus souvent représentées de manière fragmentée (seulement une ou plusieurs parties du corps sont représentés) que les hommes49.

Au cinéma ce n’est pas mieux : un rapport50 portant sur les 500 films les plus regardés entre 2007 et 2012 montre que les femmes ne représentent que 28,4% des rôles parlants. Par ailleurs, parmi les films de 2012, 31,6% des personnages féminins portaient une tenue à connotation sexuelle (contre 7% des hommes) et 31% étaient au moins partiellement dénudées (contre 9,4% des personnages masculins). Enfin, entre 2007 et 2012, il y a eu une augmentation de 22% et de 32,5% des scènes présentant une adolescente en tenue sexy ou dénudée, respectivement.

Les femmes à la télévision ont plus de chance, que les hommes, d’être habillées de manière provocante51. Il a été montré en 1995, que dans les séries télévisées pour enfants ou adolescents, 11,5% des dialogues en rapport avec la sexualité sont des évaluations de personnages masculins sur le physique de femmes52. Par ailleurs, une analyse datant de 199753, portant sur 81 épisodes de séries américaines a démontré que le corps des femmes y  était souvent objectivé et l’objet d’insultes ou d’allusions sexuelles. Environ 84% des épisodes contenaient du harcèlement sexuel, et un épisode contenait en moyennes 3,4 incidents de ce type. A peu près 13% des comportements d’harcèlement représentés impliquaient un male gaze : des hommes ou des adolescents examinaient de manière sexuelle le corps d’une femme. Un tiers des actes d’harcèlement étaient des commentaires de nature sexuelle se focalisant sur des parties du corps féminin, en particulier les seins. Ces incidents étaient représentés de manière humoristique, ce qui minimise la gravité du harcèlement sexuel.

Dans les clips musicaux, les femmes portent plus couramment des tenues provocantes que les hommes54–56. Par exemple, dans 182 vidéos analysées en 1992, 37% des femmes portaient des vêtements suggestifs, contre seulement 4,2% des hommes54. Les femmes des clips sont sexuellement objectivées57, servant d’objets décoratifs qui dansent et posent, mais qui ne jouent pas d’instruments58,59.

Le tumblr "Repair her armor" se propose de redessiner les armures ridicules des héroïnes de jeux vidéo et BD

Le tumblr « Repair her armor » se propose de redessiner les armures ridicules des héroïnes de jeux vidéo et BD…

... et le tumbler "Esher girls" de redessiner les héroïnes déformées par l'hypersexualisation

… et le tumbler « Esher girls » de redessiner les héroïnes déformées par l’hypersexualisation

Enfin, les jeux vidéo ne sont pas en reste. Une étude de 200760, analysant des images de personnages dejeux vidéo provenant des magazines de jeux les plus vendus aux USA, a montré que 60% des personnages féminins étaient représentés de manière sexualisée, contre 1% pour les personnages masculins. De plus, environ 39% des personnages féminins étaient légèrement vêtues contre 1% des personnages masculins. Une étude un peu plus récente61 (2010), portant sur 489 personnages issus de 60 jeux, trouve des résultats similaires : les personnages féminins sont sous-représentés et hypersexualisés. Seulement 14% des personnages sont de sexe féminin. Ces femmes sont 41% à être représentés en tenue légère (11% pour les hommes), 43% nues ou partiellement nues (4% pour les personnages masculins) et 25% avec des proportions irréalistes (2% pour les hommes). Environ 40% des personnages féminins sont représentés avec une taille fine, et 26% avec une forte poitrine. Enfin, 16% des personnages féminins portent une tenue inappropriée vue les tâches qu’ils devaient accomplir (par exemple une armure ridiculement peu couvrante), contre 2% des personnages masculins.

Un indice d’objectivation sexuelle : le face-isme

Il existe un autre moyen d’avoir une idée du degré d’objectivation d’une image : il s’agit de l’indice de « face-isme » qui correspond au rapport entre la longueur occupée par la tête et la longueur occupée par l’ensemble du corps.62

A gauche : indice de 0,30. A droite : indice de 0,57.

A gauche : indice de 0,30. A droite : indice de 0,57.

Dès les années 1980, il a été montré que cet indice est généralement plus fort lorsqu’il s’agit d’images d’homme que d’images de femme, que ce soit :

  • dans des magazines ou des journaux62–64
  • sur des portraits et autoportraits des 6 derniers siècles65
  • sur des dessins effectués des étudiants américains des deux sexes65
  • dans des programmes télévisés de première partie de soirée65
  • dans des publicités télévisuelles pour vendre des bières66
  • des photos de professeurs d’Université allemands ou des photos officielles de membres du parlement allemand67
  • des photos de profil sur des sites de réseaux sociaux68

Ainsi, les médias ont tendance à représenter les hommes en mettant l’accent sur leur visage ; à l’inverse, ils mettent en avant le corps des femmes ; ces dernières sont d’ailleurs souvent représentées sans tête62. Cela indique clairement que l’on considère que le corps des femmes les représente, davantage que pour les hommes. Notons néanmoins que dans certains cas (par exemple les photos de profil), ce sont les femmes qui choisissent de se représenter avec un faible indice de face-ism, ce qui indique qu’elles ont-elles-mêmes intégré l’idée qu’elles étaient des objets sexuels.

Par ailleurs, dès 1983, il a été démontré que les personnes représentées avec un fort indice de « face-ism » sont évaluées plus positivement en ce qui concerne l’intelligence, l’ambition et l’apparence physique, que les personnes avec un faible indice62. Ces effets positifs de la mise en avant du visage dans les photographies ont été confirmés ultérieurement69. En revanche, le « body-ism » des femmes (le corps qui occupe beaucoup de place dans les photographies) renforce l’idée que les femmes sont des trophées ou des objets sexuels sans personnalité66.

Effets de ces représentations objectivantes sur l’image corporelle

De nombreuses études montrent que ces représentations objectivantes ne sont pas sans conséquences sur l’image corporelle. Il a été montré que l’exposition à des médias objectivant sexuellement induisait une augmentation de l’auto-objectivation, une surveillance accrue de son corps, un sentiment de honte corporelle et un sentiment d‘anxiété par rapport à son apparence, dans des échantillons constitués de femmes mais aussi d’hommes70–73. Cela semblerait particulièrement vrai pour les personnes ayant une faible estime de soi71. Par ailleurs, les personnes ayant une forte estime d’elles-mêmes, n’ayant pas internalisé l’idéal de minceur, et qui auraient auparavant expérimenté l’auto-objectivation, éviteraient le contact avec de telles médias, afin de se protéger de leurs effets délétères70,71.

Extrait de La domination masculine (2009), par Patric Jean. Exemple de photoshopage à partir de 1min33.

Une étude semble suggérer que l’exposition médiatique dans l’enfance pourrait avoir un rôle particulièrement important74. Une méta-analyse regroupant 77 études75 a confirmé que l’exposition à des médias montrant un idéal de minceur induisait une insatisfaction généralisée des femmes vis-à-vis de leur corps, une internalisation de l’idéal de minceur et des troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie) ; par ailleurs, les femmes qui ont été en contact avec de tels médias s’investissaient plus dans leur apparence physique.

Effets de ces représentations objectivantes sur l’image des femmes et la tolérance aux violences sexuelles

Une étude a démontré que lorsque quelqu’un – femme ou homme – est objectivé sur une image (via une réduction de l’indice de face-ism, voire en enlevant carrément la tête), il est n’est plus tout à fait considéré comme une personne, c’est-à-dire qu’on lui attribue moins de conscience et qu’on considère qu’il mérite moins un traitement moral76. Cependant une autre étude indique que seules les femmes objectivées (mais pas les hommes) sont déshumanisées par les personnes qui les regardent77 ; ces dernières avaient en effet plus tendance à les associer au domaine de l’animal que de l’humain. Par ailleurs, il a été aussi démontré qu’une personne objectivée est considérée comme étant moins compétente, moins intelligente, moins expérimentée, moins chaleureuse, plus immorale et plus passive76,78–80. Une étude81 utilisant la technologie de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) a confirmé ces résultats : face à des images de femmes sexualisées, l’activité du cortex préfrontal médian, impliqué dans l’attribution d’états mentaux à autrui (c’est-à-dire dans le fait d’attribuer à autrui des idées, des désirs, des intentions, des croyances…), diminuait chez les hommes sexistes hostiles (pour en savoir plus sur la différence entre sexisme hostile et le sexisme bienveillant, lire cet article). Notons aussi, que dans cette même étude, les hommes sexistes hostiles associaient les images de femmes sexualisées avec des verbes à la première personne (et non pas à la 3ème), ce qui suggère qu’ils les considéraient comme étant plutôt l’objet de l’action que le sujet.

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Plus un étudiant posséde d’images sexuelles dégradantes de femmes dans sa chambre, plus celui-ci a de chances d’adhérer aux mythes sur le viol.

Il a également été montré que quand des participants avaient vu des publicités représentant des femmes sexuellement objectivées, leur adhésion aux mythes sur le viol augmentait82,83. De plus, une étude84 a indiqué que quand des hommes, même égalitaristes et progressistes, visualisaient des scènes de films où des femmes étaient objectivées (en l’occurrence, dans l’étude, des scènes de 9 semaines ½ et Showgirls), leur perception du viol s’en trouvait modifiée12 : en effet, ces hommes avaient plus tendance à considérer qu’une victime de viol avait du plaisir et qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, par rapport à ceux qui avaient regardé un dessin-animé. Une autre étude a montré que plus un étudiant possédait d’images sexuelles dégradantes de femmes dans sa chambre, plus celui-ci adhérerait à ces mythes sur le viol, et justifierait ce crime85. Notons par ailleurs que les hommes qui adhèrent aux mythes sur le viol ont plus forte propension au viol (voir cet article). Enfin, une étude86 a également montré que quand on exposait des hommes à des images de personnages de jeux vidéo stéréotypés (dont, pour la moitié, des personnages féminins hypersexualisés), leur tolérance au harcèlement sexuel augmentait. A l’inverse, de telles images réduisait la tolérance des femmes au harcèlement, peut-être parce que face à de telles représentations, elles se sont senties particulièrement révoltées contre le traitement qui leur est réservé dans notre société.

Une étude87 a démontré que les hommes qui ont tendance à animaliser les femmes (en les associant spontanément à des termes comme « instinct », « nature », pulsion ») ou à les objectiver (en les associant aux mots « outil », « chose »…) ont plus forte propension au viol.

Les hommes et les femmes déshumanisent et animalisent les femmes objectivées, mais il semblerait néanmoins que les raison qui les poussent à cela diffèrent. En effet, une étude77 suggère que la motivation des femmes est de se distinguer des images objectivées et sexualisées qui les représentent et qu’elles jugent vulgaires et superficielles. Notons que les femmes qui déshumanisent le plus les femmes objectivées sont celles qui ont le plus intégré les normes de beauté, qui ont le plus envie de plaire aux hommes, et qui ont le plus haut niveau d’auto-objectivation88. Il se pourrait que ce soit parce que ces femmes voient leurs paires objectivées comme des corps auxquels se comparer, et non plus comme des personnes humaines. Pour les hommes, il semblerait que ce soit l’attirance sexuelle qui les mènerait à une objectivation et à déshumanisation : au lieu de tenir compte de la personnalité et des qualités humaines des femmes qu’ils jugent sexy, ils ne se focaliseraient plus que sur leur corps. Notons que les hommes déshumanisent les femmes dont ils sont attirés sexuellement, même quand celles-ci ne sont pas représentées de manière objectivante : l’objectivation se produit alors mentalement du fait qu’ils ne se concentrent plus que sur le corps des femmes et en oublient leur personnalité.

Ces résultats indiquent que l’objectivation entraine une déshumanisation des femmes, qui ne sont plus perçues comme étant des personnes à part entière. Ce processus mental permettrait alors à certains hommes d’utiliser les femmes comme une chose dont les désirs et des besoins n’ont pas besoin d’être pris en compte, notamment dans le cadre sexuel.

Conclusion

Les hommes ont un droit socialement toléré, voire encouragé : celui d’inspecter et d’évaluer le corps des femmes. Les femmes sont transformées en objets sexuels par le biais de ce regard, qui les réduit à leur corps, voire à des parties de leur corps. Le male gaze se manifeste par le harcèlement sexuel : regards concupiscents accompagnés éventuellement de commentaires évaluateurs. Ce harcèlement sexuel a des effets négatifs sur le bien-être des femmes : sentiment de honte par rapport à son corps, mal-être et auto-objectivation.

Par ailleurs, les études portant sur le regard ont montré que les femmes sont littéralement vues comme des objets : leur corps n’est pas vu comme un ensemble, mais est démembré visuellement.

Enfin, ce regard objectivant ne se contente pas d’être dans l’œil de certains hommes, mais s’impose à tou·te·s. Il est en effet omniprésent dans les médias : publicités, films, séries, jeux vidéo… Or, être exposé·e à de telles représentations n’est pas sans conséquences. Cette exposition entraîne une insatisfaction des femmes vis-à-vis de leur corps, une augmentation de l’auto-objectivation, et des troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie). Les représentations objectivées des femmes pourraient également donner une image négative de ces dernières aux hommes : déshumanisées, elles n’apparaissent plus comme des personnes à part entière mais comme des choses dont les besoins n’ont pas besoin d’être pris en compte. Être exposé à de telles représentations favorise donc l’adhésion aux mythes sur le viol et augmente la propension au viol.

Pour aller plus loin….

  • Le test de l’objet sexuel (The Sex Object Test). S’inspirant du travail de Martha Nussbaum89 et de Rae Langton90 (voir la partie 1 : définition et concept-clés), Caroline Heldman, chercheuse en sciences politiques, s’est proposé de donner une liste de critères pour déterminer si une image est sexuellement objectivante :
    • L’image ne montre qu’une ou des parties d’un corps sexualisé
    • L’image représente une personne sexualisée comme pouvant remplacer un objet
    • L’image représente des personnes sexualisées comme interchangeables
    • L’image affirme l’idée que l’on peut violer l’intégrité physique d’une personne sexualisée et qui n’est pas en état de donner son consentement
    • L’image suggère que la disponibilité sexuelle est la caractéristique déterminante de la personne représentée
    • L’image représente une personne sexualisée comme une marchandise
    • L’image représente le corps d’une personne sexualisée comme une toile ou un support sur laquelle on peut dessiner et/ou écrire
  • La femme démembrée sur le blog d’Olivier Klein. Un article qui détaille la différence de traitement visuel entre les objets et les visages ou corps humains, et qui revient sur l’indice de face-ism.
  • Le male gaze sur le blog Genre ! Un article qui revient sur le male gaze qu’on nous impose au cinéma, dans la bande-dessinée, dans les jeux vidéo ou encore la publicité

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76.   Loughnan S, Haslam N, Murnane T, Vaes J, Reynolds C, Suitner C. Objectification leads to depersonalization: The denial of mind and moral concern to objectified others. European Journal of Social Psychology. 2010;40(5):709–717. doi:10.1002/ejsp.755.

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78.   Heflick NA, Goldenberg JL. Objectifying Sarah Palin: Evidence that objectification causes women to be perceived as less competent and less fully human. Journal of Experimental Social Psychology. 2009;45(3):598–601. doi:10.1016/j.jesp.2009.02.008.

79.   Heflick NA, Goldenberg JL. Sarah Palin, A Nation Object(ifie)s: The Role of Appearance Focus in the 2008 U.S. Presidential Election. Sex Roles. 2011;65(3-4):149–155. doi:10.1007/s11199-010-9901-4.

80.   Heflick NA, Goldenberg JL, Cooper DP, Puvia E. From women to objects: Appearance focus, target gender, and perceptions of warmth, morality and competence. Journal of Experimental Social Psychology. 2011;47(3):572–581. doi:10.1016/j.jesp.2010.12.020.

81.          Cikara M, Eberhardt JL, Fiske ST. From Agents to Objects: Sexist Attitudes and Neural Responses to Sexualized Targets. Journal of Cognitive Neuroscience. 2010;23(3):540–551. doi:10.1162/jocn.2010.21497.

82.          Lanis K, Covell K. Images of women in advertisements: Effects on attitudes related to sexual aggression. Sex Roles. 1995;32(9-10):639–649. doi:10.1007/BF01544216.

83.          Mackay J. N, Covell K. The Impact of Women in Advertisements on Attitudes Toward Women. Sex Roles. 1997;36(9-10):573–583.

84.          Milburn MA, Mather R, Conrad SD. The Effects of Viewing R-rated Movie Scenes That Objectify Women on Perceptions of Date Rape. Sex Roles. 2000;43(9):645–664. doi:10.1023/A:1007152507914.

85.          Bleecker ET, Murnen SK. Fraternity Membership, the Display of Degrading Sexual Images of Women, and Rape Myth Acceptance. Sex Roles. 2005;53(7-8):487–493. doi:10.1007/s11199-005-7136-6.

86.          Dill KE, Brown BP, Collins MA. Effects of exposure to sex-stereotyped video game characters on tolerance of sexual harassment. Journal of Experimental Social Psychology. 2008;44(5):1402–1408. doi:10.1016/j.jesp.2008.06.002.

87.          Rudman LA, Mescher K. Of Animals and Objects Men’s Implicit Dehumanization of Women and Likelihood of Sexual Aggression. Pers Soc Psychol Bull. 2012;38(6):734–746. doi:10.1177/0146167212436401.

88.          Puvia E, Vaes J. Being a Body: Women’s Appearance Related Self-Views and their Dehumanization of Sexually Objectified Female Targets. Sex Roles. 2013;68(7-8):484–495. doi:10.1007/s11199-012-0255-y.

89.          Nussbaum MC. Objectification. Philosophy & Public Affairs. 1995;24(4):249–291. doi:10.1111/j.1088-4963.1995.tb00032.x.

90.          Langton R. Sexual Solipsism: Philosophical Essays on Pornography and Objectification, by Rae Langton. European Journal of Philosophy. 2011;19(2):327–334. doi:10.1111/j.1468-0378.2011.00478.x.

71 réflexions sur “L’objectivation sexuelle des femmes : un puissant outil du patriarcat – le regard masculin

  1. Je trouve cet article absolument intéressant à beaucoup de points de vue.
    Toutefois j’ai l’impression qu’à tout moment on attribue à l’homme un comportement que la femme a aussi, par rapport au corps de la femme. Il me semble selon votre article que le problème n’est pas la vue qu’à l’homme de la femme mais la vue qu’à l’être humain de la femme (puisqu’encore une fois, si j’ai bien compris l’article, la femme a également le mêmes perceptions d’un corps féminin).
    Dans les études que vous citez, j’ai la sensation que hommes et femmes ont, à la base, les mêmes penchants comportementaux face, entre autre, à ce dont vous parlez: le « traitement visuel configural » et le « traitement visuel analytique ».

    Est-ce qu’il ne serait pas juste de considérer (pour commencer à percer l’abcès de cette sexualisation systématique de la femme) la question dans son ensemble?
    Peut-on s’attaquer à un problème en jugeant l’homme ou la société « responsable » alors qu’il semble que, homme et femme confondu ce n’est qu’un problème de comportement face à des données visuelles qui rendent les homme ET les femmes tout aussi subjectifs face au corps féminin?
    A aucun moment je ne cautionne les abus dont sont victimes les femmes au quotidien. Il me semble juste que cet article tempère la « responsabilité » l’homme (j’écris cela très entre-guillemets) et qu’il serait plus question, à mon sens d’une responsabilité totalement individuelle…! Hommes et femmes confondus. Et que cette égalité face à cette responsabilité ne serait donc pas que culturelle mais qu’il s’agirait plus d’atavismes ou encore quelque chose de plus absolu.
    Ce qui ne rends, encore une fois, à aucun moment ces comportement acceptables. Comme le racisme (qui s’explique du point de vue de la survie de l’espèce – et de fait, pour un primate blanc, le primate noir n’est pas identifier comme l’un des leurs – mais qui, aujourd’hui est, on le sait bien, une totale aberration au vue de notre degré de conscience).

    J’aimerais que vous éclairiez mes lanternes, donc, s’il vous plait.

    • Bonsoir Palemon,
      Je ne suis pas d’accord avec la lecture que vous faites de cet (excellent) article. A aucun moment de l’article il n’est dit que les hommes et les femmes ont le même regard sur le corps des femmes. Au contraire il est ici question de « male gaze », de cette propension du regard masculin à objectiver le corps des femmes.
      Vous éludez le fait que les hommes ne sont pas, ou très rarement, objectivés, et donc ne ne sont pas, ou très rarement, soumis à l’auto-objectivation. De fait si certaines femmes peuvent adopter ce types de regard, ce n’est pas qu’il serait de même nature que celui des hommes, il leur est imposé par l’objectivation qui est faite de leur propre corps, par les hommes justement… Voyez-vous ce que je veux dire ? Si « on » me regarde comme un objet, comme un objet sexuel, j’ai des « chances » de finir par adopter ce regard sur moi, et sur les autres membres du groupes auquel je suis assigné.
      L’explication que vous avancez, si j’ai bien compris, est que l’objectivation sexuelle des femmes serait donc un « atavisme ou quelque chose de plus absolu » à chercher du côté des individus indépendamment de leur classe de sexe… Mais alors pourquoi le corps de l’homme n’est pas également objectivé ? Il y aurait des caractéristiques propres aux corps des femmes qui les prédisposeraient à être objectivés ? Conviendrez vous avec moi que les hommes ne souffrent pas de ce phénomène ? Ils n’en souffrent pas pour la bonne raison que ce phénomène est à leur bénéfice et à leur initiative. Je parle des hommes en tant que groupe social, en tant que classe de sexe au sein du système patriarcal.
      Votre tentative de biologiser cette question, comme l’explication du racisme par le comportement des primates, me semble bien pauvre et désespérée. Le titre de l’article est clair. L’objectivation sexuelle des femmes est en effet un puissant outil du patriarcat, un puissant outil d’oppression. Un outil particulièrement efficace pour maintenir une illusoire différence des sexes et de la hiérarchie qui l’accompagne. Un outil qui provoque beaucoup de souffrance et qui cause de nombreux dégâts latéraux, puisque toutes les femmes y sont soumises, d’une manière ou d’une autre, et que toute tentative pour s’en défendre ou s’en extraire appelle une réponse encore plus violente en retour. Un outil utilisé par les hommes pour asseoir leur domination et faire perdurer l’oppression.
      Voyez-vous, grâce entre autre à des lectures comme celle-ci, j’essaye de changer mon comportement afin de ne plus être complice du système patriarcal. Cette article me remet bien en question, en autre le passage sur les compliments. Je me demande donc quelles attitudes adopter, quelles distances préserver, pour respecter l’intégrité des être humains que je croise, pour ne pas que mes paroles ou mes actes ne leur porte atteinte. Je suis loin du compte, cette article me le rappelle… Alors j’ai le sentiment que se dire que hommes et femmes finalement ont le même regard, sont responsables à égalité de l’oppression des femmes, est une manière de se dédouaner, individuellement pour le coup. Dans un système d’oppression, il y a un groupe oppresseur et un groupe opprimé. Je fais parti du premier, et je ne pense pas que les opprimées soient co-responsables de leur oppression. Ce serait une piètre manière de diluer les responsabilité, voir d’inverser les rôles.
      Je vous pense de bonne volonté, et sans vouloir paraître méprisant, je ne peux que vous inviter à relire l’article, car ce que vous y lisez n’y figure tout simplement pas.
      Cordialement.
      PS : je vous invite également à lire ce texte si vous ne le connaissez pas http://www.tanianavarroswain.com.br/labrys/labrys24/libre/andrea.htm

      • Personnellement, je ne conviens rien avec vous. Je fréquente principalement des filles, je préfère leur compagnie à celle des hommes. Mais j’ai aussi fréquenté des hommes, à une autre époque. Personnellement, je n’ai pas vu de différence, même si « personnellement » n’est pas un échantillon statistique fiable. J’ai vu autant de regards sexualisant de la part des deux sexes.
        Vous dites : «  »Conviendrez vous avec moi que les hommes ne souffrent pas de ce phénomène ? » ». J’ai vu des hommes pleurer parce que leur physique ne convenait pas aux femmes qu’ils fréquentaient. Je sais bien que c’est différent : dans un cas un sentiment désagréable d’attirer, dans l’autre cas, le même sentiment de ne pas attirer. Non, les hommes ne souffrent pas de « plaire » ou d’être « objectivés » ou « sexualisés », mais ils souffrent quand même, ils souffrent du regard féminin qui se pose sur eux, qui les objectivise aussi, mais pas dans le sens « j’ai envie de ce corps », mais « ce corps me dégoûte ». Cela reste de l’objectivisation, il me semble? Bref, je trouve votre commentaire irréaliste.

        • @antisexisme : content de n’avoir pas été hors sujet…
          @Eps : Libre à vous de trouver mon commentaire irréaliste… Je pense que nous ne situons pas nos arguments dans le même cadre de pensée. Cette article présente des études qui mettent en lumière un système. Personne ici n’a dit que les hommes, en tant qu’individu, ne souffrent jamais de plaire ou de ne pas plaire, de leur physique etc… Vous déplacez la question en fait. Prune vous explique fort bien les choses dans sa réponse à votre autre commentaire.
          Les rapports entre les femmes et les hommes, dans notre société patriarcale, sont des rapports de domination et d’oppression, et la classe de sexe des hommes n’a pas d’intérêt à ce que cela change, à part à la marge ou pour peindre d’un verni « égalitaire » des comportements qui reproduisent le même schéma (cf la « libération sexuelle »). Ce que je voulais dire c’est qu’il est extrêmement malhonnête intellectuellement de mettre sur le même plan la souffrance des uns et celles des autres, alors que cette souffrance prend place dans un rapport de force et de pouvoir. Les hommes souffrent du regard des femmes ? Les hommes collectivement, en tant que groupe ? Les femmes se retournent sur nous pour nous siffler ? Des femmes nous adressent des propos vulgaires dans la rue, se collent à nous dans les transports en commun, nous exhibent leurs « parties intimes » ? Les femmes regarde notre braguette quand nous leur parlons ? Au travail, ma directrice me parle en me caressant la jambe ou en me tenant des propos ambiguës et sexuellement connoté ? Mes collègues féminines font des blagues salaces sur des parties de mon anatomie ? Des femmes me suivent dans la rue ? J’arrête là je crois que c’est suffisant, vous jugerez peut être ces exemples irréalistes… Irréalistes ils ne le sont pas pour les femmes qui le vivent quotidiennement, et qui le vivent non pas parce que les relations humaines sont comme ça, mais parce qu’elles sont des femmes, dans cette société là.
          Le féminisme (les féminismes) et ces combats font lentement bouger les choses. C’est l’occasion pour les « être humains nommés hommes » de changer, de refuser de l’être, de refuser de demeurer des acteurs et des complices du patriarcat. Individuellement et collectivement c’est l’occasion de se remettre en cause et d’aller vers des relations humaines, sentimentales, amicales, sexuelles… véritablement justes et égalitaires.
          Face à ce mouvement un homme peut résister, parce qu’il considère que les choses sont bien comme ça et ne doivent pas changer. Il peut pleurnicher sur son sort, se plaindre de souffrir de la liberté des femmes. Ou il peut choisir de refuser d’être un homme, devenir un être humain.
          Eps je me permet de vous inviter à lire cet article http://lesquestionscomposent.fr/toutes-des-salopes-ou-le-mythe-du-mec-trop-gentil/

          • Il me semble que le corps de l’homme et de la femme sont objectivé : l’homme viril, la femme objet sexuel. Toutefois la société définit le rôle de l’homme comme opresseur et le rôle de la femme comme victime. Cela me semble être à juste titre puisque c’est ce qu’on constate, que l’on condamne et que cet article tend à faire changer.

            Je ne pense pas qu’il faille incriminer les hommes collectivement de cette objectivation. La « place de la femme dans la société » est à la fois enseignée par les hommes et par les femmes et réciproquement. La question de la responsabilité des homme me parait engagée individuellement lorsqu’il commettent des actions moralement ou légalement répréhensibles (les actes qui nous paraissent choquant ne sont pas interdits partout voir favorisés).

            Constater cette objectivation est un point de départ pour la combattre même si ça risque d’être particulièrement lent et difficile. Je ne crois pas à un atavisme, mais je pense que « la femme vue comme objet sexuel par l’homme » est un concept qui n’échappe à aucune civilisation (à des degrés divers), au même titre que dans aucune société.

            Une fois posé cette réalité (du regard objectivant la femme, et de son oppression), je pense que faire une lecture victimiste de cet article est un piège. Les exemples qui réussissent d’émancipation des femmes ne sont pas ceux où les femmes sont placées en position de victime, mais bien ceux où elles exprime leur force, leur égalité vis à vis des hommes ou leur supériorité réelle, pas celle vers laquelle on accepte de croire qu’elles peuvent tendre.

            Les femmes sont des victimes certes, plus que les hommes et malheureusement moins que les enfants. En France les violences conjugales (je parle de coups et des morts pas des violences sexuelles) sont, pour deux tiers, la femme battue par l’homme et un tiers l’homme battu (ou tué les proportions sont conservées) par la femme. Le rapport n’est pas 1 à 10 ou 1 à 100, mais 1 à 2. Les victimes des violences familiales sont majoritairement les enfants, victimes fragiles et silencieuses.

            Donc oui, il faut avancer, mais sans ramener éternellement les femmes au statut de victime ou à leur prétendue fragilité.

            • Il me semble que le corps de l’homme et de la femme sont objectivé : l’homme viril, la femme objet sexuel.

              Pourtant les études de psychologie qui portent sur la visualisation (et que j’ai relatées ici et qui sont aussi expliquées sur le blog « Nous et les autres ») montrent clairement que le corps des hommes n’est pas objectivé (même si c’est une image sexualisée d’homme viril avec des tablettes de chocolat)

              Je ne pense pas qu’il faille incriminer les hommes collectivement de cette objectivation. La « place de la femme dans la société » est à la fois enseignée par les hommes et par les femmes et réciproquement.

              Oui, c’est vrai, les hommes (et les femmes) sont éduqués d’une certaine façon qui promeut la domination masculine, et donc il y a une part d' »inconscience » dans le comportement des hommes. Mais une fois que les hommes sont informés (ce que j’essaye de faire par exemple via mon blog), j’estime que leur responsabilité est engagée. Ils ne peuvent pas faire comme si de rien n’était et prendre l’ignorance comme prétexte.

              Les exemples qui réussissent d’émancipation des femmes ne sont pas ceux où les femmes sont placées en position de victime

              Au contraire. Si on efface la victime, il n’y a pas plus de problèmes. L’important est de montrer à qui profite un système et au détriment de qui. Il est important de pointer les injustices.

              • !! Attention, mes propos peuvent paraître choquant du point de vue de quiconque est engagé dans une lutte contre un système dit « d’oppresseur et d’oppressé ». Et pourtant, je les pense réalistes… !! (j’invite à toutes critiques constructives négatives ou/et positives bien entendu)

                Bonjour,

                Bizarrement, en victimisant trop un sujet, on finit par ne plus être écouté… C’est malheureusement bien trop vrai dans beaucoup de cas.

                Et dans une société où l’homme est « roi », ce n’est pas en victimisant la femme que les hommes risquent de changer puisque comme vous le dites si bien, la femme est déjà « rabaissée » au statut d’objet. La femme a déjà un statut « presque institutionnalisé » de victime de cette domination, et cette domination est une conséquence du « système patriarcal » tant cher aux féministes.

                Je vois très bien là où vous voulez en venir et ce que vous défendez, et je suis avec vous à 100%, la société doit changer de mode de pensée. La société est construite autour de l’idée de l’homme comme « dominant ». Hommes ET Femmes sont vecteurs de ce modèle, de génération en génération. C’est donc les femmes mais également et SURTOUT les hommes qu’il faut toucher (puisque la société les considère comme « dominants »).

                La solution pour faire changer le regard des hommes n’est pas, selon moi (simple représentant du genre masculin), de placer la femme en victime « ultime » du système et de la société.
                Car dans les yeux et dans la tête d’un homme éduqué avec la vision occidentale (« homme vs femme », « homme = bleu – femme = rose »; « homme = force et football – femme = empathie et lessive », « homme = travail – femme = enfants », etc…), ce genre d’article apparaît comme « trop long », « victimisant trop la femme et oubliant que l’homme aussi peut-être victime » ou encore comme « du bla bla de féministe »… etc…

                C’est malheureux de devoir dire cela mais pour atteindre un objectif, il faut parfois savoir « passer la pomade »… Et je le répète, c’est malheureux, bien triste, ou tout autre expression qui conviendra à cela…

                (Je me permet de vous citer : « Si on efface la victime, il n’y a pas plus de problèmes. L’important est de montrer à qui profite un système et au détriment de qui. Il est important de pointer les injustices. »
                Personne ne parle « d’effacer la victime » mais plutôt de montrer des exemples de « victimes » ayant vaincues l’oppression. C’est une nuance importante selon moi. Parler des victimes n’a jamais rien apporté sur le long terme. J’ai toujours pensé que parler des contre-exemples qui démontrent que le système en place est caduque fonctionne beaucoup mieux.)

                Mon but n’est absolument pas de provoquer ou de faire dans l’anti-féminisme… Au contraire, c’est simplement un témoignage humble et honnête d’un homme qui trouve dommage que les moyens de communication du féminisme n’aient pas l’effet escompté auprès des hommes.

                Bonne journée à toutes et à tous

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  4. Merci pour ce bel article que je trouve bien écrit et bien documenté.

    J’ai apprécié notamment que tu soulignes d’entrée que l’inspection du corps des femmes n’est pas un phénomène biologique (càd qui aurait affaire à une soi-disant « nature » du sexe masculin) mais bien tout d’abord un phénomène social : les commentaires sur le corps des femmes ça se pratique entre copains avant que ça soit intériorisé et projeté sur autrui même en leur absence. Un homme seul ne ferait jamais de commentaires désobligeants sur le physique des femmes ou ne l’analyserait pas avec une telle insistance s’il ne se pensait pas comme le membre d’une communauté masculine donnée qui le soutient même si elle n’est pas réellement là en ce moment-là.
    Ce fait explique à mon avis 1. pourquoi on peut parler très précisément d’ « objectivation », l’objet étant en l’occurrence « ce » dont on discute dans un rapport de communication entre sujets humains (ici de sexe masculin) 2. pourquoi les femmes ressentent à juste titre ce regard comme quelque chose de diffus, de généralisé et menaçant : chaque « gaze » individuel inclut de fait le « gaze » d’une communauté d’individus avec lequel l’homme a discuté ou discutera à l’avenir.
    Je crois qu’il ne serait pas inutile d’analyser plus dans le détail cet aspect sociologique du male gaze (peut-être l’as-tu déjà fait dans un article précédent ?), cela aiderait à mon sens à répondre à certaines objections que pourrait soulever une approche en apparence trop scientifico-expérimentale à la question.
    Cordialement

    • Merci pour le commentaire !

      Je partage tout à fait l’analyse selon laquelle l’objectivation se pratique en groupe !

      Quant à l’aspect sociologique… c’est sans doute vrai. Mais je n’ai pas tellement réussi à trouver de choses là-dessus (peut-être n’ai je pas tapé les bons mots clé)

  5. Je vous souhaite de réussir dans votre combat! Mais cela me semble impossible. Je suis un homme plutôt sensible, romantique. Les physiques m’attirent, bien sûr, mais ce qui me plaît, c’est ce qui se trouve au fond des gens: leur personnalité, leurs idées, leurs forces, leurs failles. Je suis très pudique. Je ne sexualise jamais une rencontre. Je ne mate pas. Résultat : toutes les filles avec qui j’en discute m’incitent à le faire. Parce qu’un mâle qui est parfait pour votre article, malheureusement, ça plaît peu et ça meurt seul. Je suis conscient de tout le mal que cela entraîne, mais que penser du fait qu’une même femme peut combattre cet état de fait et inciter les hommes à le renforcer? Plus le temps passe, plus je me dis que le principal ennemi du féminisme, aujourd’hui, ce sont les femmes.
    Oui, certaines se sentent légitimement agressées par les conduites masculines, mais oui aussi, la plupart considèrent ces conduites comme de la séduction lorsque l’homme leur plaît, comme du harcèlement dans le cas contraire. Comprenez-vous? Moi je plais, alors on m’incite à séduire, mais si je tente de séduire une fille à qui je ne plais pas, ce sera du harcèlement. Je crois que pour la réussite de votre combat, il faudra résoudre ce paradoxe…

  6. Comprenez-vous? Moi je plais, alors on m’incite à séduire, mais si je tente de séduire une fille à qui je ne plais pas, ce sera du harcèlement.

    Il n’y a rien de paradoxal la-dedans. Il s’agit de prendre l’autre et ses ressentis en question et de ne pas imaginer l’autre comme un objet que l’on utilise. Mais comme un sujet prenant part à une relation à deux.

    Oui quand un homme qui me plaît m’embrasse, je lui rend son baiser, voire si je trouve qu’il ne va pas assez vite à mon gout, je lui demande de m’embrasser, ou je vais pour l’embrasser moi-même (nettement plus rare).
    Par contre, un homme qui ne me plaît pas m’embrasse, et me tient la tête lorsque j’essaye de me dégager (ça m’est arrivé il n’y a pas longtemps) et recommence cinq minutes après, est en train de réaliser une agression sexuelle.
    Un même comportement selon qu’il est souhaité ou imposé de force à des significations différentes. Dans le premier cas il s’agit d’un partage, dans l’autre il s’agit d’un « vol » et même d’une agression.

    Je suis très pudique. Je ne sexualise jamais une rencontre. Je ne mate pas. Résultat : toutes les filles avec qui j’en discute m’incitent à le faire.

    Première chose : La société est normée, et on apprend aux filles que les hommes sont des bêtes en rut et qu’elles peuvent mesurer leur valeurs à l’envie sexuelle qu’elles provoquent chez le sexe opposé. Les filles avec qui vous discutez se contentent tout simplement d’énoncer la norme sociale et de faire du contrôle social en vous disant qu’en tant qu’homme vous devez vous comportez comme une bête en rut.
    Deuxième chose : Une absence de démonstration d’intérêt sexuel peut alors être interprété comme une absence d’intérêt. Vu que c’est la norme, ne pas démontrer d’intérêt sexuel pour une fille peut lui faire déduire qu’elle ne vous intéresse qu’en tant qu’amie sans plus.
    Donc les filles qui vous conseillent de montrer un intérêt sexuel vous incite peut-être simplement en fonction de leur cadre de référence en matière de relation amoureuse à faire preuve de clarté à la limite de la lourdeur. Pour qu’en face il soit bien comprit de quoi il s’agit.
    Troisième chose : Diversifiez vos fréquentations car « toutes les filles » ne pensent pas « toutes » la même chose, et ne disent pas « toutes » la même chose.

    Enfin chacun ses goûts, qui n’a pas connu de relation amicale tendancieuse, ou rien n’est dit franchement et où la tension se met en place tout doucement et crescendo. C’est tellement plus excitant (avis personnel bien sur) que le mec gras et lourd qui fait des sous entendu salace au premier rendez-vous non ?

    Tous les goûts sont dans la nature, il ne faut pas faire de généralisations sur « les femmes » et ce qu’elles attendent « des hommes », c’est inepte. En plus, une même femme évolue dans ses envies tout au long de sa vie donc c’est vraiment très très réducteur.

    • Juste un mot quand même, après cette excellente réponse de Prune, à propos de cette phrase de vous Eps : «  »Plus le temps passe, plus je me dis que le principal ennemi du féminisme, aujourd’hui, ce sont les femmes » Dois je vous signaler que vous poster sur un blog « féministe » ? Au pire vous faites dans la provoc masculiniste, au mieux vous êtes de bonnes fois et je vous invite vraiment à lire le reste de ce blog, et d’autres, et les auteures féministes… Car franchement de tels propos sont ridicules de mauvaise foi.
      Tiens pour voir, lisez à haute voix les phrases suivantes : « Plus le temps passe, plus je me dis que le principal ennemi de l’anti-racisme, aujourd’hui, ce sont les noirs » Ou encore « Plus le temps passe, plus je me dis que le principal ennemi de la lutte contre l’anitsémitisme, se sont les juifs » Ou encore « le principal ennemi de la lutte contre la pauvreté, ce sont les pauvres »…. Bah oui bien sûr ! Ce sont les femmes le principal ennemi de la lutte pour leur émancipation ! hihihi les pôvres femmes qui ne méritent même pas le féminisme. Heureusement que vous êtes là Eps pour rappeler cette vérité, le féminisme, la libération des femmes se fera par l’action des hommes, et seulement d’eux… Décidément, heureusement que nous sommes là, nous les hommes, pour savoir ce qui est bon pour « elles » !!!
      Si mes propos sont irréalistes, les votre sont assurément surréalistes ! Ou plutôt idéologiquement tout simplement anti-féministe…

  7. Une chose qui m’avait frappée lors du pseudo débat sur le voile intégral, c’est que les pourfendeurs répondaient « mais les hommes ont le droit de mater les femmes bande d’intégristes! » Le débat portait finalement sur le désir des hommes et non pas sur le fait que les femmes n’avaient pas à subir le désir des hommes.
    Évidemment plein de gens répondent que c’est biologique que c’est normal…et c’est parfaitement vrai mais on ne parle pas de la même chose! Moi aussi j’ai du mal à ne pas regarder un bel homme dans le métro, je peux être mal à l’aise avec un collègue que je trouve séduisant, je peux rire et échanger des regards de connivence avec des amies dans la rue quand on croise un beau mec, évidemment que la majorité des introductions à un flirt se font avec le physique ( sans que les personnes soient objectivement belles mais qu’elles se plaisent)….sauf que c’est MON problème, c’est à moi d’être génée si la personne que je regarde trop est dérangée ( différence entre admirer et mater), à moi de me forcer à regarder ailleurs, à moi de faire attention à me concentrer sur ce que dis mon collègue et non pas à lui d’arrêter de me « provoquer », à nous d’essayer d’être discrète quand on est en groupe. Les hommes que je croise ou avec qui je travaille non pas à subir mon désir.
    Quand Cécile duflot avait subi des sifflements pour sa robe au parlement, des députés avaient répliqué qu’ils avaient le droit de dire leur admiration puisqu’ils l’admiraient (sic) or ce sont deux choses différentes.

  8. Pingback: Projet Femme(s) Parfaite(s) | Le temps des Cerises

  9. Pingback: L’objectivation sexuelle des femmes : un...

  10. Merci merci merci ! J’ai trouvé ici des réponses à des débats intérieurs que j’avais depuis des mois. J’ose à peine imaginer le temps que ça te prend d’étudier, de synthétiser. Tout ça pour le publier gratuitement sur internet.

  11. Merci pour cet article, bravo à vous.

    Personnellement, j’ai testé sur des hommes, par curiosité, le même regard que celui qu’ils nous imposent (regarder lentement, de bas en haut, en insistant sur des parties du corps avec une expression égrillarde appuyée).
    J’ai a chaque fois ressenti un fort malaise de leur part.

    • Merci !
      Ce qui est amusant : j’ai vu des réactions masculines du type « Oh ! mais moi j’aimerais beaucoup être objectivé par un female gaze« … Mais ils disent ça pour réduire l’importance de l’impact du male gaze. Et d’après ce que vous me dîtes, être objectivé est désagréable pour eux aussi.

  12. « Regard masculin », c’est très bien, tout le monde comprend. Pourquoi toujours employer des termes anglo-saxons à la con ?
    Le mâle gaze, d’accord, mais il gaze quoi ? C’est ridicule.

  13. Pingback: Partie 2 : le regard masculin ou male gaze | Réflexions de Femmes

  14. Bonsoir, Je trouve cet article vraiment très clair, très juste, et enrichissant sur toutes ces données. Vraiment il faudrait que beaucoup d’hommes et de femmes lisent cet article, car je trouve que, ce qu’il y-à d’assez consternant c’est de se rendre compte que les femmes ont elles aussi intégrées ce Male-Gaze dont vous parlez. Enfin, une dernière chose que je tiens à dire c’est que les hommes peuvent être victime de ce jugement qu’ils ne leurs conviennent pas à eux non plus mais qu’ils ont intégrés malgré eux au fil du temps et depuis l’enfance. C’est une vrai souffrance, qui existe et qui nuit aux rapports et relations entres hommes et femmes. Car même un homme sachant tout celà et lutant contre lui même peu se trouver dans la situation ou la femme applique le mâle-gase sans s’en rendre compte. Et la ça deviens vraiment vicieux car il faut défendre un point de vue qui semble ne pas être masculin ou pas honnetê car intégré par la femme. Du coup, je trouve qu’il-y-à un côté un peu trop manichéen parfois, pas dans les faits, simplement dans la souffrance, il ne faut pas croire que tout les hommes appliquent le mâle-gaze sans rien ressentir, non, les hommes aussi sont victime de cette vision qu’on leurs à imposé. C’est donc contre ceux qui ont le pouvoir, qui ont imposés ces clichés et stéréotypes de pensées qu’il faut lutter. Comme vous le dites, beaucoup d’hommes ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. On se retrouve avec des femmes qui essaies de ressembler à des images et des hommes qui doivent doivent aimer ces images… Peut-être est-ce une des raison de la perte de virilités des hommes à notre époque… Dans tout les cas c’est un article vraiment très intéressant, très important et qui soulève des problèmes de fonds que la sociétés élude volontairement… merci beaucoup!

    • Bon courage pour vous faire entendre! Mais n’êtes-vous pas hors sujet? Vous semblez chercher une solution, tandis que l’article n’en parle jamais. Ici, il est plutôt question de dénoncer des comportements qui entrainent des souffrances. Comme vous, j’ai parfois moi-même chercher à participer aux conversations en évoquant la possibilité de comprendre et changer les choses, mais mes interlocuteurs souhaitaient rester dans la dénonciation sans action. Donc, bon courage encore une fois!
      Je ne crois pas qu’il y ait de perte de virilité, à notre époque, cependant. Il y a eu une libéralisation des mœurs, et comme en économie, il y a eu de grands gagnants et de grands perdants. « Extension du domaine de la lutte » m’a paru génial pour dénoncer cela : femmes et hommes s’affrontent et se concurrencent les uns les autres. Je rencontre beaucoup d’hommes qui ne reçoivent que du mépris de la part des femmes qu’ils souhaitent séduire, beaucoup de femmes qui ne reçoivent que du mépris des hommes avec lesquels elles entament de multiples relations sans lendemain. Hommes et femmes semblent tous courir les mêmes lièvres : des femmes séduisantes qui ne s’intéressent pas à eux, des hommes séduisants qui en profitent pour multiplier les conquêtes.

  15. Bien le bonjour,
    D’abord et avant tout, bravo pour ce site et vos articles amplement documentés et défendant une cause qui m’est chère.
    Cela fait maintenant assez longtemps que je vous suit notamment parce que vos articles sont de vrais articles de fond, travaillés et renseignés tout en étant militants.

    Ayant lu plusieurs réactions à vos articles ainsi que vos réponses à ces réactions, je tiens à préciser que je ne conteste nullement le fond de vos articles, loin de moi l’idée. Cependant…

    Cependant j’ai un problème régulier à votre lecture : étant scientifique, j’ai un besoin accru de comprendre la logique de l’argumentation et il est un peu malheureux à mon goût de constater que vous n’exprimez pas une grande rigueur en la matière, et c’est fort dommage car votre propos en perd en force.

    Je tenais à vous le dire car je crois que vous faites du tord à vos idées en présentant ainsi les choses.

    Je ne prendrai qu’un exemple pris au hasard dans l’article.

    Nous ne regardons pas de la même façon les personnes et les objets. Les visages39 et les corps humains40,41 sont regardés comme un tout, et non pas comme un ensemble de parties. Ils font l’objet d’un traitement visuel configural : nous prêtons attention aux relations spatiales entre les différents éléments qui le constituent. Par exemple, pour identifier un visage, nous n’allons pas simplement nous concentrer individuellement sur le nez et les yeux, mais nous allons également analyser comment les yeux sont placés par rapport au nez. A l’inverse, un objet est regardé analytiquement : seuls les éléments un à un permettent d’identifier l’objet, tandis que les relations spatiales entre ces éléments sont négligées. Pour identifier une maison, par exemple, nous allons remarquer les éléments qui la constituent (un toit, une porte, des fenêtres…), mais la façon dont ces éléments sont placés les uns par rapports aux autres ne vont pas aider à la reconnaissance de l’objet.
    Obama

    A l’envers, ces deux images du visage d’Obama, vont vous paraître relativement similaires… mais à l’endroit vous allez vous rendre compte que l’une est particulièrement étrange ! Normal : on distingue plus facilement les visages à l’endroit qu’à l’envers.

    En inversant une image, il est possible de distinguer un traitement visuel configural d’un traitement analytique39 : normalement, un visage ou un corps humain sera plus difficilement reconnaissable à l’envers qu’à l’endroit (traitement visuel configural), ce qui ne sera pas le cas d’un objet (traitement visuel analytique). Or, une expérience de 201242 a démontré que l’image d’un corps de femme sexualisée sera aussi facilement reconnue à l’envers qu’à l’endroit. A l’inverse, la photo d’un homme sexualisé est plus difficilement reconnue à l’envers qu’à l’endroit. Cela signifie donc que les femmes sont perçues comme des objets tandis que les hommes – même sexualisés – sont perçus comme des personnes. Notons que dans cette étude, aucun effet du sexe des participant·e·s n’avait pu être détecté, ce qui signifie que les femmes adoptaient elles-mêmes ce regard objectivant sur le corps d’autres femmes sexualisées.

    Ici, vous faites une faute de logique assez triste :
    hypothèse : [O(objet) implique A(regard analytique)] et [C(corps humain) implique C(regard configural)]
    étude : [F (image de femme) implique A] et [H (image d’homme) implique C]
    conclusion : [F=O] et [H=C]

    Or cette conclusion logique est erronée. Elle est d’autant plus erronée que vous vous appuyez sur des études statistiques et que vous concluez par  » LES femmes sont perçues comme des objets tandis que LES hommes – même sexualisés – sont perçus comme des personnes » sans aucune relativisation statistique. Ce qui est faux.  » les femmes sont statistiquement plus souvent perçues comme des objets …  » eut mieux reflété ce genre d’étude.

    Les études statistiques ne montrent rien, elles ne prouvent encore moins quoi que ce soit. Elles donnent des pistes et permettent de pousser les réflexions. Elles sont remplies de biais connus par les auteurs et sont beaucoup trop dépendantes du grand nombre de facteurs non considéré pour pouvoir établir si clairement un résultat. Elles n’en sont pas moins d’une grande valeur. Et sont effectivement très pertinentes pour soutenir votre propos auxquel, je le répète, j’adhère pleinement.

    Mes amitiés et veuillez ne pas prendre mal ces quelques lignes.

    • Je trouve cette critique sans grand intérêt. Pourquoi pas, la différence observée entre les deux n’a que 5% de chance d’être du au hasard, ou à d’autres variables que celles mesurées. Comme ça personne n’y comprendrait rien.
      Cet article ne s’adresse pas à des statisticiens, il s’agit d’un article de vulgarisation.
      Si les femmes sont statistiquement (significativement !) plus souvent perçues comme des objets que les hommes, c’est bien que cette objectivation concerne les femmes et pas les hommes. Ce n’est donc pas faux, même si la réflexion est simplifiée, c-à-d vulgarisée.
      Il ne s’agit pas d’une revue scientifique. Je trouve pour ma part que ce travail de vulgarisation est extrêmement sérieux et argumenté.
      Alors que vos « précisions » ressemblent pour les non initiés (auxquels le texte est adressé) à une infirmation des réflexions (conclusions) légitimes que suscitent les résultats statistiques de ces études.

  16. Bravo! Superbe article, un vrai travail de fond. Merci beaucoup la lecture est un régal. J’ai mis sur mon site le lien vers tes deux articles.
    Et pour appuyer tes dire je vais simplement relater une expérience personnelle.
    Il y a peu de temps, je suis allée courir comme à mon habitude et sur le retour, alors que j’étais rouge, transpirante, et pas forcément sexy dans ma tenue de joggeuse (qui certes est composée d’un collant de course, comme pour les mecs) je suis passée devant un groupe de cyclistes arrêté composé uniquement d’hommes, et l’un d’eux était plus en avant et retourné vers le peloton arrière. Dans ce dernier, un des compères, me voyant les doubler, dit à celui plus en avant: « Tiens Hervé! C’est ton cadeau! » et l’autre de me reluquer avec un sourire en coin. Ces hommes avaient bien dix ans de plus que moi et personnellement, je n’ai pas la taille mannequin (photoshopé ou non photoshopé) et mis à part le collant de course, j’avais un t-shirt qui cache mes formes. Tout ça pour dire, que je suis passée à leurs yeux d’animal en rut comme la femelle, une parmi tant d’autre, peu importe qui je suis, qui j’étais à ce moment là, j’étais une femme, donc un objet d’assouvissement de leur pulsion sexuelle. Le terme de « cadeau » est révélateur: je n’étais plus un être humain à leurs yeux mais un objet. Et cette remarque anodine, m’a mise dans une colère noire. J’ai fait mine de ne pas entendre, d’une part parce que je ne savais pas trop comment réagir, d’autre part parce que je ne voulais pas m’arrêter. Ce n’est pas allé plus loin fort heureusement, mais une remarque de plus, je leur aurai montré mon majeur bien tendu. Qu’ils aillent au diable cette bande d’idiots pas plus évolués qu’un cloporte et encore c’est une insulte pour le cloporte.
    Cette anecdote, qui je trouve relève du harcèlement de rue, montre bien, il me semble, l’objectivation sexuelle dont nous sommes victimes nous les femmes. A partir du moment où nous avons un vagin, nous sommes des objets. Seul notre sexe compte, pas le reste. Des ventres, des outres à foutre voilà ce que nous sommes pour ces animaux. C’est pathétique.

    • Bravo, vous avez dégoté une belle bande d’abrutis!
      Par contre, les filles, faut arrêter avec vos complexes et votre obsession d’être parfaite…On peut vous trouver belle même si vous avez des kilos en trop et que vous êtes en sueur. C’est un discours que j’entends en permanence : « j’avais une mine affreuse et cet abruti m’a draguée, ça prouve qu’il cherche juste un vagin ». J’ai même connu une fille qui mettait son réveil pour aller se maquiller avant de retourner se coucher, comme ça quand son copain se réveillait elle avait un bon teint. Je vais peut-être vous choquer, mais plein de garçons vous aiment au naturel. Ces cyclistes ont beau être des ploucs, il n’est pas impossible qu’ils vous aient trouvé très belle!

      • Heu, j’espère que vous avez réalisé que votre commentaire est un magnifique exemple de mansplanning, de paternalisme et d’égocentrisme! (Yeah, super combo!😀 )
        « On vous trouve belle »: oh, merci, c’est le but ultime de toute notre existence, tout va aller mieux maintenant! Non, toute la vie des filles et leur perception de leur corps ne tourne pas autour des hommes, même si la société nous pousse sans cesse à cela. Ensuite, facile de dire « arrêtez avec VOS (si ce n’était que les « nôtres »…!) obsessions »: 1°le ton impératif est particulièrement agaçant, on est pas là pour recevoir vos ordres, l’infantilisation, ça va deux minutes, 2°les filles ne vous ont pas attendues pour se battre contre les complexes qui leur pourrissent la vie, 3° après la lecture de ces articles, le message à passer ne serait pas plutôt « arrêtez tous de voir les femmes comme des objets et commencez à les regarder comme des êtres humains »?!
        Et on peut dire quand on se trouve ou non attirantes sans votre autorisation. Merci.

        • Vous trouvez à mes propos des intentions que je n’ai pas eues. Et vous vous exprimez en partie à la place de l’intervenante précédente, en faisant vous-même une généralité de votre état d’esprit. J’ai l’impression d’être tombé sur une pure radicale qui va trouver le mal dans toute intervention masculine, même sympathique et amicale.

          • Mince, ma misandrie est révélée au grand jour!😀
            Non, je n’ai pas de problème ni avec les hommes parce qu’ils sont hommes, ni avec les interventions masculines parce qu’elles sont masculines. Enfin j’espère, sinon je crois que mes amis et parents masculins sont en danger…😉

            Plus sérieusement, j’aurais peut-être du faire ma remarque de façon plus « gentille », mais j’avoue que j’ai été assez agacée. Non, je ne cherche pas « le mal » par plaisir, ça me rend plutôt triste de voir des commentaires comme celui que vous avez laissé… Je ne cherchais pas non plus à intervenir à la place de la personne ayant raconté sa mésaventure, mais réagissais à des remarques que des hommes se permettent souvent envers les femmes (oui, vous n’êtes pas le seul à tenir ce genre de discours). D’autant plus que votre message utilisais un « vous les filles » général (qui est déjà par principe énervant: les femmes ne forment pas un groupe homogène obsédé par son apparence, tout comme les hommes ne forment pas un groupe homogène obsédé par le sexe) par lequel je me sentais en tout logique concernée. Désolée si ça a été mal interprété.

            Si on reprend plus calmement les remarques que je vous ai faites, vous trouvez vraiment que c’est totalement infondé? Vous ne remarquez pas, même si c’était involontaire, qu’il y a en effet une impression de paternalisme/condescendance/égocentrisme qui se dégage de votre message?
            Enfin, ce qui en ressort, c’est quand même que cette femme est tombée sur des cons, mais elle ne doit pas s’inquiéter parce que « nous les filles, vous nous trouvez belles-même en sueur/quand on se trouve moche/au naturel… » (qui a parlé du male gaze qui conditionne la vie des femmes?). Et que vous nous ordonnez (je ne sur-interprète pas, l’impératif, ça sert à donner des ordres) d' »arrêtez avec nos complexes », comme si ce n’était qu’un problème personnel, que celles qui en avaient n’essayait pas déjà de s’en défaire sans que vous ayez besoin d’en remette un couche.

          • Ah oui, et « féminisme radical » ne signifie pas extrémiste. Ca signifie « qui reconnaît l’existence du patriarcat et le combat » (même wikipédia le dit!).
            Et une intervention « sympathique et amicale » n’est pas automatiquement dénuée de sexisme, hélas! Quand mes grands-parents me voyant m’occuper d’un enfant/coudre/faire de la cuisine me disent « elle est bonne à marier », ça a beau être voulu comme un compliment, « sympathique et amical », ça n’en est pas moins sexiste…

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  19. Déjà, merci beaucoup pour ce site: c’est riche, complet, hyper intéressant (trop intéressant, même, je dois résister à l’envie de tout dévorer quand je devrais plutôt étudier!).🙂

    Ensuite, une petite remarque concernant cette série d’article, je ne sais plus si ça se retrouve dans les autres: il serait peut être judicieux de préciser en préambule que quand on parle « des hommes », il s’agit des hommes hétérosexuels, non? Vu que beaucoup de la réflexion et des enquêtes tournent autour du désir masculin pour les femmes. Après, je suppose que les hommes non hétérosexuels réifient également la femme vue la société dans laquelle on évolue, mais j’aurais tendance à penser que ce n’est pas dans la dynamique proposée ici pour les hommes, dans la mesure où il n’y a pas désir sexuel. Après en ce qui concerne les femmes, c’est peut être moins gênant, car je suppose que les femmes non hétérosexuelles doivent se retrouver globalement dans ces articles, excepté sans doute pour ce qui est de la volonté ultime de plaire aux hommes.

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  23. Bonjour,

    Un petit message court pour dire que cet article est vraiment salutaire et intéressant. Ça a dû être un boulot monstre de réunir autant d’études.

    Bonne continuation

  24. Merci pour cet article! En lisant ce passage-là:

    « Une étude a démontré que lorsque quelqu’un – femme ou homme – est objectivé sur une image (via une réduction de l’indice de face-ism, voire en enlevant carrément la tête), il est n’est plus tout à fait considéré comme une personne, c’est-à-dire qu’on lui attribue moins de conscience et qu’on considère qu’il mérite moins un traitement moral. Cependant une autre étude indique que seules les femmes objectivées (mais pas les hommes) sont déshumanisées par les personnes qui les regardent ; ces dernières avaient en effet plus tendance à les associer au domaine de l’animal que de l’humain. Par ailleurs, il a été aussi démontré qu’une personne objectivée est considérée comme étant moins compétente, moins intelligente, moins expérimentée, moins chaleureuse, plus immorale et plus passive »

    Je pensais particulièrement à la représentation des femmes prostituées dans les médias, quelle que soit l’optique de l’article ou du reportage, elles sont systématiquement représentée par des gros plans sur les chaussures à talons/les jambes, jamais de portrait, toujours des morceaux de corps hypersexualisés, silhouettes déshabillées de dos, des corps sans tête). Parfaite représentation de la déshumanition permanente. De leur côté, les sportives doivent faire face à toujours plus d’hypersexualisation (tentative d’imposition de la jupe aux boxeuses en 2012 par ex.) afin de les « vendre » (ça dit tout) aux sponsors et aux spectateurs. Et maintenant qu’on patauge dans l’ère de la célébration de l’auto-aliénation (burlesques etc. : « c’est mon choix »), ça ne simplifie pas nos affaires. C’est d’autant plus difficile de dénoncer une imagerie « choisie » par celles qui en sont victimes à grande échelle en tant que groupe social.

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  32. Félicitations pour la qualité de vos articles et de celui-ci en particulier dont le sujet m’a remémoré beaucoup de souvenirs sur l’éducation que j’ai eue et les choix que j’ai faits ensuite.

    D’aussi loin que je me rappelle, je n’ai jamais adhéré, malgré tout le sexisme ordinaire, omniprésent comme vous le montrez bien, à l’idée que les hommes valaient plus que les femmes ou qu’il était normal de les déconsidérer du fait qu’elles étaient des femmes ou pire, rien que des femmes. Juste ces mots… Bien au contraire, j’ai été socialisée avec des filles qui ont été mes premières véritables amies, dès avant la puberté. Par la suite, d’autres amies se sont ajoutées et avec qui j’avais des relations égalitaires, marquées par la complicité, le partage coeur à coeur, la confiance et la réciprocité. Certes, si certaines de ces relations se sont sexualisées, elles ont toutes débutées par une véritable rencontre entre deux personnes. Je crois que ces expériences m’ont profondément marqué et continuent d’instruire mon attitude envers les femmes.

    De là découlent une série de choix, certains plus faciles à faire que d’autres. Parmi les plus faciles, il y a d’abord le refus viscéral de la pornographie. Premièrement, il n’y avait pas de pornographie chez nous. Mes amis n’en consommaient pas et n’en parlaient jamais. J’ai peut-être loué 4 ou 5 films porno dans toute ma vie, gros max, pour me rendre compte, 1. que c’était d’un ennui mortel, 2. que c’était laid et vulgaire, 3. que c’était du poison à rat et dégradant. Je ne sais pas si vous le mentionnez dans votre article, mais il y a un lien direct entre le regard d’objectivation des hommes sur les femmes et la consommation de pornographie. Selon ma petite théorie là-dessus, je crois que la pornographie s’adresse à la partie reptilienne du cerveau au détriment de toutes les autres zones, notamment celles qui instaurent une relation humaine riche, faisant droit aux sentiments. Enfin bref. Deuxièmement, facile celle-là, le refus de la prostitution. Un des grands enjeux du patriarcat n’est-ce pas, et que combat le féminisme, est l’accès au corps des femmes ou plus précisément la réduction permanente des femmes à n’être que des corps altérocentriques, des objets de consommation littéralement. Or je vois l’existence du système prostitutionnel comme l’institutionnalisation du droit au corps des femmes. Or, au même titre que je refuse de dissocier mon corps de mes sentiments en ayant des relations sexuelles avec des femmes que je n’aime pas, sur la seule base de soulager une pulsion sexuelle, moyennant rétribution ou pas, je refuse qu’existe un système prostitutionnel qui impose aux prostitué-es la dissociation permanente de leur corps et de leurs sentiments, comme il est bien montré dans les études citées ici. D’ailleurs, la simple expérience fondatrice d’une relation égalitaire avec une femme suffit pour écarter définitivement la prostitution, cette atteinte grave à la dignité humaine. Parlant de dignité humaine, ce sera le troisième point, il découle des deux premiers, je refuse totalement la mise en marché de la nudité, telle qu’elle prolifère dans les clubs de danseuses et autres commerces du genre.

    Quant au reste, j’ai presque le goût d’ironiser, pensons à la publicité, une certaine mode, les médias, le cinéma, certaines revendications, comme celle de se promener seins nus sur la place publique, enfin, que faire? sinon continuer de décortiquer le patriarcat pour en comprendre le fonctionnement tout en préservant la liberté d’expression des idées, surtout celles que je réprouve, en espérant qu’un jour, l’éducation aidant, sera franchi un seuil critique qui rejettera, rendra impossible la persistance du sexisme.

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  35. Pingback: Le corps des femmes 1 – Féministes Debout

  36. Pingback: Et toi, t’es plutôt connasse ou capricieuse ? – OKLEA

  37. Bonjour et merci pour tous ces textes.
    J’ai trouvé une lien vers un talk-show français qui illustre bien la force avec laquelle l’idéologie de la femme-objet-de-beauté est implanté dans la société… :

    Mieux vaut regarder ça avec les bons outils pour le décortiquer, donc après la lecture de ce texte.

    • Merci de votre commentaire.
      Je n’ai pas regardé la vidéo, mais effectivement, cette injonction à toujours être un bel objet peut expliquer pourquoi certaines femmes en ont marre qu’on dise d’elles qu’elles sont belles. Il ne s’agit donc pas nécessairement d’un orgueil mal placé.

  38. De rien.
    Oui vous avez tout à fait raison, mais l’émission est un peu vicieuse et nous présente quelque peu ces deux femmes comme des prétentieuses.
    Ce qui m’a le plus choqué dans cette émission, c’est l’attitude des autres femmes, qui sont très virulentes contre ces femmes qui osent dire qu’au fond elles en ont marre d’être traitées comme des objets de désir, et qui ne cessent de leur dire que c’est un rôle dont elles devraient se contenter et être fières…

  39. Pingback: MACRO | Pearltrees

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