La coercition à la beauté

Faut-il opposer les cultures occidentales aux autres cultures ?

Pieds bandés Li Kunwu

Extrait de la couverture des Pieds bandés, bande-dessinée de Li Kunwu

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Universalité des idéaux de faiblesse 1
Partie 11 : Universalité des idéaux de faiblesse 2
Partie 12 : Conclusion
Supplément : la coercition à la beauté
Supplément : L’impuissance comme idéal de beauté en vidéo

J’ai décidé d’écrire ce petit complément car j’anticipe certaines réactions à mon article sur douleur des pratiques de beauté. En effet, dans celui-ci, je compare les pratiques de beauté occidentales à des pratiques étrangères, qui nous apparaissent comme horribles : excision, bandage des pieds, etc. Je pense que certain∙e∙s lecteurs/trices pourront rétorquer qu’en Occident, les femmes s’imposent d’elles-mêmes ces pratiques douloureuses, tandis que des pratiques comme le bandage des pieds et les mutilations génitales féminines sont/étaient effectuées généralement sur des fillettes qui n’ont/n’avaient pas leur mot à dire.

Je pense qu’opposer l’Occident (où les femmes seraient « libres » de se faire « belles ») et les autres cultures (où les femmes seraient sous contrainte) n’est pas pertinent. Il ne s’agit pas là de nier qu’il peut y avoir des différences énormes entre cultures et que chez certaines, les pratiques cherchant à modifier le corps des femmes sont bien plus violentes, et les contraintes bien plus fortes, que chez d’autres.

Je vais m’appuyer sur deux exemples de pratiques de beauté étrangères à l’Occident : le bandage des pieds, pratiqué en Chine jusqu’au début du XXème siècle, et les mutilations génitales féminines (MGF : « interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non médicales » selon l’Organisation Mondiale de la Santé1), que l’on retrouve (sous sa forme « traditionnelle ») essentiellement dans certaines régions d’Afrique, d’Asie du Sud et du Moyen-Orient2. J’insiste sur le terme « pratiques de beauté » : ce n’est pas forcément l’image que nous nous en faisons, notamment concernant les MGF. Même si ces les deux interventions citées ci-dessus (le bandage des pieds, aussi bien que les MGF) sont conçues comme des moyens de préserver la chasteté des femmes, elles ont néanmoins une connotation esthétique très forte.

J’ai beaucoup lu sur ces pratiques qui feront peut-être un jour l’objet d’articles. Ce qui est très marquant, c’est que ces manipulations du corps féminin sont souvent effectuées sur des enfants par la force, mais que les adolescentes et les femmes adultes peuvent également s’y adonner, de manière apparemment libre. En réalité, comme en Occident, ces adultes ne font pas de choix « libre » car il existe des normes de beauté extrêmement fortes en leur faveur.

Coercition sociale

En Chine, il était totalement honteux d’avoir des pieds non déformées quand on était une femme3. Ce témoignage est à ce propos très éclairant : il montre comment, pour une femme ou une fille, le fait ne pas avoir de petits pieds équivalait à se couvrir de ridicule et à réduire à néant toute chance de sa marier (tout comme arborer une pilosité naturelle sur ses jambes et ses aisselles est totalement stigmatisé à l’heure actuelle en Occident et réduit les chances de « se trouver un homme »). Si le bandage des pieds débutait par une coercition physique auquel il était impossible d’échapper (les mères bandaient de force les pieds de leur fillette quand elles avaient entre 3 et 5 ans4), les filles  commençaient à néanmoins avoir une petite marge de manœuvre quand elles étaient plus grandes4, puisque c’est elles-mêmes qui bandaient leurs pieds. En théorie, elles pouvaient « choisir » de les bander étroitement ou non. Or, comme le relève le témoignage cité précédemment, la coercition sociale faisait qu’une fille ou une femme chinoise ne pouvait « se laisser aller » au point de laisser ses bandages trop lâches : elle préférait bander étroitement ses pieds pour éviter d’être moquée. La coercition sociale fait donc suite, dans cet exemple, à une coercition physique.

Dans les sociétés où l’on pratique les mutilations génitales féminines (excision, infibulation, …), le sexe des femmes à l’état naturel est considéré comme sale, dégoûtant, laid, « odieux à la vue et au toucher »5,6,6–8. Les adjectifs « non infibulée » ou « non excisée » peuvent d’ailleurs constituer de terribles insultes5. Deux anthropologues, Sandra Lane et Robert Rubinstein, décrivent dans un article de 1996 comment leur travail de terrain en Egypte rurale leur a permis de constater les émotions violentes suscitées par l’idée d’un sexe féminin non excisée : quand des femmes égyptiennes apprirent que la chercheuse qui menait l’étude n’était pas excisée, elles répondirent par un mélange de dégoût et de rire moqueur, se demandant comment sa mère avait pu être si négligeante6.

Françoise Couchard dans son livre traitant de l’excision9 évoque les puissants effets de l’intériorisation de la norme de l’excision. Elle cite notamment une femme qui raconte que quand elle était fillette, elle attendait impatiemment d’être infibulée pour enfin être comme les autres. Elle avait conscience que si elle ne subissait pas cette mutilation, elle risquait d’être ostracisée et de ne pas trouver de mari.

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Infibulation. Illustration tirée du site de la fédération GAMS

On comprend alors aisément qu’une femme qui, pour une raison ou une autre, n’aurait pas été infibulée alors que c’est ce qui se fait dans sa culture, ne peut qu’en ressentir une forte honte. Il y a alors des chances qu’elle demande à subir une intervention une fois adulte pour être dans la norme. Un cas de figure fréquent concerne la re-infibulation après un accouchement10–12. L’infibulation consiste en un rétrécissement de l’orifice vaginal réalisé en sectionnant et en repositionnant les petites lèvres, ou les grandes lèvres, parfois par suture1. Avant l’accouchement, une dé-infibulation est effectuée et permet de rouvrir l’orifice vaginale12. La ré-infibulation consiste à de nouveau fermer l’ouverture vaginale. Dans plusieurs parties du Soudan, la ré-infibulation après l’accouchement est perçue comme une évidence12. Elle concerne également les veuves ou les femmes divorcées12. En Occident, des femmes d’origine somalienne ou soudanaise demandent parfois une ré-infibulation auprès d’un médecin. Bien qu’il soit difficile de chiffrer ce phénomènes, ces cas ne doivent pas être extrêmement marginaux car ils font par exemple l’objet de recommandation officielle de la British Medical Association13. Un étude réalisée au Soudan auprès de sages-femmes (également exciseuses) indique que la ré-infibulation est effectuée pour plaire au mari : cela lui rappellerait  l’étroitesse du vagin de son épouse au début de leur mariage et augmenterait son plaisir sexuel12. Il y aurait alors moins de risque qu’il prenne une deuxième femme ou qu’il demande le divorce… Néanmoins, selon les auteurs/autrices de l’étude, les époux n’ont pas nécessairement connaissance de l’existence de la procédure de ré-infibulation et parfois même, la désapprouvent12 ! Cela indique qu’il n’y a pas forcément une pression directe des époux ; les femmes peuvent chercher à devancer les désirs de ces derniers12. Cela rappelle beaucoup les femmes occidentales qui ont si bien intégré ce qui plaît aux hommes (épilation, minceur…) que ceux-ci n’ont généralement même pas besoin de leur dire. Dans ce cas-là, la coercition sociale paraît être d’une efficacité redoutable.

Ainsi, dans n’importe quelle société, les femmes intègrent les normes de beauté, les idéaux romantiques ou érotiques qui les accompagnent et les valeurs qu’elles représentent. Elles apprennent ce qui est censé être beau chez elles et ressentent de la honte si elles s’en éloignent, ou de la fierté si elles s’en rapprochent.

Coercition économique

Il est à noter que les modifications du corps des fillettes sont souvent accomplies, ou du moins décidées, par des femmes de la famille. C’était par exemple les mères qui commençaient à bander les pieds de leurs filles en Chine4,14 . Si ces femmes commettaient des actes aussi violents sur leurs propres filles, ce n’était pas par sadisme ou par bêtise, mais parce qu’elles savaient que cela était la condition nécessaire à une vie acceptable dans une société qui laissait peu de choix aux femmes. Avoir les pieds bandés était non seulement une nécessité pour être acceptée socialement, mais également pour être mariée. Or, dans de nombreuses sociétés patriarcales, actuelles ou passées, le mariage constituait ou constitue la seule perspective d’avenir pour les femmes. Pour de nombreuses femmes dans le monde, l’accès à des ressources matérielles ne peut ou ne pouvait se faire que par le mariage.

En Occident, avec l’accès au marché du travail et les lois permettant aux femmes de disposer de leur salaire et d’ouvrir un compte en banque, l’accès à des ressources matérielles ne passe plus essentiellement par le mariage. Néanmoins, une coercition économique demeure toujours. En effet, pour pouvoir trouver et conserver un travail, il faut présenter une apparence « acceptable ». Cela implique au minimum d’être épilée sur les jambes et les aisselles. Il y a des risques qu’une femme non épilée fasse une si mauvaise impression qu’elle ne soit pas recrutée, et cela, quelle que soit le domaine professionnel. Tous les métiers où il y a un contact avec des client∙e∙s, notamment les métiers d’accueil (hôtesse…) ou en lien avec le commerce, nécessitent, au-delà d’une apparence « acceptable », de « bien présenter » et donc de se livrer à des pratiques de beauté : maquillage (au moins léger), coiffure correcte, chaussures « féminines », souvent à talons, etc.

Plusieurs faits récents viennent illustrer cette coercition économique. Il y a quelques mois, au Royaume Uni, une jeune femme a été renvoyée de son travail dans une entreprise de finance pour avoir refusé de porter des talons d’au moins 5 cm. Elle a d’ailleurs lancé une pétition (signée par plus de 150 000 personnes au moment où j’écris ces lignes) pour demander à ce qu’il devienne illégal d’obliger des employées à porter des talons hauts. Une femme canadienne a également récemment posté sur Facebook  une photo des pieds ensanglantés de sa collègue (qui a même perdu un ongle) : dans le restaurant où elle travaille, les employées doivent obligatoirement porter des talons hauts. Malgré le sang et l’ongle tombé, elle a été réprimandée par son responsable quand elle a demandé à pouvoir changer de chaussures pour des plates.

En France, un employeur peut obliger une employée à porter des talons, comme l’explique un avocat spécialiste en droit du travail au Huffington Post :

Le port de l’uniforme peut être imposé pour des raisons commerciales ou de sécurité. « Un salarié qui ne respecte pas cette obligation, comme celle de porter des talons par exemple, peut s’exposer à une mesure disciplinaire comme un changement de poste ou à un licenciement », assure encore Eric Rocheblave [avocat spécialiste en droit du travail]. Seules des raisons médicales et non une convenance personnelle peuvent expliquer le non-respect de cette obligation.

La coercition économique s’ajoute donc à la coercition sociale et à la coercition physique pour obliger les femmes à se faire mal au nom de la beauté (et pour forcer également leurs filles à aller dans ce sens).

Conclusion

Dans tous les pays du monde, les filles et les femmes peuvent donc être soumises à différents types de coercition (coercition physique, sociale ou économique) afin de voir leur corps transformé de manière douloureuse, au nom de la beauté. Si en Occident, c’est essentiellement la coercition sociale qui s’applique, et moins la coercition physique ou économique, cela ne signifie pas pour autant que le phénomène sous-jacent soit de nature différente : la douleur subordonne les femmes, donc les pratiques douloureuse les rendent belles. Et les femmes sont contraintes à respecter les normes de beauté, d’une manière ou d’une autre.

Bibliographie

  1. OMS | Mutilations sexuelles féminines – Aide-mémoire N°241. Organisation Mondiale de La Santé. Available from: http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs241/fr/ [accessed June 27, 2016].
  2. Female genital mutilation/cutting: A global Concern., New-York: UNICEF; 2016.
  3. Mackie G. Ending Footbinding and Infibulation: A Convention Account. American Sociological Review 1996;61(6):999–1017. Doi: 10.2307/2096305.
  4. Ping W. Aching for Beauty: Footbinding in China, New York: Anchor; 2002.
  5. Shweder RA. What about “Female Genital Mutilation”? And Why Understanding Culture Matters in the First Place. Daedalus 2000;129(4):209–32.
  6. Lane SD., Rubinstein RA. Judging the Other: Responding to Traditional Female Genital Surgeries. Hastings Center Report 1996;26(3):31–40. Doi: 10.2307/3527930.
  7. Gruenbaum E. Ritual and Meaning. The Female Circumcision Controversy: An Anthropological Perspective. 1 edition, Philadelphia: University of Pennsylvania Press; 2000.
  8. Van Der Kwaak A. Special Issue Gender, Health and DevelopmentFemale circumcision and gender identity: A questionable alliance? Social Science & Medicine 1992;35(6):777–87. Doi: 10.1016/0277-9536(92)90077-4.
  9. Couchard F. L’Excision, Presses Universitaires de France – PUF; 2003.
  10. Cook RJ., Dickens BM., Fathalla MF. Female genital cutting (mutilation/circumcision): ethical and legal dimensions. International Journal of Gynecology & Obstetrics 2002;79(3):281–7. Doi: 10.1016/S0020-7292(02)00277-1.
  11. Cook RJ., Dickens BM. Special commentary on the issue of reinfibulation. International Journal of Gynecology & Obstetrics 2010;109(2):97–9. Doi: 10.1016/j.ijgo.2010.01.004.
  12. Berggren V., Abdel Salam G., Bergström S., Johansson E., Edberg A-K. An explorative study of Sudanese midwives’ motives, perceptions and experiences of re-infibulation after birth. Midwifery 2004;20(4):299–311. Doi: 10.1016/j.midw.2004.05.001.
  13. Krása K. Human rights for women: the ethical and legal discussion about Female Genital Mutilation in Germany in comparison with other Western European countries. Med Health Care and Philos 2010;13(3):269–78. Doi: 10.1007/s11019-010-9245-4.
  14. Blake CF. Foot-Binding in Neo-Confucian China and the Appropriation of Female Labor. Signs 1994;19(3):676–712.
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15 réflexions sur “La coercition à la beauté

  1.  » la douleur subordonne les femmes, donc les pratiques douloureuse les rendent belles. Et les femmes sont contraintes à respecter les normes de beauté, d’une manière ou d’une autre. »
    Toutes les normes de beauté ne sont pas mutilantes, irréversibles ou même douloureuses (maquillage).
    Les « normes de beauté » sont des normes sociales. Les femmes et les hommes sont contraints de respecter dans toutes les sociétés, occidentale ou pas, des normes sociales vaguement dissimulées sous des motivations telles que la beauté, la religion ou la bienséance. Il existe d’ailleurs dans les sociétés anciennes comme dans les sociétés capitalistes des normes de beauté qui concernent les hommes. Les entreprises où les femmes doivent porter des talons aiguilles obligent généralement les hommes à porter des cravates. Les scarifications rendent un guerrier plus désirable etc.
    Il semble pourtant discutable de mettre sur le même plan l’obligation de porter un cravate et celle de porter des talons aiguilles et absurde de mettre sur le même plan le bandage des pieds des filles et le port de la cravate.
    Ce qui distingue ces normes, c’est leur fonction, et leurs conséquences sur l’individu.
    Les pieds bandés tout comme l’excision et l’infibulation visent à contrôler la circulation des femmes. Pour qu’une femme puisse travailler dans les champs, il faut qu’elle dispose de ses pieds. En lui bandant les pieds on la destinait à devenir une courtisane. Une société polygame est une société où les hommes les plus âgés contrôlent les hommes les plus jeunes en créant artificiellement une rareté des femmes. Les pères détiennent le pouvoir sur les hommes les plus jeunes en décidant qui pourra avoir accès aux femmes. Dans cette perspective, le plaisir féminin est terrifiant, il pourrait inciter les femmes à désobéir..
    Dans ces deux cas, on est en présence de nomes sociales aux conséquences irréversibles et mutilantes.
    Les talons hauts ont été porté au cours de l’histoire alternativement par les hommes et par les femmes. Après avoir été l’accessoire des mondaines et des demi-mondaines au XIXème, le talons aiguilles, aujourd’hui, est devenu un phénomène de mode au sein d’une société qui fétichise le corps pour des raisons commerciales. Mais comme c’est à priori plus facile de travailler avec des talons plats, les imposer au travail, c’est signifier aux femmes, au choix,
    que leur apparence compte plus que leur efficacité; ou qu’elles ne sont efficaces que parce qu’elles sont sexualisées. Mais peut-être que dans dix ans la mode ce sera les talons plats et les conséquences sont quand même moins lourdes sur le corps et sur la vie des femmes que l’excision ou les pieds bandés.
    Ce n’est pas pour autant une raison d’opposer la société occidentale aux autres cultures parce que toutes les autres cultures ne mutilent pas les femmes !

    • Bonsoir,
      Non, les pieds bandés ne limitaient pas la circulation des femmes chinoises. Des anthropologues (je n’ai pas les noms en tête) avaient fait l’expérience d’en faire courir quelques-unes et elles avaient apparemment développé une nouvelle façon de marcher, sauter, courir. Si elles marchaient lentement, c’est que la démarche lente était considérée comme très séduisante.
      La motivation esthétique était très forte, puisque le petit pied était assimilé à une fleur de lotus. La dimension érotique était importante également, puisqu’il était censé rivaliser avec le vagin comme organe de l’extase sexuel. Mais il s’agissait également d’une zone érogène pour la femme (je n’invente rien).
      L’usage des pieds bandés n’était pas réservé aux courtisanes. Marqueur social, il était répandu dans toutes les classes aisées de la population.
      Si je suis d’accord avec le commentaire précédent sur le fait que la contrainte sociale sur le corps est à la base commune aux hommes et aux femmes (par exemple la déformation de la boîte crânienne, le tatouage, la déformation du pénis par introduction répétée d’une lame dans l’urètre), elles subsistent, en Occident, surtout pour les femmes (l’excision reste quand même une mutilation génitale masculine courante et que personne n’évoque jamais comme telle).
      Bien cordialement et merci pour vos articles.

      • Bonjour Vanessa,

        A propos des pieds bandés, voici un extrait d’un texte que j’avais commencé à écrire :

        La déformation des pieds provoqués par les bandages avait pour conséquence directe de compliquer la mobilité des femmes chinoises. Il devenait difficile pour les femmes aux pieds bandés de marcher sur de longues distances sans aide, ce qui les empêchait de « vagabonder »1. Les pieds bandés s’inscrivaient dans un idéal féminin de délicatesse et de fragilité. Analysant des œuvres littéraires néoconfucianistes (un courant philosophique influent en Chine du XIVème siècle jusqu’au début du XXème siècle), l’universitaire Wang Ping note : « Les femmes figurant dans ces poèmes et ces œuvres littéraires présentent toutes les mêmes qualités : elles flottent et sont en état d’apesanteur comme une fée ou une déesse, fragiles et délicates comme un enfant, cachées et mystérieuses comme un trésor inatteignable. Les hommes ne peuvent s’empêcher de ressentir de la pitié à leur endroit et de tomber amoureux d’elles. Tous ces éléments sont indispensables à l’érotisme chinois et au charme féminin2 ». Par ailleurs, au XIXème siècle, on attendait des femmes raffinées de la haute société qu’elles mènent une vie confinée chez elles1. Néanmoins, une immobilité totale n’était pas recherchée : il ne fallait pas que les pieds soient petits au point que les femmes ne soient plus du tout capables de marcher3. Quand, à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, des sociétés en faveur des pieds naturels émergèrent afin de lutter contre le bandage des pieds, elles avancèrent que les pieds bandés fragilisaient le corps des femmes, qu’ils les empêchaient de travailler efficacement au foyer et aux champs et, qu’enfin, ils les rendaient plus vulnérables aux violences sexuelles pendant les guerres2.

        Des travaux en médecine de 19974, portant sur les aptitudes physiques de femmes chinoises âgées de 70 ans ou plus, ont permis de produire des données sur les effets du bandage des pieds. Dans la patientèle étudiée, 38% des femmes ayant au moins 80 ans et 18% des femmes ayant un âge compris entre 70 et 79 ans avaient les pieds bandés. Les femmes qui avaient les pieds bandés avaient significativement eu plus de chance d’être tombées l’année précédente (38% contre 19% pour celles âgées de plus de 80 ans ; 28% contre 19% pour celles âgées de 70 à 79 ans). Elles étaient moins nombreuses à pouvoir s’accroupir (46% pour les pieds déformés contre 69% pour les pieds naturels, dans la tranche des plus de 80 ans) et à pouvoir se lever d’une chaise sans aide (57% contre 74% toujours dans la tranche des plus de 80 ans). Elles réussissaient également moins bien un test mesurant l’équilibre. En revanche, et de manière assez étonnante, les données n’ont pas permis de démontrer que les femmes aux pieds bandés étaient moins nombreuses à pouvoir marcher sur un kilomètre ou à pouvoir monter 10 marches d’escalier (précisons néanmoins qu’il n’y avait pas de mesure du temps nécessaire pour accomplir ces tâches dans cette étude, et qu’il n’est donc pas possible de savoir si les femmes qui avaient les pieds bandés prenaient plus de temps ou non pour les effectuer). Enfin, les auteurices font remarquer que la proportion de femmes aux pieds bandés peut paraître relativement élevée, notamment aux yeux des touristes qui ont visité la Chine et qui n’ont pas vu de femmes aux « pieds en lotus ». Iels précisent que c’est parce que ces femmes ont tendance à rester chez elles.

        Notons qu’une autre étude de 20155 (portant sur un tout petit nombre de femmes : 6) indique que les femmes ayant les pieds bandés se déplacent significativement moins vite que celles aux pieds non déformés (avec une vitesse environ réduite de 25%).

        En dehors du fait que toutes deux limitent la mobilité des femmes, la coutume des pieds bandée a des similitudes importantes avec celle du port des chaussures à talons hauts. Premièrement, les deux pratiques donnent au pied un aspect similaire2 : le pied semble réduit parce que la surface de contact avec le sol est restreinte. Dans les deux cas, le pied adopte une position qui donne l’impression qu’il est en continuité avec la jambe, qui paraît alors plus longue et plus fine. Deuxièmement, les deux pratiques modifient la démarche de la même façon : les femmes sont obligées de marcher à petits pas3,6. La restriction imposée aux pieds impose également un déhanchement, jugé sensuel et érotique dans les deux cultures3,6.

        1. Yung J. Unbound Feet: A Social History of Chinese Women in San Francisco, University of California Press; 1995.
        2. Ping W. Aching for Beauty: Footbinding in China, New York: Anchor; 2002.
        3. Blake CF. Foot-Binding in Neo-Confucian China and the Appropriation of Female Labor. Signs 1994;19(3):676–712.
        4. Cummings SR., Ling X., Stone K. Consequences of foot binding among older women in Beijing, China. Am J Public Health 1997;87(10):1677–9.
        5. Gu Y., Mei Q., Fernandez J., Li J., Ren X., Feng N. Foot Loading Characteristics of Chinese Bound Feet Women: A Comparative Analysis. PLOS ONE 2015;10(4):e0121695. Doi: 10.1371/journal.pone.0121695.
        6. Jeffreys S. Beauty and Misogyny: Harmful Cultural Practices in the West, Routledge; 2005.

  2. https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsBonjour,
    je ne comprends pas bien le «Si en Occident, c’est essentiellement la coercition sociale qui s’applique, et moins la coercition physique ou économique, cela ne signifie pas pour autant que le phénomène sous-jacent soit de nature différente »
    Il y a des différences de degrés qui sont telles qu’elles rendent inopérantes les généralisations. Car évidemment, il y a toujours un niveau de généralité qui permet de regrouper (par exemple tout ce qui touche au corps) ou au contraire un niveau de spécificité qui permet de tout distinguer (car rien n’est jamais identique).
    Et je ne vois pas la pertinence de rassembler ici sous le même vocable de « coercition », des réalités aussi différentes que ceux qui sont derrières les FGM, le bandage des pieds et le port de talons hauts.
    Bien sûr, tous les comportements sociaux ont des déterminants extrinsèques à l’individu, mais il y a des degrés dans l’aliénation :
    Entre le pression plus ou moins explicite des paires/partenaires et les impératifs fondés en religion [0], il y a quand même une différence non négligeable !

    Pareil en ce qui concerne la réversibilité, le caractère temporaire ou non de la coercition. Ce n’est pas tant la vitesse moyenne de marche qui est pertinente pour mesurer le degré d’entrave, mais la capacité de se mettre à courrir si le besoin ou l’envie s’en fait sentir : une femme peut toujours retirer ses talons pour se mettre à courrir. À contrario, j’ai une amie qui ne passe ses talons que lorsqu’elle arrive sur le lieu où elle a décidée de passer la soirée en talons. Quel rapport avec une femme dont on a bandé les pieds à l’âge de 5 ans ?

    Encore une fois, dire que des phénomènes sont de même nature ou non n’a pas de sens en soi (ou alors, les hommes vont nous dire qu’eux aussi, ils subissent une coercition sociale pour se raser, et qu’ils en souffrent en se coupant!). Ce qui determine le sens de la subsomption, c’est si effectivement il est pertient d’avoir des réactions de même nature avec tous les concepts susbsumés.
    Franchement, qui aurait des réactions de même nature à la perspective d’avoir ses filles :
    – excisées
    – les pieds bandés
    – portant des talons hauts
    ?

    [0] https://en.wikipedia.org/wiki/Religious_views_on_female_genital_mutilation

    • Bonsoir,

      Je dois avouer que je ne comprends pas tellement votre commentaire, car j’ai bien insisté sur le fait qu’il existait divers degrés de gravité, et que ce qui m’intéressait ici était plutôt les diverses formes de contrainte existantes.

      Cet article est en fait une réaction à certains commentaires que je lis et qui disent en somme : « la beauté est un sujet anodin et ridicule, c’est les femmes qui CHOISISSENT de s’épiler, de se maquiller, se faire des régimes, de faire de la chirurgie esthétique, etc. »

      Or les femmes occidentales ne sont pas les seules à s’infliger des pratiques violentes, et quand il s’agit de FGM ou de gavage, tout le monde reste choqué, y compris quand c’est des adultes qui expriment le souhait que ces pratiques soient réalisées sur elles-mêmes. Pour moi, le fait que des femmes « choisissent » la chirurgie esthétique ne signifie pas 1) que ce choix est libre (il existe des contraintes), 2) que la violence de chirurgie esthétique disparaisse comme par magie.

      Il en va de même pour des pratiques étrangères à notre culture. Comme je l’ai dit, des femmes adultes demandent d’elles-mêmes à subir des FGM, car elles ne veulent pas avoir un sexe qu’elle juge monstrueux. J’avais aussi lu un compte-rendu d’une étude anthropologique dans une région du Tchad, où l’excision était une « nouvelle mode » (pratiquée traditionnellement par un groupe ethnique voisin) auxquelles les jeunes filles aspiraient et auxquels les parents s’opposaient, car ça n’avait rien de traditionnel. En Mauritanie, des femmes adultes prennent des stéroïdes pour grossir, de la même manière qu’ici des femmes adultes se font vomir pour maigrir ! Que ce soit les FGM, le gavage, la chirurgie esthétique, les vomissements, ce sont des pratiques violentes, mais que des femmes adultes semblent « choisir » : cela ne les rend pas plus acceptables (pour les pieds bandés, c’est un cas particulier, car une telle déformation des pieds ne pouvait être faite que dans l’enfance). Par ailleurs, les idéaux derrière peuvent être similaires. Les chaussures à talon des femmes mandchoues étaient conçues pour donner l’effet d’avoir des pieds bandés, mais généraient, évidemment, un degré de douleur bien, bien moindre… Donc il me semble raisonnable de considérer qu’il s’agisse d’une forme « atténuée » d’une autre pratique, beaucoup plus violente. On ne peut pas dire que ça n’a rien à voir.

      • https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsBonjour,
        Bien sûr, vous indiquez dans le texte que le port de talons aiguilles, les FGM et le bandage des pieds sont différents (on s’en serait douté), mais la phrase que j’ai citée à laquelle je répondais, qui les renvoie à une même nature, transforme votre texte en palinodie.
        Pour ce qui est de vos explications, je ne comprends pas en quoi renvoyer les talons aiguille et les FGM/ pieds bandés à une même nature répondrait à la problématique de la chirurgie esthétique qui est, elle, un cas limite très complexe. J’ai des amies qui ont eu recours à la chirurgie « esthétique » reconstructrice après masectomie pour cause de cancer du sein. Je me vois mal les culpabiliser en leur expliquant qu’elle subissent une aliénation qui ne serait pas « de nature différente » (les mots de votre conclusion que je réfute) que les femmes qui « choisissent » une FGM.
        Encore une fois, tout à avoir avec tout au niveau de généralité suffisant, donc la question n’est pas de savoir si les talons aiguilles ont à voir avec les FGM (évidememnt oui à un certain niveau de généralité, évidemment non à un certain niveau de spécificité). La question est de savoir s’il y a quelquechose à tirer de cette « confusion ». Les deux conséquences qui me semblent logiques sont :
        – mobiliser contre les talons aiguilles l’indignation suscitée par les FGM/pieds bandés
        – susciter à l’égard des pieds bandés/ FGM la même tolérance dont jouissent les talons aiguilles
        Aucune ne me semble satisfaisante, notamment car la première me semble en fait contre productive : si pour combattre les talons aiguilles, on a recours à un argument aussi fallacieux [0] que l’assimilation aux pieds bandés/FGM, le message implicite est qu’on a pas de meilleur argument. Or le port répété de talons aiguilles devrait être assez nocif EN LUI-MÊME pour rendre inacceptable le fait qu’un employeur puisse le rendre obligatoire !
        Pour ce qui est du rapport à la « violence » auto imposée, je pense que s’il l’on veut la combattre, il faut comprendre d’où elle vient. Il faudrait plus qu’un message sur un blog[1] mais je pense qu’il s’agit notamment de signaler son altruisme (au sens technique en psychologie de la personnalité). Et qu’il y a des raisons aussi bien illégitmes que légitimes pour les hommes et la société de valoriser l’atruisme féminin. Ma conclusion serait donc plutôt que les pratiques douloureuses manifestent l’atruisme des femmes qui s’y adonnent donc elles valorisent celles-ci aux yeux des sociétés qui valorisent l’altruisme féminin. Or si je parlais de bonnes raisons de valoriser l’atruisme féminin, c’est qu’il vaut mieux être altruiste lorsqu’on interagit avec un nourisson car celui-ci est incapable de collaboration et encore moins de compétition !
        Évidemment, je pense qu’il faudrait donner des moyens aux femmes de signaler leur altruisme, si elles le désirent, autrement qu’en abimant leur corps. Encore mieux, il faudrait faire comprendre aux gens, hommes et femmes, que ces rôles n’ont pas à déterminer de façon permanente leurs attitudes : on devrait par exemple être capable de moduler son altruisme en fonction des circonstances, suivant qu’on nourrit un bébé ou qu’on exige une augmentation de son patron.
        [0] la non prise en compte de changements de nature aka https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_sorite
        [1] en fait, j’en ferais des travaux de thèse si je pouvais trouver quelqu’un pour la diriger, mais comme il ne s’agirait pas de présenter les femmes comme des victimes et qu’il y aurait une approche psychologique importante, j’ai peu d’espoir en France.


        • https://polldaddy.com/js/rating/rating.js
          https://polldaddy.com/js/rating/rating.jshttps://polldaddy.com/js/rating/rating.js@Z je suis d’accord avec votre commentaire sur le fait de dire que des phénomènes sont de même nature ou non n’a pas de sens en soi. Par contre, je ne suis pas convaincu par l’approche psychologique 🙂
          Toute société suppose des normes, pour les femmes comme pour les hommes qui tiennent à leur organisation. Certaines sont plus contraignantes, douloureuses, handicapantes que d’autres. Mais toutes ont une fonction politique. Et le fait que généralement ce soient les femmes qui soient victimes des contraintes les plus handicapantes, douloureuses et mutilantes est en soi un fait social.
          Je ne connais pas cette étude anthropologique sur cette région du Tchad où l’excision serait une nouvelle « mode », mais je suis certain que ce n’a rien à voir avec un phénomène qui pourrait se réduire avec une évolution du « goût » des jeunes filles ou de leur rapport psychanalytique au pénis et tout avec une évolution politique et/ou économique de ces sociétés qui supposait que le contrôle de la sexualité des femmes passe par d’autres « modes » que précédemment.

        • Ce qui n’est peut-être pas clair, c’est que cet article fait en fait partie d’une longue série où j’explique que les pratiques de beauté constituent des mécanismes pour « domestiquer » le corps des femmes. Par exemple, les talons aiguille réduisent la mobilité des femmes. Idem pour le gavage (Mauritanie) et les pieds bandés (Chine).

          Là où je veux en venir, c’est que les pratiques de beauté, quelque soit les contraintes appliquées, le degré de violence infligée, etc. permettent de contrôler le corps des femmes. Cela les rend plus faibles, moins mobiles, et cela les détourne d’elles-mêmes mais plutôt vers les besoins des autres (ça rejoint la notion d’altruisme que vous avez développé)
          Le premier article de la série : https://antisexisme.net/2016/01/02/impuissance-01/

          Je me suis dans un premier temps concentré sur les idéaux de beauté occidentaux, mais j’ai développé le cas de l’idéal de faible mobilité dans d’autres cultures ici (gavage et pieds bandés, notamment) : https://antisexisme.net/2017/04/06/universalite-1/

          Dans un article qui sera publié demain, j’évoquerai comment des pratiques de diverses cultures (pieds bandés, gavage et FGM) renvoient à des idéaux de chasteté.

          • J’ai bien compris que vous avez une thèse «les pratiques de beauté, quelque soit les contraintes appliquées, le degré de violence infligée, etc. permettent de contrôler le corps des femmes.» et que vous essayez d’étayer en faisant rentrer dedans différentes «pratiques de beauté» (quid du maquillage ?) de diverses cultures pour le rendre universel.
            Mais je pense que vous êtes la victime complaisante d’une illusion finaliste en ce qui concerne les talons : ce n’est pas parce que les talons entravent le mouvement qu’on met (fait mettre) des talons pour entraver le mouvement !
            Déjà l’historique de son utilisation masculine devrait vous mettre la puce à l’oreille, ensuite les effets sur le physique sont suffisants pour en justifier l’usage (jambes d’apparence plus tonique donc en meilleure santé par contraction du mollet et surtout cambrure des reins qui évoque la disponibilité sexuelle [0].

            [0] https://en.wikipedia.org/wiki/Lordosis_behavior#In_humans

            • Merci de me traiter de « victime complaisante » ! Je ne suis pas sûre de vouloir continuer à discuter avec vous dans ces conditions.

              « ce n’est pas parce que les talons entravent le mouvement qu’on met (fait mettre) des talons pour entraver le mouvement ! »
              ==> Oui, merci, je me doute que les femmes ne mettent pas des talons en pensant « Ah, ben super, comme ça j’aurai mal aux pieds ».
              Mais les petits pas, la démarche hésitante, etc. sont perçues comme gracieuses et féminines.
              Par ailleurs, si vous aviez pris la peine de lire, ou au moins de parcourir ma série d’article, vous auriez vu que je traite également des talons comme sexualisant pour les femmes. Et réduire les femmes en objets sexuels, c’est aussi une manière de les dominer et de les contrôler.

              Enfin, les talons masculins n’étaient pas identiques aux talons féminins actuels : plus larges et moins hauts. Ils ont été créés à la base pour pouvoir mieux se maintenir à cheval, et donc par souci de praticité.

              • Ce n’est pas parce que les talons masculins ont été créés pour se maintenir dans des étriers qu’ils étaient ensuite portés par soucis de praticité !
                Et si la démarche hésitante est apréciée, ce n’est pas forcément par soucis de domination, mais peut-être parce qu’elle peut être considérée comme mignonne (au sens kawaï) car pataude comme tout ce qui évoque les bébés. Mais encore une fois, vous avez une vision finaliste : ce n’est pas parce que la démarche hésitante serait perçue comme gracieuse, qu’on porterait/ferait porter des talons pour provoquer une démarche hésitante.

                Et ce n’est pas parce qu’une femme décide de « sexualiser » sa tenue, par exemple avec des talons pour cambrer ses reins, qu’elle est dominée en tant qu’objet sexuel et contrôlée !

                Peut-être que les comportements humains, notamment en matière de séduction, sont un peu trop complexes pour être réduits à des rapports de domination/contrôle ?

                • Ça ne vous interroge pas qu’une démarche « pataude », « mignonne » ou « évoquant les bébés » soit appréciée chez les femmes, et non pas chez les hommes (chez qui ce serait considéré comme totalement ridicule) ? Pour vous, il n’y a aucun rapport avec le statut subalterne des femmes ?
                  De même, pour vous, il est totalement « neutre » que ce soit les femmes qui soient montrées (ou se montrent) comme objets de désir ?

                  • https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsSi les hommes ne sont pas concernés par le fait d’être trouvés mignons par leur faiblesses/incapacités, ce n’est pas forcément parce qu’ils sont en position de domination par rapport aux femmes. Plutôt qu’un rapport dominant/dominée (subalterne), on peut y voir un rapport protecteur/protégée. C’est à mon avis surtout parce que le pendant masculin de l’altruisme est l’héroïsme dont l’archétype est le soldat. Et là, en matière de violence subie, ça a beau être exceptionnel (et de plus en plus, on l’espère), il suffit de regarder une pyramide des âges après la première guerre mondiale pour constater les dégâts spécifiquement masculin du rôle social qui leur est imposé. De nos jours, on voit l’impact de ce rôle viril sur les mecs qui fréquentent les salles de muscu pur ressembler aux acteurs de films d’action. Et si j’en crois leurs T-shirt « no pain, no gain », ils ne sont pas en reste pour la conformité aux canons de beauté par la douleur.
                    Et s’il n’est évidemment pas neutre que ce soient les femmes qui soient montrées (ou se montrent) comme objet de désir, c’est le contraire d’une oppression mais justement un degré de liberté suplémentaire qu’elles ont en matière de disponibilité sexuelle : le femme peut se montrer ouverte ou non à des rapports sexuels, alors que l’homme, lui, est supposé être toujours disponible.

  3. Pingback: C’est le 1er mai, je balance tout ! – Des livres et les mots

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