L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – la répression des désirs

The Stepford Wives

Dans le film (dont je vous conseille la version de 1975) et le livre The Stepford Wives, l’héroïne débarque dans une ville où toutes les femmes sont des épouses modèles : elles adorent s’adonner aux tâches ménagères et elles hurlent de plaisir lors des coïts avec leur mari (leur disant qu’ils sont des dieux au lit). Tout cela, avec le sourire, bien sûr ! Dans le livre, elles sont aussi décrites comme portant des robes très moulantes et révélatrices, dévoilant leur forte poitrine et leur silhouette exceptionnelle.

Merci à Pimprenelle pour la relecture de cet article.

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Universalité des idéaux de faiblesse 1
Partie 11 : Universalité des idéaux de faiblesse 2
Partie 12 : Conclusion
Supplément : la coercition à la beauté
Supplément : L’impuissance comme idéal de beauté en vidéo

Nous avons vu dans l’article précédent comment l’abnégation des femmes peut se traduire par le sourire, notamment quand ce sourire permet de camoufler des émotions négatives. Cet article revient sur l’abnégation, en montrant cette fois-ci comment la beauté s’oppose aux plaisirs et désirs des femmes.

L’interdiction des plaisirs et désirs

Touche pas à ma pute

Dans Causeur, des hommes ont clamé leur droit à « leur pute ».

La nourriture et la sexualité ont beaucoup en commun. Toutes deux sont sources d’un intense plaisir. Mais l’accès à ce plaisir ne se fait pas de manière symétrique chez les hommes et chez les femmes. Les hommes ont tout à fait droit à leur plaisir, et certains n’hésitent pas à l’exiger fermement. Les femmes, quant à elles, doivent générer ce plaisir chez les hommes, particulièrement chez leur conjoint, en préparant les repas et en étant sexuellement disponibles. C’est ainsi qu’un certain nombre d’hommes exigent un « droit au sexe » qui passe en particulier par la prostitution, la pornographie ou d’autres violences sexuelles. Le fait que le viol soit banalisé et justifié (à l’aide de mythes sur le viol) dans notre société indique bien qu’il semble « normal » qu’un homme puisse s’approprier le corps d’une femme pour son bon plaisir. Peu  importe que ces violences aient des impacts terribles sur les victimes, rien ne paraît plus sacré que ce droit à l’accès au corps des femmes par les hommes, quand ils le souhaitent et comme ils le souhaitent. L’accomplissement de ces désirs sexuels semble si vital, si nécessaire, si important, que ces derniers sont requalifiés en « besoins sexuels ». Quant à la préparation de la nourriture, elle correspond au rôle maternel et nourricier traditionnellement féminin1,2. À l’heure actuelle, ce sont les femmes qui se chargent encore très majoritairement  de la cuisine. Ainsi, en 2010, les femmes françaises y passaient en moyenne 70 minutes par jour, contre 24 minutes pour les hommes français3.

Il y a donc une moitié de la population qui a droit au plaisir, et l’autre qui doit faire plaisir. Ces deux rôles doivent être clairement distincts : la moitié féminine qui fait plaisir ne doit pas chercher à se faire plaisir à elle-même, mais être toujours tournée vers les désirs de l’autre (généralement ceux d’un homme). Si cette moitié subordonnée commençait à trop se centrer sur ses propres désirs, elle risquerait d’oublier quelle est sa tâche : répondre aux désirs de l’autre moitié (celle qui domine) et lui faire plaisir. La répression des appétits féminins passe par une stigmatisation qui utilise plusieurs mécanismes, notamment les doubles standards, la justification des violences envers les femmes ou les représentations culturelles qui diabolisent les désirs féminins. Nous verrons que la beauté constitue également un puissant outil destiné à détourner les femmes de leurs désirs.

La répression de l’appétit oral

Nous avons déjà vu dans cette série d’articles que la minceur constitue un idéal de beauté prédominant à l’heure actuelle. Nous avons également constaté que pour atteindre cet idéal, les femmes s’adonnaient aux régimes et restreignaient leur appétit alimentaire. Plusieurs études indiquent que la nourriture est perçue comme « genrée » : indépendamment de son sexe, une personne qui dit aimer les aliments « sains » (des fruits et du pain complet) ou peu caloriques est perçue comme plus féminine et moins masculine qu’une personne qui préfère manger des hamburgers et des glaces4–6. De la même façon, si une personne est décrite comme consommant un régime riche en graisses, on supposera qu’elle est de sexe masculin, alors que si elle est décrite comme ayant un régime pauvre en graisses, elle sera perçue comme étant de sexe féminin7. Par ailleurs, plus une personne mange, plus elle sera perçue comme masculine et peu féminine8.

femme hamburger

Les femmes sont évaluées plus négativement que les hommes quand elles mangent des aliments perçus comme étant mauvais pour la santé.

Même si femmes et hommes bénéficient indistinctement d’une meilleure évaluation quand iels mangent sainement4,6,7,9 (iels sont perçu∙e∙s comme moralement supérieur∙e∙s, en meilleure santé, plus belles/beaux, plus amicales/aux, etc. que s’iels mangent de la nourriture mauvaise pour la santé), il s’avère qu’il existe un double standard, c’est-à-dire que les femmes sont jugées plus négativement quand elles mangent « mal » que les hommes. Par exemple, dans une étude6, on a demandé à des participant∙e∙s d’évaluer une personne, appelée « Pat », en fonction de ce qu’elle mangeait au petit déjeuner : des flocons d’avoine avec des fruits frais et des noix (considérés comme des aliments bons pour la santé) ou bien de la tarte (perçue comme mauvaise pour la santé). Pat était soit décrit∙e comme étant un homme, soit comme étant une femme. Indépendamment de son sexe, Pat était évalué∙e moins positivement quand iel mangeait mal que quand iel mangeait bien, sur plusieurs critères (beauté, intelligence…). Néanmoins, pour certains critères (l’amabilité, la beauté, la santé et la sportivité), Pat la femme était plus sévèrement sanctionnée que Pat l’homme. Autrement dit, manger de la nourriture malsaine coûte socialement plus cher quand on est une femme que quand on est un homme.

Une autre étude indique que le même régime alimentaire (sans préciser la quantité, mais en indiquant le type d’aliments consommés) va être perçu comme plus gras et moins sain s’il est suivi par une femme plutôt que par un homme4. Autrement dit, la nourriture absorbée par une femme est perçue comme intrinsèquement « moins saine », uniquement parce qu’elle est consommée par une personne de sexe féminin. C’est sans doute pour cette raison que si l’on détaille un régime alimentaire, il est préférable d’indiquer qu’il est suivi par un homme plutôt que par une femme, si le but est de donner envie à de nombreuses personnes de le suivre9.

La répression de l’appétit sexuel

Dom Juan

Double standard sexuel : une femme ayant beaucoup de partenaires sexuels est une salope, un homme, un Don Juan.

Quant aux appétits sexuels, si les femmes sont perçues comme des objets sexuels, elles ne sont en revanche pas considérées comme des sujets sexuels à part entière. Elles ont moins accès au plaisir sexuel et sont en moyenne moins satisfaites de leur sexualité que les hommes10.

Même si la répression sexuelle a considérablement diminué depuis les années 1960, les femmes restent plus stigmatisées que les hommes si elles ont une sexualité jugée trop « libre »11–14. On parle de « double standard sexuel » pour désigner le fait que les femmes sont jugées plus négativement que les hommes pour les mêmes actes sexuels. Ce double standard a fortement diminué depuis les années 1960, et les femmes ne sont plus condamnées pour avoir des relations sexuelles hors mariage, par exemple. Néanmoins le double standard persiste pour certains comportements : les femmes sont jugées plus négativement que les hommes si elles ont de nombreux partenaires15–17, si elles font du triolisme18 ou si elles sont atteintes d’une maladie sexuellement transmissible19. Une étude15 menée auprès d’adolescent∙e∙s américain∙e∙s montre ainsi que, plus un garçon a eu de partenaires sexuelles au cours de sa vie, plus il sera apprécié de ses camarades, tandis que la situation inverse est observée chez les filles. Précisons que les hommes adhéreraient davantage au double standard sexuel, surtout les sexistes hostiles (à propos de la différence entre sexisme hostile et sexisme bienveillant, voir cet article)20. En outre, on adhérerait plus fortement au double standard dans certaines conditions, par exemple sous l’influence d’un groupe17 ou quand notre attention est détournée16.

Par ailleurs, les mythes sur le viol – des idées qui permettent de transférer la responsabilité des agressions sexuelles du coupable vers la victime – participent aussi à une réduction de la liberté sexuelle des femmes. En effet, l’un des mythes sur le viol consiste à dire qu’une femme qui a une sexualité « trop libre » et qui serait violée l’aurait « bien cherché ». D’après les résultats d’un sondage d’Amnesty International mené en Grande-Bretagne en 2005, 22% des personnes interrogées sont d’accord pour dire qu’une femme qui aurait beaucoup de partenaires sexuels et qui serait violée serait au moins partiellement responsable de ce qui lui serait arrivé21. Tout récemment, un homme condamné pour viol en Belgique, et qui a reconnu les faits, a obtenu une suspension du prononcé, ce qui signifie qu’il n’a écopé d’aucune peine. La raison à cela ? « La femme a participé jusqu’à un certain moment à un jeu de séduction qui a débouché sur les faits », d’après le jugement rendu. Autrement dit, comme la victime semble avoir exprimé à un moment donné une certaine attirance pour le violeur, le viol n’en est plus vraiment un. Les violences sexuelles apparaissent donc comme étant une sorte de « juste punition » pour celles qui vivraient et exprimeraient leur sexualité trop librement, en tout cas comme une conséquence logique et naturelle de leurs actes. On comprend alors pourquoi les mythes sur le viol constituent un mécanisme efficace de limitation de la liberté sexuelle des femmes.

9weeks

Visualiser certaines scènes de « 9 semaines 1/2 » augmente l’adhésion aux mythes sur le viol.

À ce sujet, on peut aussi faire remarquer que les représentations objectivantes des femmes augmentent l’adhésion aux mythes sur le viol de celleux qui les regardent (cela a notamment été démontré avec des publicités22,23 ou des scènes érotiques tirées de films interdits aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte24). Les publicités, les clips ou la pornographie représentant des femmes comme des objets sexuels réduisent donc indirectement la liberté sexuelle des femmes, via une plus grande acceptation des mythes sur le viol.

Cette stigmatisation des femmes « dépravées » peut expliquer au moins en partie pourquoi les femmes ont une sexualité en moyenne moins « libre » que les hommes10. En effet, par rapport aux hommes, les femmes rapportent qu’elles ont effectué moins d’actes sexuels dans leur vie, qu’elles ont des rapports sexuels moins fréquemment, qu’elles se masturbent moins, qu’elles trompent moins leur partenaire, qu’elles ont connu un plus faible nombre de partenaires, qu’elles s’engagent moins dans des « coups d’un soir », etc. Cette stigmatisation pourrait expliquer également pourquoi les femmes minimisent leurs expériences sexuelles. En effet, une étude a montré que si l’on demandait à des participant∙e∙s de remplir un questionnaire sur leurs expériences sexuelles, l’écart entre hommes et femmes se creusait quand l’anonymat des réponses n’était pas garanti (un expérimentateur pouvait lire leurs réponses).  En particulier, les femmes avaient tendance à déclarer moins de comportements d’autosexualité (masturbation, visionnage de vidéos érotiques ou pornographiques) et de partenaires sexuels dans cette situation que dans la situation d’anonymat.

Enfin, la sexualité féminine reste également entourée de stéréotypes. On considère par exemple que le désir sexuel des femmes est faible (en tout cas plus faible que celui des hommes), voire inexistant et que leur sexualité est passive. Cette dernière consisterait avant tout à répondre aux stimulations érotiques d’un partenaire actif et désirant (implicitement, masculin). Le plaisir et l’orgasme féminins sont peu considérés : la pratique la plus courante, la pénétration vaginale, ne provoque régulièrement un orgasme que chez une minorité de femmes (30-50%). Quant à la stimulation du clitoris (qui a plus de chances de provoquer un orgasme), elle est reléguée au rang des « préliminaires ». Par ailleurs, à travers l’orgasme féminin, ce n’est pas nécessairement le plaisir de la femme qui est recherché en premier, mais la valorisation du partenaire masculin en tant qu’amant compétent. Dans la sexualité, les hommes sont généralement tournés vers eux-mêmes : ils recherchent du plaisir, le sentiment d’être aimé et d’être un « bon coup ». Les femmes sont davantage tournées vers leur partenaire : elles veulent lui faire plaisir, lui témoigner de l’amour, et surtout ne pas le blesser (en n’ayant par exemple pas d’orgasme). Pour plus de détails, je vous invite à lire mon article sur la sexualité des femmes et les mythes qui l’entourent.

Des représentations culturelles d’appétits féminins dangereux et monstrueux

Susan Bordo note dans son livre An Unbearable Weight que les femmes sont souvent considérées dans le « trop plein »1 : on estime qu’elles en veulent toujours plus, n’en ont jamais assez. Elles veulent toujours plus de nourriture, plus d’amour, plus d’affection, plus de sexe, plus de cadeaux. Elles veulent toujours en savoir trop. Les femmes elles-mêmes adhèrent à cette idée et semblent parfois effrayées par leurs propres appétits qu’elles perçoivent comme dangereux et excessifs25. « Si je m’écoutais, je mangerais tout le temps » entend-on ou lit-on régulièrement de la part de femmes. Notre culture (mythes, cinéma, littérature…) est émaillée de références à des désirs féminins qui sèment le chaos et la désolation. Par exemple, dans les récits originels d’Adam et Ève et de la boîte de Pandore, la soif de connaissance des femmes (symbolisée par le désir de nourriture dans le cas d’Adam et Ève) a tout simplement conduit à tous les maux de l’humanité. L’idée sous-jacente est que les appétits féminins doivent donc être absolument bridés et contrôlés.

The vampire

The Vampire (1897), par Philip Burne-Jones. Son cousin, Rudyard Kipling, écrivit un poème inspiré de ce tableau, appelé également The Vampire. Dans ce poème misogyne, la femme vampire représente toutes les femmes qui n’aiment pas leur mari et qui causeraient leur perte en dépensant tout leur argent. Ici, la femme vampire est donc la femme matérialiste, obsédée par la possession de biens.

Ainsi, les appétits destructeurs semblent caractériser des monstres féminins dépeints à plusieurs époques, notamment à celles où les femmes ont gagné en droits et indépendance1. À la Renaissance, on dit que le Diable parvient à séduire plus facilement les femmes et à en faire des sorcières, car celles-ci sont plus facilement dominées par leur appétit sexuel que les hommes : le désir sexuel des femmes, mais pas celui des hommes, est ainsi source de danger et de chaos26 . L’appétit oral des ogresses et des sorcières des contes de fées est tel qu’il se traduit souvent par du cannibalisme27. La littérature victorienne du XIXème siècle voit fleurir de multiples figures de monstres féminins, toutes guidées par des appétits grotesques1,28. L’une des plus célèbres est celle de la femme vampire. Les vampires sont des êtres monstrueux, dont la soif de pouvoir et de domination – symbolisée par l’acte de manger – entraîne la maladie, la désolation et la mort. Si Dracula est le plus célèbre des vampires, c’est bien sous la forme d’une femme que la figure du vampire a dominé la littérature de la fin du XIXème siècle28. La faim et l’appétit des femmes provoquent à cette époque un tel effroi qu’ils sont placés au cœur de la littérature d’horreur d’alors. Ces femmes vampires étaient décrites comme dominées par leur faim, habitées d’un appétit sexuel insatiable et agressif, et guidées par leur désir pour les biens matériels. À la même époque, les féministes suffragistes – des figures quasi-monstrueuses puisque représentées sous les traits de femmes extrêmement laides – sont dépeintes comme étant guidées par leur haine des hommes et leur soif de pouvoir27. Cette image perdure, et encore maintenant, on se demande ce que les féministes veulent encore !

femme yéti

Une femme yéti, forte et vorace, par Crumb.

À cause de leur agressivité sexuelle, ces monstres féminins peuvent certes détenir une portée érotique et constituer un fantasme sexuel pour certains hommes. C’est particulièrement le cas pour les femmes vampires. On peut aussi penser aux femmes représentées par l’auteur de bandes dessinées américain Crumb, qui sont pour ainsi dire des monstres. Gigantesques, musclées, parfois poilues, violentes et animées d’un appétit sexuel incontrôlable, elles constituent clairement un objet de fantasme pour leur auteur. Notons que cela ne fait pas de Crumb un féministe, bien au contraire ! Il se qualifie lui-même de « porc misogyne » et ne cache pas son hostilité envers les femmes (qui n’auraient pas répondu assez positivement à ses avances). Un rapide coup d’œil à son œuvre permet de se rendre compte que ses personnages féminins, aussi peu conventionnels soient-ils, ne sont cantonnés qu’au rôle d’objet masturbatoire. Il n’hésite pas non plus à remplir ses BD de violences misogynes (non pas pour les dénoncer, mais plutôt par hostilité envers les femmes).

Ainsi, bien que ces figures féminines soient parfois pourvues d’une belle apparence (par exemple les femmes vampires) et puissent même constituer un objet de fantasme, elles restent monstrueuses et cauchemardesques. Dangereuses, toujours dotées d’une laideur morale, les femmes-monstres aux appétits excessifs entraînent inéluctablement la chute des hommes.

Dans l'opéra Carmen de Bizet (1875), le brigadier se laisse séduire par Carmen, une gitane libre et incontrôlable, et oublie Micaëla, jeune femme douce et soumise. Carmen est sans doute plus fascinante que Micaëla, mais le message de l'opéra est clair : Carmen provoquera la chute de Don José.

Dans l’opéra Carmen de Bizet (1875), le brigadier Don José se laisse séduire par Carmen, une gitane libre et incontrôlable, à la sexualité active et désirante. Pour elle, il délaissera Micaëla, sa fiancée, une jeune femme douce et soumise. Carmen est sans doute plus fascinante que Micaëla, mais le message de l’opéra, qui constitue un avertissement aux hommes, est clair : Carmen provoquera la chute de Don José.

Liens entre désir sexuel et désir de nourriture

Sous la lampe

Sous la Lampe par Marie Braquemond (1887).

Du fait que la sexualité et la nourriture créent désirs et plaisirs, elles ont été symboliquement associées dans nombre de sociétés humaines, dont la nôtre. On prodigue plaisir nourricier (« les bons petits plats ») et plaisir sexuel pour montrer son attachement à autrui, et c’est ce que font les femmes vis-à-vis de leur conjoint et de leurs enfants (en ce qui concerne la nourriture). La sexualité, et en particulier la sexualité agressive, violente et objectivante, est aussi associée au fait de manger : on parle de consommation sexuelle ou de prédateur sexuel. Quand une femme est harcelée sexuellement, on dit d’elle qu’elle est traitée comme un bout de viande. Une femme sexuellement attirante est dite « appétissante », et certaines femmes se préparent avant les rapports sexuels (épilation, lingerie…) pour être, justement, « appétissantes », tout comme elles préparent la nourriture afin qu’elle soit attrayante. Les femmes ne sont donc pas seulement celles qui préparent la nourriture des hommes, elles sont aussi parfois considérées symboliquement comme un « aliment sexuel » destiné aux hommes. Enfin, ce n’est peut-être pas par un hasard si les seins, organes nourriciers par excellence, sont  devenus des organes fortement sexualisés.

Il est bien connu qu’à l’époque victorienne, la sexualité était réprimée. Mais l’appétit oral des femmes l’était également. Il était tabou dans la littérature1,29 : on ne dépeignait pas des femmes en train de manger, surtout si la nourriture était riche, et surtout si les femmes mangeaient de manière sensuelle. A cette même époque, les normes et conventions voulaient que les femmes mangent peu et délicatement. Des magazines de mode féminins stipulaient qu’il était vulgaire pour les femmes de remplir leur assiette avec beaucoup de nourriture1. Dès lors, les ladies délicates et raffinées ne faisaient plus que picorer lors des repas et dîners publics, et la véritable consommation de nourriture devint pour ces femmes une activité privée et secrète, confinée à la chambre à coucher29. L’association entre sexualité et nourriture fut alors encore plus évidente. A l’heure actuelle, l’appétit oral des femmes semble encore, à certains égards, tabou et caché, en tout cas lorsqu’il apparaît comme excessif. Ainsi, les femmes boulimiques se cachent dans les phases où elles avalent une grande quantité de nourriture, alors que les quelques hommes atteints de cette même maladie mangent excessivement de manière publique1.

Catherine de Sienne, blabla

Comme beaucoup de saintes du Moyen Âge, Catherine de Sienne a exprimé son abnégation à travers de nombreux actes de dévotions : auto-flagellation, temps de sommeil minimal et en particulier refus de la nourriture (cf Holy Feast and Holy Fast, 1987 par C. Bynum).

Au Moyen Âge, des femmes jeûnaient pour se défendre contre les tentations de la chair30. Des hommes disaient aux femmes de se méfier de la nourriture, car elle provoquait le désir sexuel. A l’époque victorienne aussi, certains auteurs considéraient que la nourriture, surtout si elle était riche et épicée, induisait une augmentation de la libido et était associée à ce « fléau » qu’était la masturbation féminine29. Aujourd’hui, on constate que les femmes anorexiques, qui s’efforcent donc de contrôler au maximum leur appétit pour la nourriture, présentent également en général un plus faible désir sexuel que les femmes non anorexiques31–33. S’il peut exister des liens indirects (les femmes ayant subi des violences sexuelles sont à la fois plus à risques pour les troubles alimentaires et pour la perte de désir sexuel), il est également clair que la perte importante de poids entraîne une diminution de la libido34. De la même manière, le gain de poids chez les patientes anorexiques restaure le désir sexuel35. De façon générale, les femmes et les adolescentes anorexiques manifestent une anxiété non seulement vis-à-vis de la nourriture, mais également par rapport à la sexualité et à l’apparition de signes de maturation sexuelle lors de la puberté1,32,33.

Enfin, il existe par exemple des ressemblances frappantes entre l’importante répression de la sexualité qui prévalait jusque dans les années 1960 et le culte de la minceur actuel36,37. Certaines théoriciennes ont pu montrer que le culte de la minceur a une structure proche de celle des religions « classiques », et que ce culte réprime l’appétit pour la nourriture de la même façon que les religions réprimaient (et répriment encore) la sexualité36–38. Comme les religions, le culte de la minceur promet le « salut » si on suit ses injonctions. La minceur est en effet une véritable quête pour beaucoup de femmes, car on leur affirme qu’elle est la clé du succès, amoureux et professionnel. On leur fait croire qu’une fois qu’elles seront minces, elles auront atteint une sorte de « paradis », un bonheur total et parfait. Au contraire, le culte de la minceur fait vivre aux femmes obèses un véritable enfer de stigmatisation. De la même manière, la religion promettait un beau mariage et le salut de l’âme si l’on se comportait « bien », en restant notamment vierge jusqu’au mariage. Celles qui se comportaient « mal » étaifood-temptationent promises à un enfer sur terre (la stigmatisation des filles-mères) et dans l’au-delà. Par ailleurs, comme précédemment avec la sexualité, les femmes se sentent tiraillées : leur « mauvais » côté les enjoint de céder à l’appel de la nourriture (avant : à la tentation de la chair) et leur « bon » côté leur dit de résister36–38. De même que pour la répression de la sexualité, la répression du désir de nourriture s’appuie sur des émotions comme la peur, la honte ou la culpabilité. Comme les religions traditionnelles, le culte de la minceur propose des actions de « purification » à celles qui ont « mal agi » en cédant à leurs désirs : purgations (vomissements et usage de laxatifs), régimes et exercices physiques. En bref, on retrouve dans les deux types de culte le même cycle : désir, tentation, capitulation, haine de soi, purification.

Quand le mythe de la beauté s’oppose aux désirs des femmes

Le mythe de la beauté aide efficacement les femmes à nier leurs désirs. Nous avons vu que l’une des pratiques les plus courantes pour atteindre l’idéal de la minceur est le régime. Pour être « belles », les femmes sont donc contraintes de sacrifier, au moins en partie, ce plaisir précieux qu’est celui de manger, et ne pas répondre à l’appel de la nourriture. Mona Chollet écrit à ce propos : « Il est frappant de constater autour de soi le nombre de femmes qui se sont résignées à une sorte de frigidité gustative, tirant un trait sur cette source de plaisir, de connaissance et d’expérience du monde pourtant non négligeable que représente la nourriture. »39

Visite au chirurgien esthétique

Visite au chirurgien esthétique (Visita al Cirujano Plástico), tableau de Remedios Varo (1960).

Mais le mythe de la beauté s’oppose également au plaisir sexuel des femmes. Dans un certain nombre de cas, objectivation sexuelle et plaisir sexuel s’opposent franchement. Certaines pratiques de beauté requises pour être un bel objet sexuel nuisent directement au plaisir des femmes qui s’y adonnent. On peut penser en l’occurrence à la chirurgie esthétique, et plus précisément à l’augmentation mammaire et à la nymphoplastie. Les nymphes (petites lèvres) sont fortement innervées et contribuent aux sensations sexuelles40,41. Des données suggèrent que les femmes avec de grandes nymphes ressentent plus de plaisir42. Peu d’études ont été menées sur les effets de la nymphoplastie, mais il semblerait qu’il y ait un vrai risque de perte de sensibilité, étant donné l’innervation des petites lèvres. Quant à l’augmentation mammaire, la perte de sensibilité au niveau des tétons et/ou de la peau du sein en est une complication relativement courante. Une étude indique ainsi que 25% des femmes opérées avaient perdu en sensibilité au niveau de la peau des seins, 4 à 6 ans après l’opération43. Une autre étude indique que le seuil sensoriel (stimulus minimum pouvant être détecté) des tétons est significativement plus élevé chez les femmes ayant subi une augmentation mammaire que chez les femmes non opérées44. Plus précisément : il serait presque 10 fois plus élevé pour les premières, ce qui signifie qu’il faudrait exercer, pour qu’elle soit ressentie, une pression presque 10 fois plus forte sur le téton des femmes opérées que sur celui des femmes non opérées.

L’objectivation sexuelle nuit également de manière plus subtile au plaisir sexuel. En effet, des études de psychologie sociale montrent que l’auto-objectivation (le fait de se considérer comme un objet sexuel) entraîne une anxiété quant à son apparence. Or, cette anxiété induit une focalisation sur son apparence pendant les rapports sexuels : « Est-ce qu’il ne voit pas trop ma graisse ? Suis-je bien épilée ? » Etant moins capables de se concentrer sur leurs sensations, les femmes qui s’auto-objectivent voient leur sexualité se détériorer45–47. Encore une fois, le mythe de la beauté, par la surveillance constante qu’il induit, conduit à un enfermement, cette fois-ci de type sensoriel.

Femme sauvage, illustration de la Chronique de Nuremberg (1493) (source)

Femme sauvage, illustration de la Chronique de Nuremberg (1493) (source).

Enfin, la passivité et le manque de désir sexuel que l’on attribue aux femmes pourraient se retrouver dans plusieurs idéaux de beauté. Nous l’avons vu, appétit oral et appétit sexuel sont liés, symboliquement mais aussi physiologiquement, la perte de poids induisant une baisse de la libido. Il se pourrait donc que l’idéal de la minceur ne représente pas simplement le renoncement aux plaisirs de la nourriture, mais également le renoncement aux plaisirs en général, et notamment au plaisir sexuel. Par ailleurs, les organes génitaux féminins changent d’aspect lors de l’excitation sexuelle : le clitoris et les petites lèvres s’engorgent de sang, augmentant de volume ; le diamètre des petites lèvres augmente de deux à trois fois48,49. Elles changent également de couleur, devenant plus foncées ou plus rouges. Or la vulve est elle-même soumise à des normes de beauté qui valorisent une petite taille (voir l’article sur l’idéal de jeunesse)50,51. Il se pourrait que des nymphes trop grosses ou trop foncées puissent symboliser un désir sexuel trop important, et soient donc considérées comme laides pour ces raisons. Enfin, historiquement, les poils ont été associés au désir sexuel. Au Moyen Âge, des femmes sauvages couvertes de poils et à l’appétit sexuel débridé peuplent les contes52,53. Durant la Renaissance, les cheveux lâchés des sorcières représentent leur désir sexuel ; et ces créatures sont parfois décrites comme poilues et/ou portant une barbe, comme par exemple dans la pièce Macbeth de Shakespeare53,54. A cette même époque, le physicien italien Giambattista della Porta pensait que plus une femme avait des poils épais, plus elle était lubrique54. Au XIXème siècle, cette théorie du lien entre la pilosité d’une femme (notamment celle de son pubis) et son appétit sexuel se retrouve dans les écrits de plusieurs « savants », notamment de médecins54. Lombroso, qui recherchait des traits physiques associés à la criminalité, considérait que les prostituées étaient plus poilues54 et plus grosses28 (« des monstres positifs de tissus adipeux ») que la moyenne, ces caractéristiques étant prétendument le signe de leur « impudicité » et de leur côté « sauvage » et « primitif ».

Conclusion

En conclusion, si les femmes sont sexualisées, ce n’est pas pour autant qu’elles sont autorisées à goûter aux plaisirs sensuels. Les normes de beauté contribuent à renforcer cet interdit. L’un des exemples les plus évidents est celui de la norme de minceur : pour l’atteindre ou même s’en approcher, les femmes doivent refréner leurs désirs de nourriture. De manière plus subtile, l’interdiction du plaisir sexuel pourrait également être consolidée ou du moins symbolisée par certaines normes de beauté : celle de la minceur, de l’absence de pilosité ou encore celle de la petitesse des nymphes. Dans tous les cas, la chirurgie esthétique et l’auto-objectivation peuvent réduire les sensations sexuelles.

Références

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  2. Liss-Levinson, N. Disorders of desire: Women, sex, and food. Women & Therapy 7, 121–129 (1988).
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6 réflexions sur “L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – la répression des désirs

  1. « la pénétration vaginale, ne provoque régulièrement un orgasme que chez une minorité de femmes (30-50%) » > C’est issu du rapport Hite c’est bien ça ? Il faudrait que je me repenche dessus parce que là je suis étonnée (ça fait une bonne minorité quand même !). Très bon travail, agréable à lire sinon !

    • Le rapport Hite avance le chiffre d’environ 30%, mais j’ai vu des études où ce chiffre allait jusqu’à 50%. Je me rends compte que je n’ai pas cité ma source pour mon ordre de grandeur (30-50%). Je me suis basée sur le livre d’Elisabeth Lloyd, The Case of the Female Orgasm: Bias in the Science of Evolution (2005), qui répertorie toutes les analyses à ce sujet

  2. Passionnant. L’homme est sujet, la femme est objet.

    Notre société conditionne les femmes à considérer que le but le plus élevé de leur vie est d’être objet du désir masculin. On voit à quel point le mannequinat est prestigieux, les concours de Miss font rêver les petits filles. Toute le presse « féminine » tourne uniquement autour de ce but.

    Dans le Deuxième Sexe, je ne sais plus à quel moment, Simone de Beauvoir observe que virilité et vitalité sont associées. Ainsi à chaque fois qu’une femme fait preuve de vitalité, se comporte comme un être humain, on dit qu’elle est « virile » ou masculine.

    Je lisais il y a peu un livre sur les Bourbons (rois de France) et l’auteur observait que ces derniers étaient de gros mangeurs de gibier et des coureurs de jupons. Appétit sexuel et gourmandise étaient associés, de façon positive, vu qu’on parle d’hommes…Et ces appétits légitimaient davantage leurs statuts d’hommes de pouvoir, de monarques.

  3. On peut aussi rajouter qu’il y a une énorme obsession patriarcale qui vise à retirer toute indépendance (y compris indépendance sexuelle) chez la femme: ainsi elles deviennent des individus qui doivent faire plaisir en performant des actes sexuels violents (et dont le plaisir vient de… se nuire, laisser les hommes nuire et la soumission aux désirs les plus sadiques) et suivant des normes fascistes de beauté (là encore, le plaisir proviendrait de la source de se convenir à des normes et des stéréotypes à travers un processus physiquement et psychologiquement difficile -y compris la stigmatisation par d’autres femmes, en particulier celles qui estiment que toutes les femmes doivent s’y soumettre sinon elles perdent de la « valeur »-), et donc elles deviennent dépendantes des fantasmes misogynes, crées par et pour les hommes. Aujourd’hui, on confond souvent le véritable indépendantisme sexuel qui serait donc une sexualité non violente, non hétéro/pénis centré, non « sex doll » stylé, pour le « choix » d’y adhérer. Mais c’est un autre débat.

  4. Pingback: L’infantilisation et la sexualisation (antisexisme) – Le Vagin Connaisseur

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