L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – l’infantilisation et la sexualisation

Betty Boop

Betty Boop est un personnage aux caractéristiques très enfantines : grosse tête, grand front, grands yeux, sourcils hauts, petit nez, petite bouche pulpeuse, menton minuscule. Elle ressemble presque à une sorte de bébé sexualisé

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Conclusion

La jeunesse comme idéal

C’est un fait bien connu : une femme est belle si elle est jeune. Il existe une différence moyenne d’âge au sein des couples hétérosexuels, la femme étant généralement plus jeune que son conjoint. Cette différence est presque universelle, puisqu’une étude a montré que, dans les années 1990 et 2000, l’homme était en moyenne plus âgé que sa conjointe dans 201 pays sur 2021. En France, en 1999, les hommes en couple avec une femme avaient en moyenne 2,6 ans de plus que leur conjointe2. Dans 70% des cas, l’homme était né au moins l’année avant sa compagne, alors que la situation inverse n’existait que dans 20% des cas ; dans 10% des couples hétérosexuels, les deux partenaires étaient né∙e∙s la même année. Dans environ 6% des couples, l’homme avait au moins 10 ans d’écart avec sa compagne (la situation inverse représentait moins de 1% des couples). Notons néanmoins que la différence moyenne d’âge entre partenaires hétérosexuels s’est réduite entre les années 1950 et 1990 (mais les écarts d’âge importants ont été en progression)2.

Des données sur l’âge au premier mariage en 2007 indique que, plus les hommes se marient tard pour la première fois, plus l’écart d’âge avec leur épouse se creuse, alors que plus les femmes se marient tard pour la première fois, plus l’écart d’âge avec leur époux se comble1. Aux Etats-Unis, il a été montré que les hommes ont des chances de former un couple hétérosexuel stable tout le long de leur vie, alors que pour les femmes, cette chance se réduit drastiquement après 40 ans3. Par ailleurs, les femmes de 60 ans ou plus sont beaucoup moins fréquemment sexuellement actives que les hommes du même âge (55.8% des femmes mariées contre 73.8% des hommes mariés ; 5.3% contre 31.1% pour les célibataires)4. Cette différence peut être due à plusieurs facteurs (désintérêt pour la sexualité, maladie…), mais on peut supposer que le faible intérêt que suscitent les femmes âgées joue également un rôle.

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel

On peut aussi noter l’existence d’un autre phénomène : le fait que des hommes quinquagénaires délaissent, voire quittent, leur épouse pour des femmes bien plus jeunes qu’eux. Je n’ai malheureusement pas trouvé d’études à ce propos, qui pourrait donner une idée de l’ampleur du phénomène, mais je présume que la majorité de mes lecteurices connaissent au moins un couple hétérosexuel dans ce cas. Sylvie Brunel, elle-même quittée brutalement par Éric Besson, a écrit un livre à ce sujet, où elle analyse ce phénomène comme une forme moderne de répudiation5.

Les représentations des femmes âgées dans les médias sont révélatrices du fait que ces dernières sont désexualisées. Ayant perdu de leur principal intérêt (le fait qu’elles soient de beaux objets sexuels), elles sont systématiquement sous-représentées, que ce soit à la télévision, dans les publicités, les films, les magazines, ou la littérature pour enfants6. Une étude américaine7 sur les publicités à la télévision indique que parmi les femmes représentées, seulement 7.3% ont 50 ans ou plus, contre 16.1% pour les hommes. Par ailleurs, les hommes de plus de 50 ans ont deux fois plus de chance d’être représentés comme personnage principal de la publicité. De plus, 22.5% des hommes de plus de 50 ans sont représentés donnant des ordres, contre seulement 4.7% des femmes de 50 ans ou plus. Enfin, si les femmes jeunes sont assez fréquemment sexualisées (par exemple, 7% des femmes âgées de 20 à 39 ans portent des vêtements « provocants » dans ces publicités), ce n’est plus le cas des femmes de plus de 50 ans (aucune ne porte de vêtements provocants).

Angelina Jolie

Les femmes aux traits enfantins sont jugées plus belles, mais aussi plus faibles et plus soumises…

Plusieurs études8–10 (généralement de psychologie évolutive) suggèrent que les hommes hétérosexuels sont attirés par les femmes qui ont un visage à l’air enfantin (front bombé, grands yeux, petit nez, lèvres charnues, sourcils placés  haut…). Les individus des deux sexes qui présentent des traits enfantins sont perçus comme plus naïfs, plus soumis, plus faibles, moins intelligents, moins sociables, moins menaçants, plus chaleureux et plus honnêtes11.

Par ailleurs, l’idéal de la minceur est également un idéal de jeunesse : la cellulite et l’apparition de rondeurs sont des caractères liés à la maturité sexuelle des femmes. La mobilité réduite, érotisée par exemple via les talons aiguille, pourrait également suggérer les mouvements maladroits des jeunes enfants.

En moyenne, les hommes accostent plus fréquemment les femmes blondes que les femmes ayant une autre couleur de cheveux (bien que, si on les interroge, cette préférence ne ressorte pas de manière évidente)12,13. Or, en Occident, la blondeur est notamment associée à l’enfance, les enfants ayant généralement des cheveux plus clairs que les adultes (d’où l’expression « nos chères têtes blondes »). Les femmes blondes sont sujettes à de nombreux stéréotypes négatifs : elles seraient moins intelligentes, moins compétentes, moins indépendantes, plus démunies, et auraient une sexualité plus permissive12. Peut-être est-ce en raison de cette association avec l’enfance, de cette vulnérabilité et de cette disponibilité sexuelle symbolisées par la blondeur que les hommes abordent plus fréquemment les femmes blondes. Néanmoins, les clichés très négatifs à leur encontre pourraient expliquer qu’ils ne disent pas les trouver plus belles que les femmes ayant une autre couleur de cheveux.

Extrait du projet crocodile

Extrait du Projet Crocodile

Outre la graisse, une autre marque de la maturité sexuelle des femmes est exécrée : les poils qui apparaissent spécifiquement à la puberté (et non ceux déjà présents chez les enfants, comme les poils des sourcils ou les cheveux) : ceux des jambes, des aisselles, et dans une moindre mesure ceux du pubis. Aux Etats-Unis, l’idéal du glabre aurait émergé entre 1915 et 1945 et serait devenu la norme après la Seconde Guerre mondiale, en raison de l’influence de magazines de mode comme McCall’s et Harper’s Bazaar14. Une enquête15 auprès de 1000 Néo-zélandais∙e∙s indique que 81% trouvent qu’il est acceptable pour les hommes de laisser leur poils à l’état naturel ; seulement 11% pensent de même pour les femmes. Comme je l’ai dit en introduction, les sentiments suscités à la vue de cette pilosité sont de l’ordre du dégoût16–19. Le fait de garder sa pilosité féminine est jugé sale, ou peu hygiénique19,20 : ainsi, les jeunes femmes australiennes qui retirent les poils de leurs aisselles et de leur pubis le font essentiellement pour « se sentir plus propres »21, et les femmes américaines qui enlèvent ceux du pubis agissent ainsi dans le but « d’avoir l’air plus propres »22. Garder ses poils, en particulier sur les jambes ou au niveau des aisselles, est socialement puni, et c’est aussi l’une des principales raisons pour lesquelles les femmes enlèvent leur pilosité19,21. Les femmes qui gardent leur pilosité sont évaluées comme étant moins attirantes, bien sûr, mais aussi comme étant moins : intelligentes, sociables, joyeuses, positives, décontractées et morales qu’une femme sans poils23,24. Elles sont en revanche perçues comme étant plus actives, plus fortes, plus agressives, plus dominantes, plus indépendantes, en meilleure forme physique et s’affirmant plus.

Rupi Kaur règles

Cette photo de Rupi Kaur, la représentant avec son pantalon tâché de sang menstruel, a été modérée par Instagram car elle serait trop « choquante ». En même temps, ce réseau social est envahi de photos dégradantes de femmes (parfois mineures), objectivées sexuellement. Source

Une autre marque de maturité sexuelle des femmes est considérée comme « sale » et est sujette à tabou : les règles. Comme pour les poils, le sang des règles est construit comme un objet de dégoût qu’il convient de cacher absolument (au contraire du sang d’une plaie)25. Les femmes ne doivent dévoiler aucun signe qui puisse suggérer qu’elles ont leurs règles : pas d’odeur, pas de taches. Cette norme induit elle aussi un comportement d’autocontrôle : les femmes doivent en effet régulièrement contrôler que leur protection est bien efficace, ne laissant pas s’écouler le sang là où il ne faut pas. Elles utilisent également d’autres stratégies, comme porter des vêtements sombres et amples au moment des règles pour éviter tout problème134.

moule

Enfin, le sexe des femmes adultes est considéré comme laid, dégoûtant et malodorant26. En France, on l’associe à des mollusques comme la moule, l’huitre ou l’escargot (« schneck » signifiant escargot en alsacien), ce qui suggère qu’il est visqueux, mou et gluant. Une étude qualitative sur 20 femmes américaines27, ayant des profils différents en termes d’âge, d’orientation sexuelle ou de couleur de peau, indique que les femmes décrivent couramment leurs organes génitaux comme étant sales, en particulier au moment des règles. Deux tiers considéraient que leurs organes génitaux nécessitaient un entretien régulier, pour éviter qu’ils deviennent trop poilus ou malodorants (notons qu’aux Etats-Unis, la pratique des douches vaginales est plus commune qu’en France). Elles étaient également nombreuses à trouver leur vulve laide, trop grosse, trop foncée ou asymétrique, et à se comparer à ce qu’elles voyaient dans les films pornographiques : « J’ai vu d’autres vagins dans des pornos, où ils ont l’air si parfaits, alors que le mien est de travers et d’une couleur sombre ». On peut en effet faire remarquer que la représentation du sexe féminin dans les médias est éloignée de la réalité, et correspond plutôt à celui d’une fille prépubère : lisse, sans poils, relativement clair, et avec des petites lèvres cachées. C’est évidemment le cas dans les productions pornographiques. Une étude28 s’est penchée assez précisément sur la représentation des organes génitaux sur les photos de la page centrale du magazine Playboy. De 1953 à  2007, la pilosité des pubis  devenait de plus en plus rare. Sur des photos récentes (2007 et 2008), 61.2% des modèles ne présentaient absolument aucune pilosité pubienne, 19.5% présentaient une forme d’épilation non totale et seule 18.9% avaient une pilosité non altérée. Quand la vulve était visible (73 photos), les petites lèvres étaient invisibles dans 82.2% des cas (60 photos) ; dans 15.5% (11 photos) elles ne dépassaient pas des grandes lèvres et dans seulement 2.7% des cas (2 photos), elles étaient protubérantes (dépassaient les grandes lèvres). Des petites lèvres de couleur foncée n’étaient présentes que sur une seule photo.  Par ailleurs, notons que même dans les photos de femmes en maillot de bain ou en sous-vêtements, que l’on retrouve dans les magazines féminins, la zone génitale est représentée comme une simple surface, sans protubérance ou indentations29. En d’autres termes, alors que les vulves présentent une forte diversité de forme, de taille et de couleur30, un seul type est représenté dans les médias, ce qui fait qu’un certain nombre de femmes pensent que leur vulve est « anormale ». Enfin, le vagin est également considéré comme désirable s’il est étroit, signe d’une certaine pureté, rappelant la virginité et l’enfance31 (cf également « le point du mari »).

Les pratiques de beauté pour « rajeunir »

Le maquillage permet d'agrandir les yeux et de souligner les lèvres

Le maquillage permet d’agrandir les yeux et de souligner les lèvres

Pour lutter contre ces signes de maturation sexuelle ou du passage du temps, les femmes s’adonnent à de nombreuses pratiques. Les crèmes antirides, le botox ou les liftings permettent de lutter contre l’apparition des rides.  La teinture des cheveux sert soit à s’éclaircir les cheveux, soit à camoufler ceux qui sont gris. Les régimes, les massages et certaines crèmes promettent de « brûler » la graisse, en particulier la cellulite. Plusieurs pratiques permettent d’avoir des traits plus enfantins : le maquillage agrandit les yeux et met en valeur les lèvres (qui peuvent aussi être gonflées grâce à la chirurgie esthétique) et la rhinoplastie permet de réduire la taille du nez.

Les poils indésirables, en particulier ceux des jambes et des aisselles, sont retirés via le rasage et l’épilation15,17,21,32. Les études montrent que dans les pays occidentaux, entre 92 et 98% des jeunes femmes retirent les poils de leurs jambes, et qu’entre 91 et 96% enlèvent ceux des aisselles15,17,21,32 (ces taux reflètent la prévalence au moment précis de l’enquête – il faut noter qu’un certain nombre de femmes ne se rasent et/ou ne s’épilent qu’en été, ce qui peut expliquer la variabilité des réponses33). Une enquête de 2005 auprès de femmes britanniques de tous âges indiquait que celles âgées de 51 ans ou plus avaient significativement plus de chance de ne s’être jamais rasé ou épilé les jambes (21% contre 2% des femmes âgées de 21 à 50 ans)34. Des études chez les adolescentes et jeunes femmes australiennes indiquent qu’entre 36 et 75% d’entre elles enlèvent les poils de leurs jambes au moins une fois par semaine, et qu’entre 57 et 89% retirent au moins une fois par semaine ceux des leurs aisselles15,17,21,32. La majorité des femmes ont commencé à retirer les poils de leurs jambes et de leurs aisselles, dès le moment de la puberté, à l’âge de 12-14 ans15,21,33. Par ailleurs, les femmes féministes et/ou lesbiennes ont plus souvent tendance à garder leur pilosité, même si une majorité se rase ou s’épile tout de même afin d’éviter d’être stigmatisée32,33.

La pilosité masculine est aussi en partie éliminée, puisque beaucoup d’hommes se rasent la barbe et/ou la moustache (78% des hommes néozélandais le feraient régulièrement15), mais il existe une différence majeure avec l’épilation ou le rasage chez les femmes : la pilosité faciale des hommes n’est pas sujette à un tel tabou. Les hommes n’ont pas besoin de cacher leur barbe de trois jours et si quelques poils sont apparents, cela n’a rien de catastrophique. Or, chez les femmes, l’objectif du rasage et de l’épilation est de prétendre que le corps féminin est naturellement imberbe35. Toute trace de pilosité au niveau des jambes et des aisselles doit être éliminée, et c’est pour cela qu’elles commencent à se raser et/ou s’épiler dès la puberté, c’est-à-dire dès que ces poils apparaissent (alors que les hommes commencent plus tard15). Même quelques repousses sont jugées écœurantes car elles rappellent que les femmes ont des poils. L’existence de la pilosité masculine n’a pas besoin d’être cachée, car  les poils masculins, qu’ils soient sur le visage ou sur le reste du corps, ne sont pas perçus comme aussi dégoûtants que ceux des femmes17.

épilation

La norme du glabre s’étend aussi au pubis. La proportion de femmes de moins de 40 ans qui enlèvent au moins en partie des poils du pubis serait de 61 à 86% dans les pays occidentaux15,21,22. Il y a d’importantes variations en fonction de l’âge, les plus jeunes s’épilant/se rasant beaucoup plus fréquemment le pubis que les femmes plus âgées. Une étude américaine de 2010 indique ainsi que la prévalence de l’épilation/rasage du pubis diminue avec l’âge36. Par exemple, 88% des femmes américaines âgées de 18 à 24 ans épileraient/raseraient leur pubis (dont 59% de manière intégrale) alors que seulement 37% des femmes de 50 ans ou plus le feraient (dont 11% de manière intégrale). Aux Etats-Unis, il a été démontré que cette pratique est surtout répandue parmi les jeunes femmes blanches, hétérosexuelles, minces et gagnant au moins 30 000 dollars par an36.

De nouvelles pratiques émergent également pour « embellir » les organes génitaux des femmes et leur donner une apparence plus enfantine. La nymphoplastie (appelée aussi labioplastie : réduction des petites lèvres par chirurgie) est une pratique en pleine expansion37. Ainsi, en Australie, le nombre d’interventions a été multiplié par 2,5 entre 2001 et 2013 pour les patientes âgées de 15 à 24 ans. Au Royaume-Uni, une multiplication par 5 a été notée entre 2001 et 2008, pour les patientes de tous les âges.  Aux Etats-Unis la demande a augmenté de 44% entre 2012 et 201338. Si la nymphoplastie peut être indiquée en cas d’inconfort ou de douleurs, la principale raison est d’ordre esthétique. Ainsi, selon une étude britannique de 2014, 71% des femmes qui se feraient opérer le feraient notamment pour des raisons esthétiques39. Enfin, d’autres pratiques existent et se développent, même si elles restent minoritaires pour le moment, comme le blanchiment de l’anus et de la vulve.

Dans la culture pédophile, je remarque souvent des hommes qui me matent en public, les yeux lubriques, jusqu’à ce qu’ils voient les poils sur mes jambes – à ce moment là, ils affichent un dégoût ostensible. J’ai déjà entendu des groupes de mecs, en âge d’être étudiants, qui disaient ne pas pratiquer le cunnilingus avec une femme si ses lèvres sont trop proéminentes. Un homme qui tentait de coucher avec moi depuis trois ans a subitement changé d’avis quand il a appris que je ne m’épilais pas le pubis et que je ne le ferais pas. Autrement dit, plusieurs hommes ont arrêté d’être attirés par moi quand ils ont compris que j’étais une femme et pas une jeune fille.

Évidemment tous ces hommes qui manifestent une « préférence » pour les qualités susmentionnées chez les femmes ne sont pas des pédophiles au sens strict du terme. Mais il semble qu’un nombre important d’hommes, vraisemblablement suite à un conditionnement culturel profond, trouve séduisantes chez une femme les mêmes choses qu’un pédophile trouvera séduisantes chez une enfant. Lèvres minimales, vagins étroits, hymens intacts, peau de bébé, membres et vulves glabres, jeunesse éternelle, petits corps fragiles… Comme l’écrit l’utilisatrice de Tumblr « reddressalert », « comment se fait-il que nous ne reconnaissions pas que c’est essentiellement la description d’un bébé ou d’une toute-petite ? ».

Extrait d’un texte d’Alicen Grey : la culture pédophile

En conclusion, s’il est reconnu que la jeunesse est un idéal de beauté pour les femmes, il est moins fréquent d’entendre dire qu’en réalité, un certain nombre de caractères que les hommes jugent attirants chez les femmes sont en fait des caractères carrément enfantins. L’un des exemples les plus flagrants est  l’absence de poils. Cela n’est peut-être pas si étonnant si l’on sait que jusqu’au XIXème – XXème siècle, des hommes adultes avaient parfaitement le droit d’avoir des rapports sexuels avec des très jeunes femmes (12-14 ans), voire des enfants40. Jusqu’à l’époque moderne, les jeunes filles étaient souvent mariées vers l’âge de 12-14 ans40. Au début du XIXème siècle, les hommes avaient le droit de violer des enfants de 10 ans au Royaume-Uni40. A la fin du XIXème siècle, aux Etats-Unis, dans l’état de New-York, les rapports sexuels avec des enfants de 10 ans étaient légaux41.

Il va sans dire que les enfants sont beaucoup plus vulnérables que les adultes, car iels sont inexpérimenté∙e∙s et totalement dépendant∙e∙s de leurs parents. Même un∙e jeune adulte a un statut plus faible qu’un∙e adulte plus âgé∙e, car l’âge permet d’acquérir de l’expérience et du savoir. L’idéal de beauté lié à la jeunesse ou à l’enfance est donc bien un idéal de vulnérabilité et de faiblesse.

Un beau corps féminin est un corps sexualisé

talon

Les talons aiguilles modifient la posture et mettent en relief des parties sexualisées du corps, notamment les fesses et les seins. Adapté de Hyperbate 

Comme les femmes sont objectivées sexuellement, leur corps est perçu comme plus sexuel que celui des hommes. Certaines parties du corps féminin sont chargées d’une lourde connotation érotique. C’est notamment le cas des seins, des hanches et des fesses. Coupées en parties plus ou moins sexuelles, les femmes ne sont plus regardées comme des personnes, mais littéralement comme des objets, comme le montrent les études de psychologie (voir le regard masculin). Une fois érotisées, les parties du corps jugées sexuelles sont habillées d’une manière particulière dans les sociétés occidentales : elles doivent être ni trop cachées ni trop dévoilées. Si une femme porte des vêtements trop larges, et que les formes de sa poitrine, de ses hanches et de ses fesses ne sont pas discernables, on dira qu’elle n’est pas élégante et pas féminine. Si les vêtements en dévoilent trop, elle sera considérée comme une « salope », une femme dévergondée, qui mérite de subir des violences sexuelles (harcèlement, attouchement ou viol). Les femmes occidentales doivent donc trouver un juste équilibre entre féminité et vulgarité, ce qui est évidemment difficile, voire impossible.

Les vêtements des hommes permettent de distinguer clairement les membres du corps (bras, jambes, troncs) sans pour autant dévoiler en détail leurs formes. A l’inverse, ceux des femmes occidentales exposent ces formes, voire les accentuent. La forme de leurs fesses, de leurs hanches et de leurs seins est ainsi dévoilée au tout-venant, comme s’il s’agissait d’une information qui devait être rendue publique. Ainsi, les pantalons féminins sont beaucoup plus proches du corps que ceux des hommes. Faisons remarquer qu’il existe des pantalons « push up » pour femmes, qui permettent de souligner la forme de leurs fesses. La même chose est vraie pour les t-shirts et autres hauts (et notons également l’existence de soutiens-gorge «push-up » qui cette fois-ci amplifient la forme des seins). Les décolletés, qui laissent apparaître une partie des seins (sans entièrement les dévoiler cependant) ne sont portés que par les femmes. En même temps, les femmes ne sont pas autorisées à exposer entièrement leurs seins, alors que les hommes peuvent dévoiler leur poitrine. Si dans la loi française, les hommes et les femmes sont à égalité dans ce domaine (il est pareillement interdit aux hommes et aux femmes d’être torse nu en ville, et il est autorisé aux deux sexes de dévoiler leur poitrine sur la plage), dans les faits, l’exposition de la poitrine féminine est connotée de manière bien plus érotique et scandaleuse. Il y a donc un jeu de voilement/dévoilement propre aux parties érotisées du corps féminin.

En haut, pantalons de femmes, en bas, pantalons d'hommes (images tirées du site de la Redoute et prises au hasard). Remarquons aussi la position plus instable des femmes

En haut, pantalons de femmes, en bas, pantalons d’hommes. Remarquons aussi la position plus instable des femmes. Images prises au hasard sur le site de la Redoute

Dans d’autres cultures (notamment les cultures musulmanes contemporaines, mais pas seulement), ces parties érotisées doivent être camouflées, notamment les cheveux. Or, les injonctions à dévoiler ou à voiler le corps féminin ne sont que les deux faces de la même médaille : le corps des femmes est érotisé et ne leur appartient pas. Soit il faut le dissimuler pour ne pas émoustiller les hommes, soit il faut au contraire l’exposer (mais de manière suggestive) pour leur plaire.

Mouvements bassin

En haut : mouvement de bascule du bassin
En bas : mouvement de rotation du bassin

Nous avons vu précédemment que les talons aiguilles « embellissent » les femmes. Non seulement ils rendent la démarche des femmes incertaine, mais ils mettent également en avant les hanches et les fesses des femmes. Les talons aiguilles renforcent le basculement et la rotation du bassin lors de la marche, autrement dit ces chaussures obligent les femmes à davantage se déhancher et sortir les fesses42.

Des interventions de chirurgie esthétique permettent d’augmenter la taille des seins et des fesses. Il y aurait eu entre 286 000 et 297 000 actes d’augmentations mammaires aux Etats-Unis en 2014, ce qui en fait la première ou deuxième intervention de chirurgie esthétique la plus répandue dans ce pays43–45. En France, il y en aurait eu 40 000 en 2014, ce qui en fait la première procédure de chirurgie esthétique45. Par ailleurs, l’augmentation des fesses par chirurgie a le vent en poupe : entre 2012 et 2013, le nombre d’interventions a augmenté de 58% aux Etats-Unis38.

Enfin, notons que depuis le début du XXème siècle, un certain nombre de pratiques, autrefois réservées au monde de la prostitution ou de la pornographie, se banalisent dans la population féminine globale, comme si le modèle de beauté des femmes occidentales devait être celui de la « putain » (à opposer à celui de la « maman »). Au XIXème siècle, le maquillage, et en particulier le fard à joues, était associé au monde du théâtre et de la prostitution46. Il s’est étendu au reste de la population pendant les années 1920. Les augmentations mammaires proviendraient également du monde de la prostitution, et plus précisément du système prostitutionnel mis en place par l’armée américaine au Japon après la seconde guerre mondiale47 : les soldats américains auraient trouvé les seins des prostituées japonaises trop petits. Les médecins japonais auraient alors proposé de remédier à ce « problème » en injectant de la silicone (non encapsulée) dans la poitrine de ces femmes, après avoir essayé la paraffine et le lait de chèvre.  Cette pratique (très néfaste pour la santé, et dangereuse) aurait ensuite été importée aux Etats-Unis, et commença à s’y développer dans les années 1960. Par la suite, les implants remplacèrent les injections. Enfin, les nouvelles tendances pour « embellir » ses organes génitaux, comme l’épilation pubienne, la nymphoplastie ou le blanchiment anal et vaginal, sont très probablement influencées par la pornographie.

En conclusion, il y a une tendance de plus en plus forte depuis le début du XXème siècle pour que les femmes se conforment à un idéal qui exprime la disponibilité sexuelle. On les incite notamment à adopter des pratiques au départ cantonnées aux milieux de la prostitution et de la pornographie. Suggérer la disponibilité sexuelle est différent du fait d’exprimer son désir sexuel, comme nous allons le voir par la suite.

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  46. Peiss, K. Hope in a Jar: The Making of America’s Beauty Culture. (University of Pennsylvania Press, 1998).
  47. Haiken, E. Venus Envy: A History of Cosmetic Surgery. (Johns Hopkins University Press, 1999).

56 réflexions sur “L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – l’infantilisation et la sexualisation

  1. Professeur au collège, j’ajouterais que les garçons de 4èmes sont stupéfaits d’apprendre que les poils sont un caractère sexuel féminin: pour eux, les femmes sont naturellement glabres. Des conversations surprises dans les bus scolaires m’ont appris que l’épilation intégrale était une pratique courante chez les collégiennes, qui éliminent leurs premiers poils pubiens, jugés sales. Voilà, voilà…

  2. Encore un très bon article , merci beaucoup pour ton travail !

    J’ai moi aussi constatée cette « terreur du poil » chez les ados en travaillant comme animatrice de colonies de vacances . J’ai travaillé avec des ados de 10 à 14 ans chaque été entre 2012 et 2014 . Avant chaque sortie piscine une odeur horrible de crème dépilatoire empestait dans tout le bâtiment , mon boulot était d’aller voir les jeunes filles et de leur confisquer ( ces produits sont très dangereux pour la santé et donc interdits par le règlement ) en le justifiant de la manière la plus gentille et pédagogique possible . Et presque à chaque fois ces confiscations donnaient lieu à des grosses paniques / crises de larmes etc … la plus part du temps c’étaient des jeunes filles de 11/12 ans qui avaient piquées en douce des crème ou des rasoirs à leur maman par peur de se faire insulter une fois en maillot de bain .

  3. Pingback: A LIRE... | Pearltrees

  4. Article, comme d’habitude, très instructif!
    J’aimerais qulques précisions sur le maquillage attribuée aux prostituées : que représentait le fard à joue par exemple? Est-ce que ce sont les couleurs vives qui étaient considérées comme érotiques ou était ce la mise en avant des pomettes? Et pourquoi les pomettes? Les autres femmes portaient peu de maquillage en contraste?

    Sinon je suis d’accord avec votre conclusion, la prostitution et la pornographie jouent un rôle essentiel dans l’objectification, sachant que ces deux institutions, déjà étroitement lies, ne sont que la reification des fantasmes misogynes: la possibilité pour les hommes de déshumaniser les femmes en les réduisant à un objet érotique (et quel objet! si on regarde les pratiques dégradantes et douleureuses exigées, on peut souligner que la réduction à une fonction inhumaine ou inférieur induit l’acquisition préalable d’une certaine desenbilisation ainsi qu’un certain sadisme). Sous prétexte qu’il n’existerait que deux identités possibles, prude sans vie sexuelle ou ouverte à toutes pratiques misogynes sous couvert de « liberté sexuelle », les difficultés du mouvement féministe radicale à s’imposer puis l’arrivée des féministes liberales pour empêcher toute réflexion allant au delà du, très essentialiste et paresseux, « c’est mon choix, jaime ça » , ont conduit au succès des industries misogynes à imposer leurs normes partout: de l’industrie musicale (qui faut le dire ne fait plus que du soft porn) aux métiers non lies aux divertissement. Ce qui plaît aux misogynes doit être norme en somme. Et pour cela un seul et même outil psychologique est utilisé : la pression culturelle (qui forcément se joue aussi au niveau des relations intimes, surtout avec des partenaires masculins qui font le fameux chantage: « fais comme dans les films X ou je me paye une autre pour ça »!). Et je ne ferais pas de commentaire sur les nouveaux concepts féministes pompés directement sur cette dichotomie manipulatrice, telles que « slut shaming » (les femmes victimes ont donc une identité de salope), ou encore « express your sexuality » (et ce n’est pas dit mais le terme express fait bien référence aux normes hypersexualisees et pornographiques -satisfaire et intérioriser le male gaze en somme-).

    Néanmoins, je voudrais rajouter deux opinions: d’une part, les femmes « laides » et handicapées sont tout aussi victimes de violence (sexuelle ou autres) que les femmes se conformant aux normes pornographiques. Les femmes handicapées ayant plus de chance d’être victime non pas seulement à cause de leur vulnérabilité physique ou mentale (il existe plusieurs sortes dhandicaps) mais aussi en punition car elles ne conviennent pas aux normes et inspirent du dégoût et donc de la violence. Le fait que les hommes soient la cause de cette industrie explique pourquoi les femmes cherchent à leur plaire selon leur standards: ils sont la majorité et on tous plus ou moins cet idéal de la « pute pas chiante qui pratique tout » comme partenaire.
    D’autre part, les femmes se conformant aux normes ET défendant ces normes sont avantagées économiquement et mises en avant (ex: les actrices pornographiques -bien que l’industrie soit saturé et requiert un « renouvellement des stocks » constant) : le patriarcat « tue » les femmes non conformes en leur réfusant du travail en plus de les stigmatiser. Et le fait qu’on vive dans une société très marchande (au sens large, car l’idée de faire ce qu’on désire pas pour obtenir quelque chose en échange semble plus juste => c’est open bar pour les hommes qui objectifient), avec les robots qui remplaceront la main d’œuvre d’ici peu de temps, qui sacralise la relation demande/offre en plus de baisser les yeux face aux prostitueurs , le futur des femmes semblent être scellé…

    • Merci de votre commentaire !
      Honnêtement, je ne sais pas exactement pour la signification du fard à joue. J’aurais néanmoins tendance à penser que le rouge a souvent eu une connotation érotique. Et en effet, au XIXème siècle, les femmes « bien » ne portaient pas de maquillage (réservé aux prostituées et aux actrices). D’ailleurs, ça m’avait marquée dans Bruges-la-morte, un roman — pas particulièrement féministe — que j’ai lu récemment, qui a été écrit et qui se passe au XIXème siècle.

      Je vous rejoins sur votre réflexion à propos de la « libération sexuelle ». Sinon, oui, bien sûr, les femmes jugées laides sont aussi victimes de violence. Et les femmes handicapées sont plus souvent victimes de violence que les femmes valides.

      • Puis-je suggérer une piste de réponse? Lors de l’excitation sexuelle, il y a un afflux sanguin au niveau du visage, ce qui amène des couleurs aux joues et aux lèvres (en les gonflant un peu aussi, d’ailleurs). Le rouge à joue imite cet afflux sanguin et exacerbe cette apparence d’excitation sexuelle de la prostituée.

        • le rouge des joues est aussi un signe de santé en général. apres le plein-air, par exemple, ou apres un bon rire, etc. c’est generalement un signe positif, pas seulement d’excitation sexuelle, mais globalement pour plusieurs sujets. je ne porte pas de maquillage, mais quand je me vois dans un miroir avec les yeux brillants et les joues rouges, c’est souvent apres une journée agréable… sans necessairement être sexuelle !

      • Pour le fard à joue je’pense que c’est une idée de bonne santé. Avoir les joues roses reflète d’une certaine façon qu’on n’est pas malade (trop pale).

    • Je crois qu’il est commun de dire que lorsque l’on rougit on est intimidé_e par la personne en face. Sinon certaines femmes rougissent après et pendant l’amour… On comprends pourquoi les femmes peuvent s’en servir pour attirer les hommes…Ce genre de signal doit être ancré animalement dans le code… J’avoue préférer ce teint là, alors inné, acquis, j’en sais rien.

  5. Bonjour! J’ai vraiment beaucoup aimé ton article, le prisme de l’enfantin est très pertinent pour analyser les idéaux de beauté féminin. Peut-être pourrais-t-on insister sur la minceur comme enfantine et comme impuissance: prendre peu de place, être discret, être faible, etc.

  6. Excellent encore une fois.

    Sur l’idéal de se conformer à la disponibilité sexuelle que vous mentionnez en chute finale.

    N’est-ce pas ce qu’a exprimé une certaine réception de la « révolution sexuelle » chez les hommes lorsque les contraceptifs sont arrivés dans le marché et que désormais la sexualité des femmes pouvait « enfin » être séparée de la reproduction? Le cycle menstruel déjoué, le bar pouvait être ouvert à longueur d’année, ajusté aux désirs des hommes, en partie du moins.

    • Merci de votre commentaire.

      En effet, la « révolution sexuelle », même si elle a eu du positif (droits reproductifs, moindre stigmatisation de la sexualité féminine) a souvent été conçue comme une arnaque. L’idée de la « révolution sexuelle » a été de rendre les femmes plus disponibles, peu importe leurs désirs ou leurs envies. On se retrouve de nouveau avec cette dichotomie maman/putain : soit, pas de sexualité autorisée, soit, si, mais au service des hommes…
      Andrea Dworkin a notamment parlé de cette arnaque dans les femmes de droite : https://antisexisme.net/2012/12/20/les-femmes-de-droite/

  7. Merci pour cette série d’articles passionnants.
    Je trouve la photo illustrant la partie sur l’épilation particulièrement bien choisie : une femme jeune et bien foutue, dans une attitude passive, qui attend avec le sourire qu’on arrache la bande de cire dépilatoire… Un beau concentré de toutes les injonctions à « prendre soin de soi », qui serait par nature une activité relaxante et épanouissante, niant totalement les aspects contraignants (voire douloureux ou désagréable pour l’épilation, les régimes…) de ces pratiques de « mise en beauté ».

  8. Je découvre ce site avec beaucoup de plaisir. Cet article est une pépite qui résume parfaitement (et avec davantage de sources) ceux que j’ai pu publier sur les derniers mois.
    (je vous laisse le lien de la catégorie adéquate si l’envie vous prenait de venir me lire)
    http://instable-monalena.fr/category/secret/
    J’ai notamment écrit sur l’encouragement des femmes adultes à s’épiler aux très jeunes-filles, ou sur l’incroyable impossibilité que nous avons à pouvoir dire « j’ai mes règles » dans notre sphère professionnelle ou publique.

    J’apprécie beaucoup votre plume que je trouve très subtile et, ma foi, très objective, se basant sur des sources concrètes.

    Pour ma part, je suis bine plus virulente (car toujours trop en colère je trouve) et bien plus partiale. Je m’abonne à votre site et j’attends avec impatience la suite de vos propos.

  9. çà devient du commerce en exposant le corps d’une femme qui n’est qu’une jouissance pour satisfaire ses envies sexuelles par contre ISLAM est plus précis sur çà voir le coran

  10. Bien que je me sois laissée convaincre vers 20 ans par les pratiques de l’épilation, du maquillage et des talons, je leur ai très vite préféré la mobilité qu’offrait jeans et baskets pour m’esquiver vite fait lors des « boums » bien arrosées d’alcool de mauvaise qualité bien connue pour réveiller la libido masculine. Merci pour cet article qui reflète ce que j’ai toujours pensé et qui m’a souvent fait traiter de lesbienne et autres « mal baisées ».

  11. Oui, c’est ça 😉 et ça a été corrigé.
    Je me suis rendu compte que tes commentaires étaient passés en « indésirables », j’ignore pourquoi. C’est pour cela qu’ils n’ont pas été validés tout de suite.

  12. Bonjour,

    Pourquoi écrire constamment « les hommes pensent (ceci-cela) des femmes »? Seriez-vous restée à ce point dans des schémas intellectuels du siècle précédent? Il me semble que vous ne donnez pas encore à penser l’importance du débat actuel quant au féminisme, qui dépasse largement la condition des femmes ; il faudrait peut-être le réaliser, chère collègue.

    Et quel est donc d’ailleurs le regard des femmes sur elles-mêmes et quel est le niveau de domination qu’elles s’imposent ici entre elles? Pensez-vous à l’aune de la bibliographie que les hommes aiment tant, par exemple, l’extrême minceur des femmes, culte nouveau qui dépend surtout de la violence du regard des femmes sur les autres femmes? Les hommes aimeraient tout autant les rondeurs du passé. Il n’y a pas d’un côté les femmes victimes et de l’autre les hommes coupables :

    Le féminisme n’est pas la guerre des sexes.

    Merci pour ces articles dont le matériel, au moins, est très informatif. Quant aux analyses, chère collègue, un retour aux principes mêmes de la méthode scientifique s’impose semble-t-il !

    • Bonjour,

      J’ai hésité à valider votre commentaire, mais je trouve qu’il est parlant en ce qui concerne la condescendance que se permettent certains hommes à propos du travail des femmes.
      J’aimerais bien savoir en quoi nous sommes collègues (à ma connaissance, nous ne travaillons pas ensemble), et pourquoi ce « chère » ?
      Vous n’expliquez pas non plus en quoi mes analyses s’éloigneraient de la méthode scientifique.

      • Je suis assez d’accord avec Michel pour dire que le rapport femme femme lors de la compétition sexuelle ou sociale est aussi normalisant sinon plus que le rapport homme femme. Et qu’avant tout l’ego et le rapport aux autres est relatif à l’individu, donc que nous (inné+acquis/induit) sommes souvent notre limite. Quand j’essayais de rassurer mes anciennes copines a propos des poils ou des vêtements, du maquillage… La plupart se sentaient toujours mal à l’aise, et continuaient leurs rituels. Idem pour moi lorsque je complexais, à 18 ans, sur mes bras de cycliste… Elles avaient beau n’y accorder aucune importance, j’avais appris l’inverse. A 25 ans ils n’ont pas beaucoup changés, mais je me suis détaché du modèle depuis longtemps et à partir de là tout est possible.

        Je suis aussi d’accord pour dire que les rapports sociaux femmes femmes et hommes femmes ont été établis par une élite masculine. Ce qui disqualifie l’idée selon laquelle les femmes sont ainsi par nature.

        Mais l’humain est être de réaction, s’il naît dans un environnement violent il le sera pour s’adapter et s’il naît dans un environnement absurde et hypersexuel il le sera dans ses comportements… Le problème vient du fait que nous nous adaptons à de faux stimulus de plus en plus aliénants et efficaces (la pub et les miracles du neuro marketing)… J’ai peur que les nouvelles générations tablettes ne soient perdues d’avance (ou largement handicapée) quand à la capacité de se différencier du commun (ce qui est objectivement notre seule qualité à tous)

        Seule une prise de conscience individuelle peut sortir l’homme et la femme de ce jeux de miroirs déformants provoqués par les révolutions cognitives que nous vivons…

        Je pense que ce qui gêne Michel est ce sentiment que vous mettez tous les hommes dans le même sac, avec une approche assez émotionnelle notamment lorsque vous choisissez de relier la moindre moyenne de femmes de plus de 50 ans actives sexuellement (par rapport à celle des hommes) à la répugnance de l’homme pour la « vieille ». Si on connaît un peu la libido de tous genres on sait qu’il est possible de l’enfermer et de la désabuser assez facilement. De plus j’ai parlé avec beaucoup d’anciennes, de sexualité, par intérêt. Réponse moyenne : j’ai assez donné. Ca parle tout seul. Nous ne sommes pas des êtres sexuels pour rien, et je pense que cela est à mettre en lien avec les instincts de reproduction, animal : l’homme cherche à répandre son code jusqu’a sa mort. Avec le plus de partenaires différentes si possible pour multiplier les tirages au sorts de la « vie ». L’homme s’arrete seulement lorsque son énergie sexuelle l’empêche de se reproduire, mécaniquement. La femme elle, se traîne les enfants depuis la nuit des temps (nous avons passé 95% de notre evolution en tant que chasseur ceuilleur, et nous apportions un soin immense aux enfants, élevés un a un jusqua leur indépendance, et non pas 2 en 3 ans comme depuis la sédentarité, par pur souci pratique en tant que nomades), et son instinct de mère doit lui faire savoir qu’a un certain stade, il ne sert plus à rien de chercher à copuler, puisqua la base la fonction n’est pas la pour le simple plaisir sexuel. Voila peut etre une approche un peu plus scientifique… pour justifier la baisse des rapports des femmes âgées…

        En résumé, nous sommes coincés entre une nature qui ne fait rien pour rien et des codes sociaux qui font tout pour rien… Merci pour cet article intéressant !

  13. Superbe article !
    Tout petit bémol : pourquoi le conditionnel à « les soldats américains auraient trouvé les seins des prostituées japonaises trop petits » ? Cette histoire est-elle avérée ?
    Toutes mes félicitations pour ce travail de recherche et surtout de synthèse. Votre texte aurait sa place dans un manuel scolaire, particulièrement au collège où les croyances des ados concernant leur propre corps sont absolument effarantes.

    • Bonjour,
      Cette histoire est rapportée dans l’ouvrage d’une historienne, Elizabeth Haiken, que j’ai citée (Venus Envy). Mais malheureusement, je n’ai pas pu avoir accès à l’ouvrage en entier, juste à des articles ou autres livres qui la citent. C’est pour cela que j’ai préféré utiliser le conditionnel, comme je ne pouvais pas lire ce que l’historienne disait exactement.
      Je suis tombée sur un article universitaire appelée « Mammary Mania in Japan » par Laura Miller. L’autrice a l’air de confirmer cette histoire, à part qu’elle semble dire que c’est un peu plus complexe : l’augmentation mammaire n’aurait pas été simplement importée du Japon vers l’Occident. En réalité, il y aurait eu plusieurs allers-retours entre Occident et Japon sur cette technique, avec des tests d’injection de paraffine dès la fin du XIXème siècle en Europe. Il est quand même certain que les prostituées japonaises ont été les premières femmes japonaises à subir des augmentations mammaires, pour correspondre aux goûts des soldats américains.

  14. Bonjour,

    puisque vous parlez des poils je peux vous conseillez de regarder les petites vidéos d’arte créative (4min – sur leur site) : poilorama.
    C’est une rétrospective historique de la haine du poil et ça rejoint votre propos sur l’infantilisation des femmes.

    Bien à vous.

  15. J’ai une fois vu sur un site de cosmétiques qu’ils vendaient des crèmes pour blanchir le trou de balle et le sexe ! En description, ils mettaient « Oui, pour rajeunir vos organes, etc. » donc ça rejoint bien ce que tu dis. C’est d’un pathétique…

  16. Pingback: L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – l’infantilisation et la sexualisation – Gibier Sauvage

  17. Cette série d’articles est vraiment très intéressante et documentée. Je me demande où placer la question de l’allaitement au sein dans cette histoire. C’est souvent considéré comme dégoûtant si fait en public (et le lait est assimilé à l’urine) mais aussi à une forme de retour à une soumission féminine à la fonction nourricière ( d’abnégation donc). Qu’en pensez vous?
    Moi j’ai ma petite idée, cf l’article de Herzog Evans à ce sujet.

  18. On pourrait en dire autant du rasage masculin (pression sociale) qui lui infantilise les hommes (le rasage c’est demeurer enfant à vie) tandis que les cheveux court est un signe de domestication des hommes.
    Les hommes libres ont la barbe et les cheveux long.

  19. pourquoi les hommes aiment-t-ils les gros seins si ce qu’ils aiment c’est l’infantilisation et l’immaturité sexuelle ? ce sont des traits completement opposés, les seins étant un des principaux atouts le la maturité sexuelle….. il y a contradiction, ou il y a differents types d’hommes ?

    • Je pense qu’effectivement, dans certains cas, les idéaux de beauté féminins s’opposent. L’idéal est celui d’une femme mince et à l’air juvénile, mais avec des gros seins. Je pense que dans certaines situations et milieux, l’aspect « minceur/jeunesse » prend le pas sur l’aspect « objet sexuel » : c’est notamment le cas dans le milieu de la mode. En revanche, dans le milieu de la prostitution et de la pornographie, ce sera plutôt l’aspect « objet sexuel » qui sera choisi en priorité.

      J’imagine que cela dépend aussi des hommes : certains seront plutôt attirés par la minceur, d’autres par les femmes qui présentent des caractéristiques physiques jugées sexuelles (gros seins, hanches, tenues dévoilantes). Je pense aussi que cette préférence peut dépendre de la façon dont il « classe » la femme en question (est une femme « respectable » ou non ? Une « maman » ou une « putain » ?). Dans le second cas (femme classée en « salope », « pute », etc : considérées comme sexuellement excitantes mais en même temps stigmatisées), il est probablement qu’il va privilégier ces caractéristiques jugées sexuelles. Alors que dans une relation conjugale (modèle de la « maman » ou de l’épouse), ces critères seront jugés comme moins importants.

  20. Je suis parfaitement d’accord avec tout, sauf que je trouve très réducteur et caricatural l’explication sur les hommes quinquagénaires qui quittent leur femme pour une plus jeune. Je suis dans ce cas là, (21 ans d’écart avec mon amoureux) et j’ai des amis dans le même cas de figure, mais l’explication pour moi est très différente.

    Déjà, si pas mal de quinquagénaires quittent leur femme, c’est parce-qu’à l’époque où ils se sont mariés, on leur a un peu forcé la main. À l’époque, il y avait la pression des parents pour épouser la première personne avec qui on sortait, hors le premier ou la première petite amie n’est pas forcément la bonne personne pour soi. C’est comme ça qu’à l’époque, beaucoup s’étant marié avec le premier venu, se sont finalement retrouvé avec une personne qui ne leur correspondait pas vraiment, s’étant plus marié par pression sociale que par véritable choix.

    Parfois, c’est aussi simplement parce-que leur ex épouse se comportait comme une chieuse à leur égard à longueur de journée, mais c’est plus gratifiant pour la femme quinquagénaire de se dire que son homme est parti par attrait pour la jeunesse, plutôt que de remettre en question son propre tempérament invivable, ou d’admettre à quel point la qualité de leur relation s’était dégradée.

    Ensuite, ce n’est pas parce-qu’on se met en couple avec quelqu’un de plus jeune, que forcément c’est sa jeunesse qui nous a attiré. On peut se choisir malgré une grande différence d’âge, simplement parce-qu’on a une compatibilité de caractère, on est en accord sur des tas de sujets, on a la même vision des choses, on entretient une relation harmonieuse et équilibrée où chacun est à l’écoute de l’autre, et on s’aime, tout simplement. (En tout cas c’est mon cas, et celui d’autres couples avec grande différence d’âge que je connais).

    Et moi ce qui m’a plu entre autre chez un quinquagénaire, c’est justement qu’il n’a pas la mentalité des jeunes d’aujourd’hui qui m’insupporte.
    C’est que lui, n’ayant pas été formaté comme le sont les jeunes de maintenant, il m’adore que j’ai des poils ou non, peu importe comment je m’habille, et tant mieux si je ne me maquille pas, je ne me parfume pas, je garde toute ma pilosité, même que ça lui plait quand je reste naturelle…

    Alors qu’avant j’étais avec des mecs de mon âge, et là j’avais droit aux « Berk il faut que tu te rases, les poils ça me dégoûte » ou « tu pourrais faire un effort et te maquiller, t’habiller plus sexy » et encore « il faut que tu perdes quelques kilos »…

    Des mecs jeunes qui ne sont pas superficiels, c’est pas facile à trouver. Donc j’en ai eu ma claque des mecs de mon âge à la mentalité pourrie. Les quinquagénaires, il y en a des adorables, qui savent apprécier une femme tel qu’elle est, du moment qu’elle l’aime et le lui montre.

    • Bonjour et merci de votre commentaire.

      C’est comme ça qu’à l’époque, beaucoup s’étant marié avec le premier venu, se sont finalement retrouvé avec une personne qui ne leur correspondait pas vraiment, s’étant plus marié par pression sociale que par véritable choix.

      Cela peut expliquer pourquoi les gens se séparent, mais ça n’explique pas pourquoi un certain nombre d’hommes quittent leur épouse pour une femme plus jeune, et non pas pour une femme de leur âge. Cela explique juste les divorces (qui sont d’ailleurs plus fréquemment à l’initiative des femmes si je ne me trompe pas). Pourquoi ne trouve t-on pas ce phénomène chez les femmes : quitter son époux pour un homme plus jeune ? (enfin, ça doit exister, mais c’est plus rare ; en tout cas, je n’en connais pas alors que je connais plusieurs cas où un homme a quitté sa femme pour une plus jeune).

      c’est plus gratifiant pour la femme quinquagénaire de se dire que son homme est parti par attrait pour la jeunesse

      Les femmes que je connais et qui ont été délaissées ne mentent pas : leur époux les a quittées pour se mettre avec des plus jeunes. D’ailleurs, ils n’en avaient pas honte et ne le cachaient pas.
      Par ailleurs, je ne trouve ça pas du tout gratifiant de se dire qu’on a été abandonnée pour une femme beaucoup plus jeune. Je trouve même que c’est extrêmement humiliant. Pour ma part, je crois que je préférerais qu’on pense (et penser) que j’ai été quittée parce que j’étais une « chieuses » (au moins ça voudrait dire que j’ai du caractère), plutôt que parce que je n’étais plus « baisable » et donc « à jeter ».

      Ensuite, ce n’est pas parce-qu’on se met en couple avec quelqu’un de plus jeune, que forcément c’est sa jeunesse qui nous a attiré.

      Je suis tout à fait d’accord, mais statistiquement, les différences d’âge dans les couples hétérosexuels suivent toujours le même motif : l’homme est en général plus âgé que sa partenaire. Cela est encore plus vrai pour les couples avec une grande différence d’âge : les couples où l’homme a plus de 10 ans de différence avec son épouse sont relativement rares (6%) mais l’inverse l’est encore plus (moins de 1 %). Combien de couples où la femme a 10, 20, 30 ans de plus que son partenaire ?… quand l’inverse est peu fréquent mais pas rarissime. Cette assymétrie indique bien qu’il n’y a pas un hasard, au moins à l’échelle sociétale (je ne parle pas de votre couple en particulier). Cela signifie bien qu’il y a une dynamique particulière.

      Et moi ce qui m’a plu entre autre chez un quinquagénaire, c’est justement qu’il n’a pas la mentalité des jeunes d’aujourd’hui qui m’insupporte.

      Cela peut se comprendre…
      A titre personnel je connais pas mal d’hommes jeunes qui ne sont pas superficiels (par exemple, qui disent qu’ils n’ont rien contre les poils, voire qui ne comprennent pas pourquoi les femmes s’épilent). Je pense que c’est surtout une question de milieu professionnel. Pour caricaturer : je dirais que dans les milieux professionnels où le look est important, les hommes sont plus exigeants sur l’apparence. Dans les milieux où ce n’est pas le cas (au hasard: dans les milieux professionnels liés à l’agronomie, l’agriculture, l’écologie), je pense que les hommes le sont beaucoup moins.

    • « Déjà, si pas mal de quinquagénaires quittent leur femme, c’est parce-qu’à l’époque où ils se sont mariés, on leur a un peu forcé la main. À l’époque, il y avait la pression des parents pour épouser la première personne avec qui on sortait, hors le premier ou la première petite amie n’est pas forcément la bonne personne pour soi. C’est comme ça qu’à l’époque, beaucoup s’étant marié avec le premier venu, se sont finalement retrouvé avec une personne qui ne leur correspondait pas vraiment, s’étant plus marié par pression sociale que par véritable choix. »
      Euh, les quinquagénaires actuels, ils se sont mariés dans les années 80, voire 90. Ca faisait bien longtemps que « la pression des parents pour épouser la première personne avec qui on sortait » n’existait plus.
      Les 2 personnes que je connais qui ont quitté une femme de leur âge pour une plus jeune sont des hommes qui s’investissaent très peu dans tous les aspects pratiques de la vie familiale et laissait leur conjointe gérer toute le vie quotidienne (repas, courses, ménage, enfant, école rv médicaux, etc…) en plus de son travail. J’ai tendance à croire que c’est assez représentatif.

      • Ah mais si je peux vous garantir que ça existait encore, ça dépend juste des familles ! Il y en a des plus en avance dans leur temps, et d’autres encore très conservatrices.
        Et dans les années 80, il y en avait encore un paquet des parents qui pensaient qu’il fallait que leurs enfants se marient à la première relation. (même si c’était probablement moins que dans les années 60 ou avant, c’était encore chose courante).
        C’est comme les parents qui veulent décider des carrières professionnelles de leurs enfants, quand j’étais étudiante vers les années 2000, j’en ai croisé aussi, alors que ça me semblait improbable à cette époque, parce-que de ce côté là, dans ma famille on était complètement libres.

        J’en connais quelques uns des quinquagénaires actuels qui ont eu la pression des parents pour se marier, et même ma propre soeur qui a 40 ans, s’était mariée par pression familiale, alors que c’était vers 1998 ou 1999!
        Parce-que pour ma mère, la chasteté avant le mariage c’était une obligation. Elle a interdit à ma soeur aînée de vivre avec son premier petit ami sans être mariée, alors ma soeur s’est mariée, pour faire plaisir à maman. Évidemment ça a vite fini en divorce.
        Mais des familles comme ça, même encore aujourd’hui ça existe, même s’il y en a moins qu’avant heureusement. Par contre ce qui fait peur, c’est que dans certains milieux, il y a l’air d’avoir un fort relent de conservatisme, qui même ressurgit chez des jeunes. Le combat n’est jamais complètement gagné sur certaines idées que l’on voudrait croire acquises, il faut toujours se méfier des retours en arrière.

        Et le quinquagénaire avec qui je suis qui a quitté sa femme, c’est lui qui faisait à manger tous les soirs, qui faisait la lessive, et il s’occupait en partie des enfants. C’est lui qui a la garde exclusive de sa fille maintenant qu’il est séparé, et qui fait absolument tout pour sa fille, c’est un excellent père.

        Il y a différents cas de figures, et c’est un peu ça que je voulais dire dans mon premier post, c’était pour nuancer l’idée que tous les quinquagénaires qui quittent leur femme et se retrouvent avec plus jeune, seraient tous simplement en quête de jeunesse.
        C’est le cas pour certains, je ne nie pas le contraire, mais pour d’autres ce n’est pas du tout le cas, et on peut se retrouver avec plus jeune simplement par hasard de la vie, par compatibilité…

  21. C’était il y a vingt ans , j’avais douze ans, nous étions dans les vestiaires de la piscine et ma copine du même age a pointé un doigt vers mon sexe et s’est esclaffée « le peu de poils !!! hahahaha! » , j’étais un peu complexée parce-que mes poils des aisselles et du sexe ne poussaient pas , contrairement à mes copines . Qu’est ce que j’ai été contente quand ils ont commencés à venir . A la radio dans love in fun, Diffool faisait des blagues sur une prétendue collection de poils pubiens , il en avait des blonds, des bruns , des bouclés , des raides … les poils étaient complètement naturels ,normaux, érotiques. C’est terrifiant de voir avec quelle facilité dix ans après on a commencé à faire croire à tous les jeunes qu’ils étaient une aberration totale . Effrayant le manque de défense psychologique de nos sociétés face à la propagande . Ils ont réussi à faire oublier que les femmes ont des poils pubiens , réussi à convaincre les hommes qu’ils ont horreur de ça , réussi à convaincre les femmes qu’elles doivent se torturer pour avoir le droit de vivre . Ce ne sont « que » les poils , de quoi sont ils capables de nous convaincre ? Effrayant.

  22. Article très intéressant, dommage qu’il n’y ait pas d’info plus « scientifiques » sur le sujet. Car je pense qu »il y a naturellement des différences physiques entre hommes et femmes, et j’ai l’impression que certains critères de beauté physique vont dans le sens de l’accentuation de ces différences (par ex être musclé pour un homme, avoir une grosse poitrine pour une femme).
    Pour l’infantilisation l’exemple de betty boop est particulièrement frappant, et le pire c’est qu’on ne s’en rend pas compte! Les dessins de pin-up représentent en général des femmes très enfantines, avec des visages de fillettes, des pieds minuscules, mais aussi une manière d’être très niaise, maladroite dans tout ce qu’elle entreprend…

  23. Pingback: A poils | Une vie d'allégresse

  24. Très bon article ! C’est très complet, je le ressortirait pour expliquer certains aspects à mes amis ! J’ai moi-même arrêté complètement de m’épiler depuis 6 mois (j’ai seize ans) mais jusque là peu de réflexions de la part de mes proches qui eux s’épilent pour les femmes -_-

  25. Bonjour !
    Article très intéressant !

    Pour reprendre le commentaire de Michel en dehors de sa forme et de son ton :
    « quel est donc d’ailleurs le regard des femmes sur elles-mêmes et quel est le niveau de domination qu’elles s’imposent ici entre elles? » […]
    « Le féminisme n’est pas la guerre des sexes. »

    De même il ne faut pas oublier que ce « conditionnement culturel profond » au même titre, a des conséquences sur : l’attirance d’une femme pour un homme plus âgé
    Un même article sur l’idéal de beauté masculin construit par l’industrie du porno de la mode, etc, serait intéressant aussi, mais évidement ce n’est pas le sujet ici.

    En tant qu’homme, hétérosexuel, jeune, féministe, n’ayant connu que des relations avec des femmes plus âgées que moi. N’ayant pas de problème avec la pilosité, le sexe de la femme, mais bien des problèmes avec le maquillage ou la recherche de la maigreur.
    Je trouve donc juste regrettable, que ce très bon article ne soit pas plus mesuré : je pense que ce qu’à voulu exprimer Michel, c’est que nous sommes TOUS responsables et que nous subissons TOUS plus ou moins ce conditionnement culturel.
    Et ce n’est bien qu’ensemble que nous pourrons faire évoluer cette société.
    A la lecture de l’article, ce n’est pas évident. Mais peut-être ne partagez-vous pas mon point de vue ?

  26. Pingback: « Les femmes ont pour injonction de ne pas prendre trop de place » | jef klak

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