L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – souffrir pour être belle – la douleur physique

Comme promis, le dernier article de la série L’impuissance comme idéal de beauté des femmes, commencé il y a déjà un an. Il n’est pas aussi finalisé que je ne l’aurais souhaité, mais j’espère qu’il vous intéressera quand même.

Il faut souffrir pour être belle

Partie 1 : Introduction
Partie 2 : Un beau corps féminin est un corps qui n’occupe pas trop d’espace
Partie 3 : Un beau corps féminin se déplace avec difficulté
Partie 4 : Un beau corps féminin est un corps à l’air jeune voire enfantin et qui est sexualisé
Partie 5 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – le sourire
Partie 6 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la répression des désirs
Partie 7 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance physique
Partie 8 : Un beau corps féminin est un corps qui exprime l’abnégation – la souffrance morale
Partie 9 : Sorcières et féministes, quelques figures de la laideur féminine
Partie 10 : Universalité des idéaux de faiblesse 1
Partie 11 : Universalité des idéaux de faiblesse 2
Partie 12 : Conclusion
Supplément : la coercition à la beauté
Supplément : L’impuissance comme idéal de beauté en vidéo

« Il faut souffrir pour être belle »

L’abnégation que l’on exige de la part des femmes peut aller un cran au-dessus de celui de l’interdit du plaisir : la douleur. « Il faut souffrir pour être belle » est un adage connu de tous et de toutes.

Quasiment toutes les pratiques de beauté impliquent de la douleur, de celle relativement faible causée par le démêlage des cheveux longs aux graves séquelles que peut engendrer la chirurgie esthétique. Lauren du blog « les Questions composent » décrit bien les tortures, petites ou grandes, qui rythment la vie des femmes. Epilation, talons aiguille, régimes et purgations, massages anticellulite, chirurgie esthétique… toutes ces pratiques relativement courantes ou non, engendrent de la douleur à des degrés divers. Dans des cultures éloignées géographiquement et/ou temporairement, les pratiques de beauté varient grandement, mais la douleur qu’elles génèrent est toujours là : bandage des pieds, mutilations génitales féminines, gavage ou encore corset. On peut trouver quelques exemples ici et . Ainsi, beauté féminine et douleur semblent aller de pair, et ceci à pratiquement toutes les époques et dans tous les pays.

Notons qu’outre la douleur et les blessures physiques, le mythe de la beauté engendre douleurs et maladies psychologiques. Ce point sera abordé plus précisément dans l’article suivant.

Pourquoi les pratiques de beauté provoquent-elles quasiment toujours de l’inconfort, voire de la douleur ? J’envisage deux causes à cela qui ne se situent pas au même niveau. Pour les expliquer, je donnerai des exemples qui ne proviennent pas nécessairement de la culture occidentale.

Le remodelage du corps des femmes

La première réside dans le principe même des pratiques de beauté. En effet, celles-ci ont pour objectif de remodeler le corps des femmes, considéré comme laid au naturel contrairement à celui des hommes (pensons notamment aux poils : une femme qui garde sa pilosité naturelle est considérée comme un monstre ; pas un homme). Or les modifications corporelles impliquent de mettre à mal les limites et les équilibres du corps ou de perturber certains système biologiques. Par exemple :

  • les talons aiguilles déplacent le système de gravité, déséquilibrent le corps et obligent ainsi l’ensemble des muscles impliqués dans le maintien de la position debout et dans la marche à ne pas travailler de manière optimale, ce qui entraîne des douleurs1.
  • Les massages anti-cellulites consistent à pincer et à maltraiter la peau afin d’y déloger la graisse.
  • Les différentes techniques d’épilation (arrachage des poils, destruction des follicules pileux, …) consistent à attaquer le système pileux.
  • La chirurgie esthétique, sans doute l’exemple le plus emblématique, consiste à découper la peau, ouvrir la chair, pour modifier l’aspect de différentes parties du corps.

Ces pratiques attaquent donc toujours le corps, ses équilibres et ses limites, d’une manière ou d’une autre. Selon la définition officielle de l’Association Internationale pour l’Etude de la Douleur (IASP), la douleur constitue  « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en des termes évoquant une lésion2 ». Elle est donc une conséquence logique des pratiques de beauté qui génèrent fréquemment des lésions, souvent invisibles à l’œil nu. Plus globalement, aller à l’encontre du fonctionnement normal du corps induit des expériences désagréables, qui ne sont pas stricto sensu de la douleur (car non générées par des lésions tissulaires). Ainsi, les régimes n’induisent pas de lésions des tissus, mais ils perturbent le système impliqué dans la régulation de la prise alimentaire. Ils génèrent alors d’autres expériences désagréables : la faim et la frustration3.

Par ailleurs, au-delà de la douleur physique, certaines pratiques de beauté peuvent être extrêmement dangereuses pour la santé, justement du fait qu’elles déséquilibrent et attaquent les systèmes biologiques. Par exemple, le bronzage est à la base un système biologique de défense contre l’excès de rayonnements solaires. Ce système de défense naturelle a ensuite été détourné en pratique de beauté, l’exposition volontaire aux rayons ultra-violets permettant d’acquérir un teint hâlé. Or l’exposition excessive n’est pas sans danger.  Ainsi, les cabines à UV, fréquentées majoritairement par les femmes4–8, sont à l’origine de diverses blessures de la peau (brûlures, cancers, …)9–13. Ainsi, même en l’absence de douleur immédiate, certaines pratiques, en mettant en péril la santé, induisent une douleur déférée dans le temps.

L’apprentissage de la résignation et de l’abnégation par la souffrance

En plus de ce remodelage du corps qui implique de la souffrance, il semble que quelque chose d’autre encore soit en jeu. Comme le font remarquer les anthropologues féministes Nicole Echard et Nicole-Claude Mathieu en parlant de manière générale des sociétés humaines connues, non seulement « les corps féminins font l’objet de davantage de manipulations que les corps masculins », mais en plus, « les manipulations effectuées sur les corps féminins sont beaucoup plus violentes que celles appliquées aux corps masculins »14. Soulignons que ces manipulations des corps féminins ont pour objectifs de rendre les femmes aptes au mariage. Pourquoi de telles violences envers les femmes, violences généralement  perçues comme les « embellissant »?

Femmes Igbo (sud du Nigéria) portant des scarifications. Image tirée du livre Among the Ibos of Nigeria de George Basden (1921). Dans Quand céder n’est pas consentir15, N.-C. Mathieu précise que, si dans plusieurs sociétés africaines, les hommes peuvent aussi arborer des scarifications, elles sont en nombre bien inférieur à celui des femmes.

Dans son célèbre texte Quand céder n’est pas consentir15, Nicole-Claude Mathieu prend un exemple parlant : chez certaines populations du sud-Nigeria, on pratiquait des scarifications sur les jeunes filles (pratique douloureuse) en tant que préparation au mariage, en plus de la clitoridectomie (ablation du clitoris) et du gavage16 (qui consiste à faire absorber de grandes quantités de nourriture à une fille pour la rendre plus grosse, voire obèse). Ces scarifications sont recherchées par les futurs époux, car les filles scarifiées sont considérées comme plus attirantes16. Mais en même temps, celles qui en ont trop sont évitées : « Une fille qui peut supporter un tel degré de douleur et de souffrance est trop difficile à manier. La battre est sans effet sur elle. »

Elle donne encore un autre exemple parlant : chez les Gisu, une société à forte domination masculine, située entre l’Ouganda et le Kenya, on ne mutile pas le sexe des femmes. Leurs voisins, les Sebei, eux, pratiquent la clitoridectomie (ablation du clitoris). Chacun de ces deux peuples considèrent que les femmes des voisins sont trop indépendantes : les Gisu pensent que la clitoridectomie endurcit les femmes, quand les Sebei croient que cela les rend humbles et enclines à la subordination.

Ces exemples semblent indiquer qu’une initiation par la souffrance peut être perçue comme étant à double tranchant. D’un côté, en générant la peur, elle peut affaiblir, casser toute volonté et empêcher tout risque de révolte. De l’autre, il semble que l’on craigne que la douleur puisse endurcir les femmes qui la subissent, en les y rendant insensibles, en effaçant leur peur et en renforçant leur volonté. L’affaiblissement sera clairement recherché, quand on veillera à scrupuleusement éviter tout risque d’endurcissement. Ainsi, il apparaît que la douleur des pratiques de préparation au mariage (qui sont aussi, rappelons-le, des pratiques de beauté car elles sont censées « embellir » les femmes) vise à inspirer la peur et à rendre dociles les femmes, même s’il y a parfois la crainte d’un effet inverse.

Nicole-Claude Mathieu fait une comparaison avec les rites d’initiation masculins qui comprennent souvent des épreuves physiques extrêmement dangereuses (par exemple, tuer un animal sauvage ou d’autres hommes). Elle fait remarquer que, si ces rites peuvent aussi comporter leur lot de douleurs, ce n’est pas l’objectif final recherché : au contraire, la douleur sera évitée autant que possible. Ce qu’on appelle « courage » chez les hommes et les femmes n’est donc pas la même chose. Chez l’homme, il s’agit de déployer force et astuce afin d’affronter des épreuves difficiles, ce qui exalte la confiance en soi et montre aux autres et à soi-même de quoi on est capable. Il s’agit aussi parfois d’être capable d’être violent (notamment quand il s’agit de tuer). Chez les femmes, nulle compétence particulière n’est requise : il s’agit de supporter la douleur sans se plaindre et sans pouvoir rien n’y faire, ce qui ne peut générer que du désespoir, de l’abnégation et casser toute affirmation de soi.

Dans les cas cités par Nicole-Claude Mathieu, le lien entre infliger la douleur, subordonner et rendre propre au mariage est clair et explicite. On fait souffrir des filles (tout en évitant de « trop » les faire souffrir pour ne pas les endurcir) afin de les subordonner, et une fois qu’on les a subordonnées, elles sont mariables. Ce type d’initiation au mariage, qui passe par la souffrance, semble a priori bien éloignée du contexte occidental. Il est vrai que les filles occidentales ne subissent pas des tortures institutionnalisées et infligées de force afin d’être considérées comme prêtes pour le mariage. Mais qu’en est-il des pratiques douloureuses qui leur permettent d’être considérées comme belles, et donc, dans un contexte hétérocentré, de séduire un homme afin d’en faire son conjoint ? Est-ce vraiment un phénomène de nature différente ? Quand on vante la « volonté » ou la « discipline » des femmes qui se privent de nourriture et qui s’imposent de longues séances d’exercices pour maigrir, n’est-on pas en train de célébrer le fait qu’elles s’infligent quelque chose de douloureux ? N’est-on pas en train de les féliciter d’être capables de mettre de côté leur bien-être ? Il est d’ailleurs étonnant de voir à quel point la symbolique de la minceur est similaire à celle de l’idéal des petits pieds, qui a prévalu en Chine jusqu’au début du XXème siècle et qui était obtenu à l’aide d’une pratique de beauté que nous percevons (à juste titre !) comme horrible, le bandage des pieds. Celles qui bandaient étroitement leurs pieds étaient perçues comme disciplinées (comme les femmes qui restreignent leur appétit pour « garder la ligne ») tandis que celles qui les bandaient de manière relâchées étaient considérées comme paresseuses (comme les femmes grosses ou obèses à l’heure actuelle, en Occident)17.

On pourra rétorquer qu’en Occident, les femmes s’imposent d’elles-mêmes ces pratiques douloureuses, tandis que des pratiques comme le bandage des pieds et les mutilations génitales féminines sont ou étaient effectuées généralement sur des fillettes qui n’ont/n’avaient pas leur mot à dire. Il est vrai que dans certains endroits du monde, les modifications corporelles imposées aux filles sont particulièrement terribles, et qu’il est quasiment impossible pour celles-ci d’y échapper, mais cette opposition me semble caricaturale. On ne peut pas d’un côté opposer l’Occident, où les pratiques de beauté seraient des actes « volontaires » et « libres », et de l’autre, les autres cultures, où ces pratiques ne seraient imposées que par la force. Je préfère ne pas détailler ici mais vous pourrez lire ici une réflexion complémentaire sur les différentes formes de coercition imposées aux femmes pour qu’elles soient belles.

Conclusion

La douleur requise par les pratiques de beauté apprend à la femme qui la subit l’abnégation et la résignation. Elle renvoie aussi à des idéaux de sacrifice ou d’efforts (voir aussi à ce sujet les parties 5 et 6). La beauté, ou tout simplement, une apparence acceptable se mérite : il faut se donner de la peine. L’accès à la beauté ne peut pas être facile. Il y a donc l’idée qu’une femme ne peut être « bonne » (et donc belle) que si elle accepte cet esprit de sacrifice.

Si les deux hypothèses mentionnées ci-dessus sont correctes, cela implique que la douleur n’est pas un effet secondaire, mais est au cœur des pratiques de beauté. Cela expliquerait pourquoi la grande majorité des pratiques de beauté soient douloureuses, et ceci dans un très grand nombre de sociétés, même éloignées géographiquement ou temporairement de la nôtre.

On peut donc supposer que les femmes ne se font pas mal pour être belles (cela supposerait d’ailleurs que la beauté serait une sorte d’absolu, extérieure à nous), mais que c’est parce qu’elles ont mal qu’elles sont belles.

Compléments : quelques exemples en Occident

Je vais donner à présent quelques exemples de problèmes de santé et de souffrances physiques provoquées par les pratiques de beauté imposés aux femmes occidentales. Il n’est pas question ici de faire un catalogue exhaustif (ce serait bien trop long !).

Le rasage, l’épilation et la décoloration des poils : attaques du système pileux

Plusieurs pratiques existent pour permettre aux femmes de correspondre à l’idéal du glabre. Ces techniques utilisent des processus divers et variés : rasage, arrachage des poils, utilisation de produits chimiques, destruction des bulbes par une lumière laser, etc. Ces pratiques aussi diversifiées soient-elles génèrent pour la plupart de la douleur et/ou des problèmes sanitaires. Je vais en citer quelques-uns.

La douleur de l’arrachage des poils

Les techniques qui consistent à arracher le poil (épilation à la cire ou avec un épilateur) sont douloureuses, mais fréquemment utilisées pour les femmes pour se débarrasser de leur pilosité. Si, à ma connaissance, ces pratiques courantes d’épilation ne causeraient pas de problèmes de santé importants, elles sont « graves » par leur prévalence : quasiment toutes les femmes s’épilent, souvent à la cire, et se font donc du mal régulièrement. Ainsi, la douleur de l’épilation rythme la vie d’une grande partie des femmes. La chirurgie esthétique représente le cas contraire : elle est certes plus grave par l’intensité des problèmes générés, mais ne concerne qu’une minorité de femmes.

Par ailleurs, ces pratiques qui consistent à arracher les poils peuvent aussi générer des problèmes secondaires comme les poils incarnés, qui peuvent être gênants.

Les problèmes provoqués par l’épilation ou le rasage du pubis

Le pubis glabre est une nouvelle norme de beauté qui n’a émergé que relativement récemment (à partir des années 1990-2000)32. Aux normes du glabre qui concernaient les jambes et les aisselles s’en est donc ajoutée une nouvelle. La proportion de femmes de moins de 40 ans qui enlèvent au moins en partie des poils du pubis serait de 61 à 86% dans les pays occidentaux33–35. Il y a d’importantes variations en fonction de l’âge, les plus jeunes s’épilant/se rasant beaucoup plus fréquemment le pubis que les femmes plus âgées36.

Parallèlement au développement de cette nouvelle norme, le nombre de blessures liées à l’épilation ou au rasage du pubis a également augmenté37. On estime ainsi qu’aux Etats-Unis, il y aurait eu 1 765 consultations en urgence de la part de femmes pour des blessures ou maladies liées à cette pratique en 2010, soit 6 fois plus qu’en 2002. La grande majorité de ces blessures donnant lieu à une visite aux urgences concerne les rasoirs à lames (81.9%). Les blessures observées, hommes et femmes confondues, consistent en des lacérations (36.6%), des éruptions cutanées (32.8%), des abcès (15.4%) et des abrasions (10.4%). Les brûlures par la cire chaude ne concernent que les femmes (1.2%).

Une étude américaine38 a été effectuée sur 333 femmes âgées de 16 à 40 ans qui retirent ou retiraient leur pilosité pubienne, issues de différentes classes sociales et ethnies. La majorité des femmes de cet échantillon s’épilent ou se rasent intégralement (62.2%), surtout les plus jeunes. Cette étude indique que la majorité (59.5%) de ces femmes a rencontré au moins un effet indésirable à cause du rasage ou de l’épilation de la pilosité pubienne. Ces complications étaient : abrasion épidermique (36.7% des femmes), apparition de poils incarnés (32.7%), des démangeaisons sévères (21.1%), des coupures (18.4%), des éruptions cutanées (13.2%) et des allergies (2.1%). Notons que des techniques très diverses de retrait des poils pubiens étaient utilisées par cette échantillon : rasage à la lame (89.5% des femmes), crème dépilatoire (16%), rasoir électrique (15%), taille (11.8%), épilation à la cire (7.2%) et épilation laser (<1%) ou à la pince à épiler (<1%). Les femmes en surpoids ou obèses sont deux fois plus nombreuses à rencontrer ces complications que les femmes en sous-poids ou avec un poids normal, en particulier si elles se rasent ou s’épilent intégralement. C’est justement à cause de ce type d’effets secondaires que 40.9% des femmes qui avaient l’habitude de se raser ou de s’épiler le pubis ont arrêté de le faire. Il s’agit de la raison la plus fréquente de cet arrêt.

Dans une étude39 menée auprès d’étudiant∙e∙s américain∙e∙s s’épilant ou se rasant le pubis, 84.1% des femmes déclarent rencontrer des démangeaisons génitales, de temps en temps (73.1%) ou à chaque fois qu’elles se rasent ou s’épile (11.3%). Un peu plus de la moitié (53.3%) ont rencontré des éruptions génitales. Environ 52% se sont déjà coupées les parties génitales. Enfin, 20.4% d’entre elles ont déjà rencontré des douleurs génitales occasionnées par cette pratique.

Il a été suggéré que les microtraumatismes générés par l’épilation ou le rasage du pubis puissent favoriser la transmission et l’expansion de diverses maladies, notamment les infections sexuellement transmissible, en offrant un point d’entrée aux bactéries et virus40,41. Le rasage peut également permettre une propagation mécanique en déplaçant les agents infectieux41. Il faut noter que diverses bactéries, notamment les staphylocoques, vivent à la surface de la peau sans forcément être pathogènes. Néanmoins, les coupures et autres lésions que génèrent le rasage ou l’épilation, peuvent servir de porte d’entrée à ces bactéries, qui provoquent alors une infection de la peau.

Sur 30 patient∙e∙s ayant consulté un cabinet de dermatologie à Nice pour une infection au virus Molluscum contagiosum (une infection sexuellement transmissible), 28 (93%) avaient retiré leur pilosité pubienne (dont 21 en se rasant)42. Les auteurices de l’étude font l’hypothèse qu’il existe un lien entre la nouvelle mode de la suppression des poils pubiens et l’augmentation des cas d’infection par Molluscum contagiosum ces dernières années. Par ailleurs, dans une autre étude43, portant sur des patient∙e∙s qui avaient consulté pour une infection virales du pubis, le rasage semblait lié à un nombre plus important de liaisons. Les auteurices font remarquer que l’extension des verrues virales et des lésions générées par Molluscum contagiosum  est un phénomène commun après le rasage de la barbe. Le cas d’une jeune fille de 17 ans, présentant une irruption cutanée pubienne a été décrit41. Son irruption était due à une infection au staphylocoque doré (Staphylococcus aureus), une infection qui s’est très probablement propagée localement à cause du rasage pubien. D’autres infections, notamment les verrues génitales, peuvent également apparaître et s’étendre en zone pubienne via le rasage41. Enfin, le rasage et l’épilation peuvent générer des folliculites infectieuses (inflammation d’un follicule pileux due à une infection), parfois très douloureuses41.

Même si ces données restent limitées et que d’autres études sont nécessaires pour établir avec certitude le lien entre rasage/épilation et diverses infections du pubis ou des organes génitaux, elles conduisent à penser que l’élimination de la pilosité pubienne constitue un facteur de risque.

Si les complications décrites ci-dessus sont heureusement relativement bénignes (mais néanmoins souvent bien désagréables), des problèmes de santé graves résultant de l’épilation ou du rasage pubien ont été décrits dans la littérature médicale. Ainsi, en 2006, en Australie, une femme de 20 ans présentant un diabète de type 1 mal contrôlé, a contracté une infection à la bactérie Streptococcus pyogenes et au virus Herpes simplex (l’agent responsable de l’herpès), suite à une épilation à la cire du pubis, de la vulve et de l’anus dans un salon de beauté44. Cette infection se présentait sous la forme d’une inflammation sévère (appelée « cellulite ») et était associée à un choc toxique, c’est-à-dire à une pénétration d’une toxine bactérienne dans le sang. Elle présentait également de la fièvre et un gonflement extrême des organes génitaux. Hospitalisée pendant 10 jours et en arrêt de travail pendant 21 jours, cette infection extrêmement grave aurait pu lui coûter la vie. Six mois après sa première hospitalisation, elle s’est rasée le pubis chez elle, ce qui a processionné une infection et une nouvelle hospitalisation. Malgré cette expérience traumatisante, elle a exprimé le souhait d’à nouveau retirer sa pilosité pubienne.

Le cas de l’épilation aux rayons X

Publicité de la fin des années 1920 pour le système Tricho. (source)

Les rayons X ont pour effet de faire tomber les poils et les cheveux, et très peu de temps après leur découverte en 1895 par Wilhelm Roentgen, ils ont été utilisés pour traiter les personnes présentant une pilosité jugée excessive (hypertrichose)45,46. Dans les années qui suivirent, le docteur Albert Geyser, un radiologue américain, inventa une machine prétendument sûre permettant de traiter une petite surface de peau46. En 1924 il créa la Tricho Sales Corporation pour commercialiser son invention. Le système Tricho fut la procédure d’épilation aux rayons X la plus connue et la plus populaire, mais d’autres furent  également crées et commercialisées. Comme les années 1920 correspondirent à l’émergence de l’idéal du glabre, l’épilation commença à s’étendre à l’ensemble des femmes américaines et à être pratiquée dans les salons de beauté45,46. Les rayons X devint une méthode d’épilation très populaire à cause de son efficacité, de l’absence de douleur provoquée sur le moment et de son aspect scientifique et moderne45. Elle devint ainsi un business, et un business très lucratif… Très tôt, les médecins et les magazines féminins mirent en garde contre les dangers de cette procédure46. En vain,  puisqu’elle continua à être pratiquée massivement et légalement jusqu’à la fin des années 1930, à se maintenir dans les années 1940 et à persister illégalement jusque dans les années 195045–47. Des dizaines de milliers, peut-être des centaines de milliers d’Américaines furent ainsi épilées aux rayons X.

Dès la fin des années 1920, les médecins constatèrent une augmentation de certains symptômes chez leurs patientes : peau excessivement ridée et/ou épaissie, présentant des marbrures, des lésions, des ulcères, voire même des cancers46,47. Quelques décennies plus tard, une autre vague de blessures liées à l’épilation aux rayons X, et notamment de cancers de la peau, émergea. Autant dire que l’épilation aux rayons X fut la cause de nombreuses souffrances et de nombreuses morts.

Les utilisatrices de l’épilation aux rayons X n’étaient pas des femmes aisées ; il s’agissait pour la plupart de femmes des classes populaire et moyenne qui voyaient dans l’épilation un moyen d’avoir de plus grandes opportunités économiques45.

L’épilation aux rayons X n’est heureusement plus pratiquée. Néanmoins, ce cas historique et pas si ancien est significatif. D’abord, il montre comment les industries de la beauté sont prêtes à mettre en danger la santé des femmes et à les utiliser comme cobayes si cela peut rapporter de l’argent. Il montre aussi à quel point les femmes sont elles-mêmes capables de risquer leur santé, voire leur vie, pour atteindre un idéal de beauté. En effet, les dangers des rayons X étaient déjà connus à l’époque de l’apogée de l’épilation aux rayons X45. Une explication « facile » (et misogyne) serait de penser que ces femmes étaient irrationnelles ou stupides. Une autre serait de dire que la beauté est tellement importante pour les femmes, que ce soit en termes affectifs ou professionnels, que même la santé et la vie peuvent y être sacrifiées.

Ce triste épisode fait également penser aux cabines à UV, fréquentées majoritairement par les femmes4–8. Les dangers résultant de cette pratique (dont des cancers, des brûlures et diverses blessures de la peau) sont clairement établis9–13. On estime ainsi que les cabines à UV provoqueraient environ 3 500 mélanomes par an en Europe9 et des centaines de milliers de cancers non mélanomes par an aux Etats-Unis10. Pourtant cette pratique est toujours autorisée pour les adultes (le Sénat a néanmoins voté son interdiction en septembre 2015, contre l’avis du gouvernement) et l’interdiction aux mineur∙e∙s ne date que de l’année dernière (en effet, les UV artificiels sont encore plus dangereux pour les peaux jeunes9–13). Plusieurs études suggèrent que la majorité des utilisateurices régulier∙e∙s de cabine à UV sont conscient∙e∙s des dangers de cette pratique8,48,49. Certes, l’effet addictif des UV joue probablement un rôle dans ce comportement a priori irrationnel50,51,  mais on ne peut pas minimiser les autres facteurs psychosociaux, et notamment la pression que subissent les adolescentes et les femmes à être belles. Il a été démontré qu’un∙e adolescent∙e a plus de chance de pratiquer le bronzage en cabine si l’entourage (parents et ami∙e∙s)  le pratique également ou si ses ami∙e∙s aiment être bronzé∙e∙s52,53. Une étude a montré aussi que les médias et les commentaires positifs de la part de l’entourage vis-à-vis d’une peau bronzée incitent également à pratiquer le bronzage en cabine54. Ces  résultats suggèrent bien une pression sociale, ou du moins un aspect normatif dans cette pratique. Par ailleurs, les femmes qui valorisent le bronzage ont tendance à être plus intéressées par leur apparence et à présenter davantage de symptômes dépressifs55. Une étude56 indique comment l’objectivation sexuelle pousse les femmes à utiliser les cabines à UV. En effet, plus une femme se perçoit comme un objet sexuel et fait attention à son apparence (auto-objectivation), plus sa honte corporelle est forte (cette dernière était mesurée en demandant aux participantes si elles se reconnaissaient dans des affirmations comme « Si je ne fais pas de sport, je me demande si je suis une bonne personne », « J’ai l’impression d’être une mauvaise personne si je ne suis pas aussi belle que possible », etc.) ; cette honte corporelle a un effet significatif sur le fait de pratiquer le bronzage en cabine.

Les talons aiguille et autres chaussures « féminines »

Exemple montrant la différence entre la forme du pied et celle de la chaussure chez une femme âgée66

Comme nous l’avons vu précédemment, les talons aiguille sont inconfortables, entraînent une importante fatigue musculaire1, et sont à l’origine de blessures (foulure ou entorse)57. Ils pourraient également être à l’origine de diverses complications médicales rencontrées plus fréquemment chez les femmes âgées que chez les hommes âgés, comme l’arthrose du genou58 ou certains problèmes orthopédiques (callosités, douleurs…)59,60.  Ainsi, la prévalence des hallux valgus (oignons des pieds) chez les femmes âgées (de plus de 65 ans) serait de l’ordre de 27-45% contre 11-22% chez les hommes âgés61,62. Les femmes auraient donc environ deux fois plus de risques de développer des hallux valgus. Quelques études ont montré statistiquement que le port de chaussures à talon dans le passé augmentait significativement le risque de développer un hallux valgus à partir d’un certain âge62,63. Néanmoins, d’autres ont pas réussi à mettre en évidence ce lien60,64,65.

Par ailleurs, les chaussures dites « féminines » présentent une autre caractéristique : elles sont souvent étroites. Une étude64 montre qu’une majorité de personne (78%) portent des chaussures trop étroites pour leurs pieds, mais que chez les femmes, la différence entre la dimension des chaussures et celles de pieds est plus marquée. Or, porter des chaussures trop étroites  génère des hallux valgus, des callosités et des cors64,66.

La chirurgie esthétique

Les procédures chirurgicales ne sont pas anodines et comportent nécessairement un risque d’effets indésirables, parfois graves ou mortels. Il existe plusieurs articles qui détaillent les conséquences, positives ou négatives, des opérations de chirurgie esthétique, mais les données sont rares et se contredisent fréquemments67. Aux dires de certains médecins pratiquant eux-mêmes la chirurgie esthétique et qui ont cherché à analyser les taux de mortalité de différentes procédures, les études sous-estiment souvent les risques67. En effet, les chirurgien∙ne∙s esthétiques ont des réticences à déclarer les morts et les autres complications graves. Par ailleurs, quand des enquêtes sont menées auprès des chirurgien∙ne∙s, elles ne s’intéressent généralement qu’aux médecin∙e∙s expérimenté∙e∙s. Les chirurgien∙ne∙s débutant∙e∙s, qui sont potentiellement à l’origine d’un plus grand nombre de complications, ne sont donc pas interrogé∙e∙s.

Par ailleurs, j’ai pu remarquer, en faisant des recherches sur le sujet, que la majorité des articles qui traitent des complications et de la mortalité des opérations de chirurgie esthétique sont écrits par des chirurgien∙ne∙s esthétiques ou d’autres médecin∙e∙s (comme les dermatologues) qui effectuent ce genre de procédures. Ils sont également publiés dans des revues comme Plastic and Reconstructive Surgery ou Annals of Plastic Surgery dont les éditeurices sont également des chirurgien∙ne∙s esthétiques. Etant donné que la chirurgie esthétique est une activité lucrative, je trouve qu’il y a là un important conflit d’intérêts.

Notons que la simple étape d’anesthésie n’est pas sans risque : il y aurait entre 1 risque sur 5 000 et 1 risque sur 13 000 de mourir lors d’une anesthésie générale67. Même si la mort reste donc une conséquence relativement peu probable, ce risque ne peut pas être sous-estimé, en particulier chez les personnes en mauvaise santé.

Les risques de complication varient en fonction de la durée de l’opération (plus elle est longue, plus elle est dangereuse) et du lieu où elle est menée (le risque est plus important à l’hôpital que dans un centre de chirurgie ambulatoire)67 .

Les taux de mortalité des opérations de chirurgie esthétique sont généralement plus faibles que ceux d’autres opérations chirurgicales (à l’exception notable de l’abdominoplastie qui est particulièrement dangereuse)67. Cela pourrait être en parti dû au fait que les patientes des opérations de chirurgie esthétique sont généralement en meilleure santé que celleux d’opérations à intérêt médical. Néanmoins, et même si les risques de mourir sont moindres, les intérêts le sont aussi, les opérations de chirurgie esthétique n’améliorant pas la santé des patientes qui les subissent. Le ratio risques/bénéfiques n’est donc probablement pas en faveur des opérations de chirurgie esthétique.

La chirurgie esthétique comprend diverses pratiques, plus ou moins invasives et plus ou moins dangereuses. Je ne pourrai donc pas être exhaustive mais me rapporterai à quelques procédures.

La liposuccion

La liposuccion consiste à retirer la graisse du corps humain de manière localisée à l’aide de canules. C’est l’une des procédures de chirurgie esthétique les plus populaires en France et aux Etats-Unis à l’heure actuelle. Ainsi, selon l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery, la liposuccion est la première pratique de chirurgie aux Etats-Unis avec 396 000 actes réalisés en 201568. Selon  l’American Society of Plastic Surgeons, la liposuccion arrive en 3ème position des pratiques de chirurgie esthétique (après l’augmentation mammaire et la rhinoplastie) les plus souvent réalisées aux Etats-Unis, avec 211 000 actes en 201469. Les statistiques de l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery pour 2015 place la liposuccion en 2ème place (après l’augmentation mammaire) aux Etats-Unis avec 241 000 interventions70. En France, il y aurait 29 450 procédures par an70.

La première forme de liposuccion a été effectuée en 1928 par un chirurgien, le docteur Charles Dujarier, qui tenta d’éliminer la graisse sous-cutanée des jambes d’une mannequin, Suzanne Geoffre, en utilisant une curette utérine71. A cette époque, la mode était aux jupes qui s’arrêtaient au niveau du genou et qui étaient donc beaucoup plus courtes que celles des années précédentes. Les femmes durent, comme toujours, s’adapter à cette nouvelle mode et présenter des jambes graciles. Charles Dujarier n’était pas un chirurgien esthétique et avait des réticences à opérer Suzanne Geoffre. Mais celle-ci menaça de se suicider. Dujarier procéda alors à l’opération, et anticipant mal le résultat, retira une bande de peau bien trop large. Il tenta d’enlever en plus du tissu adipeux du tissu musculaire, mais il n’arriva jamais à suturer la plaie. Il décida alors de bander de manière étroite la jambe. Cela provoqua une gangrène et la jambe dut être amputée. On peut donc dire que l’histoire de la liposuccion commença très mal.

A l’heure actuelle, il est difficile de connaître avec précision quelle est la probabilité de subir des complications suite à une liposuccion, car cela dépend de multiples variables (anesthésie générale ou non, lieu où a lieu la procédure, opération accompagnée d’une autre procédure de chirurgie esthétique, etc.)67. Parmi les conséquences les plus courantes (et relativement bénignes), on trouve : des irrégularités de la peau, une anémie légère, des hématomes ou encore des pertes modérées de peau67. Parmi les complications les plus sérieuses, on peut citer les infections bactériennes qui peuvent provoquer des nécroses ou des septicémie, les hémorragies, les embolies pulmonaires, les embolies graisseuses ou la perforation des viscères abdominaux67,72.

Quant au risque de mort, les études les plus optimistes considèrent qu’il n’y a presque aucun risque de mourir quand les plus pessimistes donnent le chiffre de 1 sur 5 000. Etant donné qu’il existe un bias vers une minimisation (les morts et les complications graves sont sous-déclarées), les études les plus pessimistes sont probablement les plus fiables. Par ailleurs, à cause justement de ce biais, certain∙e∙s avancent que le taux de mortalité pourrait même être de 1/100073. Si l’on se base sur le chiffre d’une mort sur 5 000, cela signifie qu’aux Etats-Unis, s’il y a 200 000 procédures par an (estimation basse), alors il y a 40 femmes par an qui meurent à cause de la liposuccion ; en France, ce serait 6 femmes qui en décéderaient chaque année.

L’augmentation mammaire

Les complications courantes des augmentations mammaires sont plutôt bien connues : infection, hématomes, apparition d’une assymétrie entre les deux seins, contracture capsulaire (l’apparition d’une membrane autour de la prothèse qui rend le sein dur), cicatrice ou encore rupture de l’implant67. Une étude danoise de 2002 indique qu’une femme qui subit cette procédure a 1 risque sur 6 d’avoir une complication, 1 sur 27 d’en avoir deux et 1 sur 125 d’en avoir trois ou plus74.

A ma connaissance, il n’existe aucune étude qui a cherché à établir un taux de mortalité. Néanmoins, dans un article publié en 2006, des auteurices l’ont estimé à 1/3000 – 1/6000, un taux qui pourrait monter jusqu’à 1/1500 – 1/3000 si on tient compte du biais de sous-déclaration67. Cette estimation est très approximative et doit donc être prise avec des pincettes, mais peut éventuelle donner un ordre de mesure.

L’abdominoplastie

L’abdominoplastie est une procédure de chirurgie esthétique visant à « embellir » le ventre. Elle est effectuée en présence d’un « excès » de graisse mais également quand la peau présente des caractéristiques jugées inesthétiques : relâchement (consécutif à une grossesse ou à un amaigrissement), vergetures… Si le ventre est juste considéré comme « trop gras », c’est une « simple » liposuccion qui est conseillée.

De toutes les opérations de chirurgie esthétique, l’abdominoplastie est reconnue comme étant la plus dangereuse67. En effet, le nombre de décès et de blessures causées par les abdominoplasties dépassent de loin ceux provoquées par d’autres procédures de chirurgie esthétique.

Les trois études menées sur le sujet donnent des taux de mortalité allant de 1/600 à 1/3000 (des chiffres qui ne tiennent pas compte d’un éventuel biais de sous-déclaration)67. Les études les plus récentes sont celles qui donnent les taux les plus faibles, sans doute grâce à une amélioration de la procédure. Le risque est encore plus élevé pour les patientes qui fument, qui ont du diabète ou de l’hypertension

Outre la mortalité, les taux de complications liées à la cicatrisation sont particulièrement élevés chez les patientes. Le nombre de procédures effectuées pour corriger les complications d’une première abdominoplastie (nécrose…), ainsi que le nombre de séjours prolongés à l’hôpital, sont particulièrement élevés. En effet, cela concernerait environ 1 tiers des abdominoplasties67.

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20 réflexions sur “L’impuissance comme idéal de beauté des femmes – souffrir pour être belle – la douleur physique

  1. intéressant ! je me pose cependant la question des pratiques de beauté très courantes qui ne sont pas douloureuses et sont au contraire présentée comme des moments de bien-être : application de crèmes, masques divers, massages… dans leur rhétorique ces pratiques valorisent autant le soin porté à soi que les résultats sur l’apparence. Il y a une dimension de contrainte qui rejoins le propos de l’article, mais je pense que cela mériterait d’être étudié à part entière. (mais peut-être que ça l’a été dans un autre article, je commence tout juste à lire cette série passionnante 😉 )

    • Bonjour et merci pour votre commentaire ! 🙂

      Il est vrai que certaines pratiques de beauté (en particulier les crèmes et le maquillage) ne provoquent pas de douleur physique. Je ne sais pas ce qu’il en est des effets sur la santé… Il y avait un moment des révélations sur les produits toxiques présents dans les cosmétiques, mais cela concerne également les produits d’hygiène unisexes, comme les gels douche et les shampoing, et n’est donc pas propre aux produits utilisés par les femmes.

      Par contre, il y a un aspect de contrainte, que vous soulignez. Les crèmes et le maquillage font souvent partie d’une « routine beauté », qu’il faut accomplir tous les jours, matin et soir. Ca renvoie à une notion discipline, qui peut générer une douleur psychologique. Toujours se contrôler, toujours faire attention, etc.

  2. Très intéressant !
    Je découvre aussi par hasard… merci pour toutes ces infos.
    Il est vrai que l’arrachage de poils donne souvent lieux aux poils incarnés, et le réflexe archaïque de grooming poussent les femmes à aller fouiller leur peau tant et si bien qu’elles provoquent régulièrement des abcès qu’il est nécessaire de soigner aux urgences (je parle de ce réflexe aussi ici http://www.epilation-electrique.org/poils-incarnes-sen-debarrasser/#grooming )…

  3. A propos du rasage, on pourrait faire le parallèle avec le rasage du visage masculin, qui est également une contrainte sociale, et qui génère aussi parfois des douleurs et autres effets secondaires indésirables, je suis étonnée qu’il n’y soit pas du tout fait allusion. Je suis par ailleurs tout a fait d’accord au sujet des contraintes imposées aux corps féminins.

    • Oui, c’est vrai ce que vous dîtes. Mais si je n’en ai pas parlé, c’est parce qu’à mon avis, on peut pas symétriser le vécu des hommes et des femmes concernant la beauté, les dernières en subissant beaucoup plus.
      En plus, avec la mode de la barbe, le rasage est beaucoup moins une contrainte maintenant.

  4. Pingback: 6//Douleurs – schondra

  5. Bonjour,
    Merci pour votre série d’articles passionnants.
    Dans les pratiques chirurgicales, vous auriez aussi pu citer celles à visée amaigrissantes (by pass par exemple). J’ai lu des témoignages d’hommes très contents que leur femmes aient subi cette opération, sans jamais s’être questionné sur les risques chirurgicaux mais aussi à long terme. Je ne sais même pas s’il y a des études sur les conséquences à 10,20, 40 ans de cette pratique.
    Quand aux produits de beautés (crème de jour, crème de nuit, crème pour le corps, etc…) et de maquillage, tous ou presque contiennent des parfums et des conservateurs, qui sont quasiment tous reconnus toxiques (cancérogènes, allergisants, ….), d’autant qu’ls sont appliqués en faibles doses, certes, mais quotidiennement, voir plusieurs fois par jours.

  6. Pingback: Fleur de neige

  7. Merci pour cet article. L’idée que vous développez, qui compare les notions de « courage » selon l’homme et la femme à travers l’étude des rites de passage à « l’âge adulte », m’a particulièrement intéressée !
    Je me permets de faire une (ultra-longue) remarque sur ce travail de longue haleine. Une sensation me tiraillait à la fin de la lecture, et j’ai mis du temps à mettre le doigt dessus. J’avais l’impression que l’article était un peu trop « descriptif », qu’il n’expliquait pas réellement les causes des faits exposés. Cela me posait problème de me dire « les femmes endurent ceci parce que les rites qui permettent de dire si elles sont bonnes à marier ou non, impliquent cela ». Je trouvais que c’était une piste, le début du fil à tirer, mais que ça n’expliquait pas totalement les choses.
    En fait je crois que la limite (que je trouve) à cet article, bien ficelé par ailleurs, c’est qu’en se limitant à la démonstration des rituels et de ce que les femmes « subissent » ou se font subir en termes de « désagréments » (douleurs, complications médicales qui peuvent être très graves), on en reste au descriptif et par là, on rentre dans une sorte de « victimisation » de la femme dans le sens où elle se retrouve dépossédée de sa capacité de choisir, de se positionner, d’être actrice… De sa propre souffrance, j’en conviens !
    Ce que je veux dire par là c’est qu’à mon avis (mais je pense réinventer l’eau chaude, des auteurs comme Bourdieu ou De Beauvoir l’ont sans doute déjà dit, mais je n’ai pas eu encore l’occasion de beaucoup les lire), à « mon » avis donc, les femmes sont tout à fait actives dans des stratégies d’acceptation de la domination de certaines normes, donc de la soumission à certaines formes de « torture ». Et ce, bien qu’elles n’en soient pas conscientes, et bien qu’elles ne cherchent pas à se faire du mal ! Par exemple, l’exemple que vous donnez de la jeune femme qui a eu un choc toxique, puis de nouvelles complications par la suite, et qui a quand même tenu à continuer les pratiques dépilatoires qui étaient la cause desdits problèmes de santé, cet exemple me paraît caractéristique de la dimension active de la femme dans la reproduction des stratégies de domination (je m’inspire un peu du champ de Bourdieu quand je dis ça). En en ayant conscience (mais le plus souvent sans en avoir conscience, je pense), la femme accepte les « règles du jeu » et cherche la position qui lui donnera le plus satisfaction. Or accepter les règles du jeu signifie actuellement accepter que certaines normes dominent (je me répète là), et qu’il faut « jouer » selon.
    Un autre exemple probant est dans le documentaire proposé sur « l’école du genre » ( http://www.ecoledugenre.com/#Carton_anime_du_debut). On voit que vers 6 ans, les schémas des enfants sont très scindés entre ce qui relève du « monde masculin » et du « monde féminin », avec des critères arrêtés extrêmement précis. Or les enfants sont acteurs de cette distinction, a la fois dans l’assimilation de ces « règles », et dans leur positionnement vis-à-vis de ces règles (mettre du rose parce que c’est une couleur de fille).
    Surtout, je pense qu’il est important de ne pas limiter nos outils d’explication à la description des rituels, au risque d’enfermer la domination masculine dans une sorte d’essentialisme, ou en tout cas, de limiter la femme à un rôle passif (et je ne pense pas que c’est ce que vous vouliez faire, bien sûr !) Par exemple, ce que propose (encore) Bourdieu, c’est de chercher qui et quelles institutions en France cherchent à faire passer la domination masculine comme un fait naturel, comme une vérité universelle dans toutes les histoires. La description des rites s’arrête généralement au comment (comment les femmes se dominent, avec quel(s) rite(s), etc.), et non au pourquoi (pourquoi elles se dominent elles-mêmes, pourquoi elles se contraignent par la force et la souffrance à « rentrer dans des cases »).
    Je crois que la démarche passe (au moins) en trois temps (pas forcément successifs d’ailleurs) : faire admettre l’existence de formes de domination (comme votre article le fait bien), faire découvrir les mécanismes qui sont à l’œuvre et qui engendrent ces formes de domination, et mettre à jour notre dimension active (la nôtre, mais celle des autres aussi) dans la reproduction (ou le rejet) de ces mécanismes. Pour rendre à toutes et tous le pouvoir de construire leur personne en toute connaissance de cause.

    • Bonjour Edith, et merci pour vos réflexions très intéressantes.

      Oui, effectivement, je pense que le pourquoi les femmes s’infligent ça est important.
      Je ne sais pas si vous l’avez lu, mais j’ai écrit un article (La coercition à la beauté), où je pense avoir répondu, au moins en partie, à cette question. J’évoque, outre la contrainte physique, deux autres contraintes qui expliquent pourquoi les femmes adoptent les pratiques de beauté : contrainte sociale (si on est belles, on est plus aimées et acceptées, et c’est nécessaire pour un animal social comme l’humain) et contrainte économique (mariage et travail).

      • Bonjour, merci pour cette réponse. Non je n’avais pas lu l’article en effet (maintenant, si, merci!). A nouveau, je pense que votre article montre qu’il y a quelque chose qui se joue « ailleurs », mais sans creuser cet ailleurs. Dit autrement, votre article me donne envie d’aller plus loin, c’est d’ailleurs très stimulant!
        Par exemple, en matière de « coercition sociale », vous parlez des femmes qui vont au-devant des attentes de leurs partenaires alors que ces derniers n’en ont pas conscience (ce qui pour moi est un « effet »). Vous expliquez que « les femmes intègrent les normes de beauté » notamment de par le fait (si j’ai bien compris) qu’il y a une pression sociale, on pourrait dire quelque chose d’institué qui fait que les comportements de coercition sont intériorisés, incorporés par les femmes qui en sont victimes. Ce qui me paraît important, c’est justement de travailler sur ces « normes de beauté » que vous avez pointé et dont vous montrez les nombreuses et diverses manifestations: d’où viennent-elles? Comment se sont-elles instituées? Et cela pas juste pour jouer au scientifique qui cherche des trucs, mais bien pour essayer de les déconstruire, pour ensuite pouvoir construire du « mieux » à la place.
        Parce que je crains, en termes de lutte, qu’on doive toujours se mettre en posture de légitimer le regard qu’on porte sur certaines pratiques. Par exemple, dire « se maquiller, c’est s’infliger des normes qui nous façonnent depuis des siècles, et même sans s’en rendre compte, c’est l’expression d’une contrainte et d’une domination masculine (qu’elle soit directe ou non) » amène toujours à un débat du type vrai/faux face aux réfractaires à ce constat (qui est dur à admettre! C’est pour ça que je salue votre travail, qui montre par a+b que le problème est bien là). Par contre, dire « se maquiller, ça vient du fait qu’à un moment donné on a commencé à penser cela / ça vient de tel mécanisme social qui a été institué par telle catégorie d’acteurs qui ont construit ça dans le temps (en montrant les évolutions) parce qu’ils avaient telles raisons ou tels besoins », ça me semble plus faire tomber le masque de la construction de la norme sociale, ça montrerait la « réelle » raison du maquillage, qui est probablement à des lieues de ce qu’on en pense aujourd’hui.
        Je sais pas si la nuance est claire, elle est dure à expliciter!
        Si je reprends votre explication économique, vous expliquez (enfin je résume à gros traits hein) que les jeunes filles ont les pieds bandés pour pouvoir se marier car c’est leur seule perspective d’avenir (à l’époque). Du coup j’ai envie de repousser le questionnement à « pourquoi est-ce que ce critère des pieds bandés (tout comme celui de l’excision) est devenu nécessaire pour qu’une femme soie considérée comme « mariable »? » Car je crois que la conclusion de la subordination qui rende belle ou attirante est trop simple et ne rend pas compte de toute la profondeur (en terme de durée et de complexité) des normes à l’œuvre.
        En écrivant cela je réalise qu’en fait, il me semble qu’il faudrait conjuguer de l’histoire sur le temps long, avec de la sociologie et de l’anthropologie (ce que vous faites déjà je crois?) pour décrypter la construction des mécanismes de domination qui sont toujours opérants…
        Tout un programme! 😉

        • Merci pour vos explications. Je pense comprendre votre question : comment ont été institutionnalisées les normes de beauté ?

          Cette question m’a pas mal turlupiné aussi, mais je dois dire que je n’ai pas vraiment trouvé de réponses dans mes recherches. Il aurait fallu que des anthropologues étudient cette question en détails.
          Ceci dit, j’ai lu un début de réponse par exemple pour les pieds bandés en Chine :

          Par ailleurs, nous avons vu que le bandage des pieds est d’abord apparu chez des concubines impériales avant de s’étendre progressivement au reste de la population. Gerry Mackie, un politologue américain à l’Université de Californie à San Diego, établit un lien entre stratification sociale, polygynie (un homme a plusieurs épouses ou concubines légitimes), hypergynie (les hommes épousent des femmes d’un rang social inférieur) et contrôle de la sexualité féminine via des pratiques comme le bandage des pieds ou les MGF (notons au passage que le contrôle de la sexualité féminine est sans doute quasi-universel, même dans les sociétés sans classes sociales comme les sociétés de chasseurs-cueilleurs, mais que ce contrôle s’accentue probablement dans des conditions d’inégalité sociale). Il remarque que la dynastie Song est marquée par une intensification des inégalités sociales. A cette époque, l’empereur avait à sa disposition – et entretenait financièrement – des milliers de concubines et de danseuses, issues de milieux plus modestes. Il était dans son intérêt de s’assurer de la fidélité de ces milliers de femmes, afin d’être certain que leurs enfants étaient bien les siens. Le bandage des pieds a probablement été adopté dans ce cadre : il s’agissait d’un moyen coûteux mais drastique pour éviter que ces femmes s’échappent du palais impérial où elles étaient confinées. Selon Mackie, contrôler la sexualité des femmes était le premier intérêt de la pratique ; l’aspect esthétique n’était au départ que secondaire. Il fait aussi remarquer que la pratique rendait plus difficile le vol de ces femmes par des pilleurs étrangers, car il aurait fallu les porter. Par ailleurs, l’hypergynie induit une concurrence entre les femmes sur le marché du mariage ou du concubinage (beaucoup de familles modestes espéraient que leur fille puisse sortir du lot et attirer l’attention d’hommes puissants), ce qui explique pourquoi ce genre de pratique de beauté néfaste a tendance à devenir de plus en plus extrême et à s’étendre au reste de la population.

          (extrait d’un article à paraître sur ce blog lundi matin !)

          Dans ce cas, le bandage des pieds (et peut-être de même pour d’autres pratiques, comme les scarifications…) n’était pas esthétique d’abord. C’était simplement une pratique pour contrôler les femmes. L’érotisation et l’esthétisation seraient apparues secondairement. Par quel processus une pratique devient érotisée/esthétisée ? A ma connaissance, très peu de personnes, voire personne du tout, n’a étudié cela… Je pense que ça doit passer par un système de valeurs : une femme aux pieds bandées est une femme « contrôlable », donc une femme « bien », élevée comme il faut, etc., et ce « bien » devient progressivement « beau »…

          Tout un programme, effectivement !

          • Ah, voilà! Oui c’est tout à fait la question que je me pose. Votre « teaser » sur les pieds bandés est très intéressant, je trouve que déjà il démystifie grandement une pratique devenue « esthétique ». Et en resituant sa construction et ses évolutions, il la dé-naturalise en fait. En montrant « d’où ça vient » on peut montrer pourquoi c’est contraignant voire absurde. Et que ça n’a rien de « naturel », c’est toujours socialement construit, tout comme le « beau » est socialement construit d’ailleurs, non?
            Je ne suis pas trop surprise qu’il n’y ait pas grand chose sur le sujet (notamment sur des pratiques spécifiques), je pense que c’est très difficile d’accéder aux sources, de faire des enquêtes de terrain, ça demande du temps et de l’investissement (dit grossièrement les chercheurs n’ont pas le temps de tout chercher). Une « pirouette » possible serait de chercher dans les ouvrages sociologiques sur les inégalités homme-femme et la domination masculine (suivez mon regard… il pointe vers Bourdieu encore!), des pistes d’éclairage sur des mécanismes sociaux en place, et essayer d’étendre ces pistes à des pratiques concrètes observables (ces pratiques de tous les jours dont on ne se rendrait même pas compte, et que vous avez bien exposé, justement)… Voire formuler des hypothèses explicatives et, un jour, les tester en enquêtant sur le terrain. .
            Mais comme je vous l’écrivais, je n’ai pas (encore) lu de choses dans ce genre, donc je sais pas si cette « pirouette » serait réellement fructueuse. Malheureusement je manque cruellement de temps pour le faire et vous donner une réponse moi-même! Mais peut-être qu’un jour…


            • https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsJe ne sais pas si ce sera intéressant mais j’aimerai donner mon avis personnel sur la reproduction par les femmes de ces codes. Pour ma part, j’ai totalement conscience d’intérioriser les règles et les codes qui m’ont été donnés enfant. Cependant, il y a des règles plus faciles à transgresser que d’autres, et cela peut dépendre de l’environnement dans lequel on vit. Je n’aime pas le rose mais il m’a été très facile de m’habiller sans cette couleur. Je ne suis pas d’accord avec la règle de la langue française qui fait que le masculin l’emporte néanmoins, si je veux être comprise par mon interlocuteur.rice, il vaut mieux que je la suive. J’aimerais arrêter définitivement de m’épiler les jambes et les aisselles mais la pression sociale que je risque de subir sera trop fort pour moi. Je choisi donc de m’épiler pendant la période printemps-été. Tout cela parce que je ne veux pas être emmerdée par des gens qui me regardent ou par des questions incessantes. C’est pourquoi je peux comprendre la femme qui continue à utiliser une crème dépilatoire malgré les problèmes de santé qu’elle rencontre. Je peux imaginer que dans son système de valeur, elle préfère affronter les problèmes de santé que le rejet des autres. J’ai pour ma part beaucoup de chance que mon copain accepte que je ne m’épile pas le pubis mais dans la tête de beaucoup de jeunes femmes (je pense, je peux me tromper), cela fait partie des obligations nécessaires pour éviter de se faire rejeter par un partenaire sexuel.

  8. Pingback: C’est le 1er mai, je balance tout ! – Des livres et les mots

  9. https://polldaddy.com/js/rating/rating.jsPour le massage « palper-rouler » ce n’est pas sensé être douloureux et encore moins faire maigrir, mais drainer dans les cas de problème cardiaque ou veineux des femmes autant que des hommes, d’œdème, myxœdème, c’est un détournement d’une pratique de drainage pour la prétendre amincissante, à l’origine cela fait partie de soins kiné post chirurgie, pré chirurgie face à un risque de complication quand c’est programmé ou pour récupérer musculairement entre deux séances de ré éducation, certains sportif l’utilisent entre deux entrainement pour limiter l’effet courbature, décrassage comme ils disent?
    Cela a été crée en thalasso contre l’arthrite, l’arthrose, et c’est associé avec les bas de contention pour le travail des jambes (marche et séance de rééduc) et pour certaines chirurgies il y a aussi les bandages de compression souvent post chirurgie notamment cancer du sein pour les bras contre le lymphœdème.
    Bref des techniques médicales et paramédicales détournées, d’ailleurs kiné, toubib et esthéticienne se livrent une guerre d’accord commerciaux pour vendre leur séance…avec machine et bridage de leur ventouse trop puissante contraignant à l’usage de bas (vente), alors que le massage manuel est le seul sans risque, et faisable soi même là les kiné et les esthéticiennes sont rivaux, il est de plus en plus proposer aux hommes surtout niveau abdominal pour limiter les risque cardiaque.
    Pour ne réduire « les jambes lourdes » il faut le faire 30 minutes deux fois semaine en continu, cela récidive à l’arrêt vu que c’est drainant c’est conseillé au emploi avec piétinement et station debout.
    Weleda (marque de cosmétique) c’est fait sa publicité d’autant plus que esthéticienne et kiné se sentaient privé de marché en les enseignant en auto massage en cours et vidéo sur youtube…

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